ACCORD D’ALGER:Le pouvoir doit prendre acte des commentaires

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L’accord que l’Etat malien a signé le 04 juillet dernier à Alger avec «l’aile politique de la rébellion» pour circonscrire la crise au nord du pays, a reçu différents commentaires. Certaines opinons semblent créer la panique chez le pouvoir, d’où l’explication imposante qu’il a entreprise depuis quelques jours sur ledit accord. Au lieu de tirer sur tous ceux qui ont une vision différente que lui sur l’accord, le pouvoir gagnerait surtout en maturité en tirant les leçons de ces désapprobations, qui ne sont nullement gratuites.
            Les attaques de Kidal et la désertion à Ménaka le 23 mai dernier par les insurgés ont occupé les médias nationaux, internationaux et les esprits des Maliens jusqu’à la signature d’un accord à Alger le 04 juillet dernier. Pendant ce temps, l’évènement phare que tout un peuple s’apprêtait à commémorer à l’époque a été relégué en second plan. Il s’agit des 4 ans du Président Amadou Toumani Touré au pouvoir. Depuis la signature de cet accord, les commentaires vont bon train. La divergence d’opinions sur l’accord d’Alger n’a pas été bien appréciée du côté du pouvoir. La réaction de ce dernier face aux commentaires sur la question a été immédiate.
            On ne sera pas disert sur le fond du problème, mais l’Etat doit tirer les conséquences de ce non consensus sur l’accord d’Alger. Pour cela, il doit analyser un à un tous les paramètres de ces désapprobations. Ce ne sont pas en tout cas les indices qui manquent. Le pouvoir doit comprendre, même avec le consensus, que les choses ne se gèrent plus comme avant. Les Maliens veulent être les acteurs et non des spectateurs et téléspectateurs sur les grands dossiers de la nation. C’est dire qu’ils ont une conscience on ne plus éclairée sur tout ce qui leur concerne personnellement et le pays.
            Le pouvoir, semble-t-il, n’a pas perçu ces signaux ou il n’a pas compris le message de ces indices. Pour une des rares fois, une grande partie du peuple s’est manifestée de façon active pour dénoncer l’arrivée du Ministre d’Etat Français de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire, M. Nicolas Sarkozy, les 17 et 18 mai 2006. Le mutisme quasi cimetière du pouvoir face à cette volonté du peuple de ne pas recevoir M. loi immigration, n’était pas bien digéré. L’intervention du Président ATT, lors de son 4ème anniversaire, sur la question n’a pas dissipé le mal du peuple.
            D’autres indices non moins importants, c’est l’absence de soutien réel des partis de la mouvance présidentielle. Ces partis qui ne jurent que par le seul Président ATT, qui semblent être des agences de soutien, ne font qu’enfoncer le pouvoir. A part le RPM de Elhadj Ibrahim Boubacar Kéïta, presque tous les autres « grands » partis sont avec le pouvoir, mais malgré tout c’est le fiasco.
            Cette passivité grandissante des fausses agences de soutien surtout au moment où le pouvoir en a besoin, doit éclairer le Président ATT sur leur opportunisme. On peut citer aussi le démarquage progressif de Elhadji Ibrahim Boubacar Kéita du Président ATT. On ne doit pas perdre de vue que IBK en tant que Président du parlement malien, est juridiquement un poids lourd dans notre système démocratique et pour ne pas dire incontournable sur toutes les grandes questions de la nation. En cas d’empêchement définitif du Président ATT de terminer son mandat, il sera constitutionnellement remplacé par IBK. Dans l’intérêt même de la nation, IBK doit au préalable être informé de tout.
            Les désapprobations sous-entendent que la démocratie malienne doit s’orienter vers un système classique, c’est-à-dire un pouvoir fort et une opposition bien organisée. En d’autres termes, il faut que le jeu de la liberté permette de comprendre et d’accepter la diversité des opinions, en ce qui concerne la conduite des affaires publiques. Seuls les partis de l’opposition peuvent pleinement jouer ce rôle. Au lieu d’imposer le consensus, il faut plutôt forger la tolérance politique et la stylisation de la vie politique pour plus de compréhension pour les Maliens.
            Sans une réelle opposition au Mali, les choses vont être de plus en plus contestées. C’est effectivement ce qui est grave, parce que le pouvoir va tenter d’opprimer les contestations. On doit comprendre que la contestation est un refus global. Ceux qui ont contesté l’accord d’Alger ont montré tout simplement leur refus. Cette situation a pris de l’ampleur parce qu’il n’existe pas d’opposition au Mali. 
            Si c’était une opposition organisée qui avait contesté l’accord d’Alger, la situation serait plus circonstancielle et mesurée.
            Sinon les leaders des fausses agences de soutien qui sont dans le radar du Président ATT, ne lui diront jamais la vérité. C’est pourquoi d’ailleurs, dans ces derniers temps les divergences sont patentes et confuses entre le pouvoir et le peuple.
            Tout le monde est conscient que les contestations sont souvent des gênes pour le pouvoir en place, qui estime à tord ou à raison que la rapidité de création et le secret sont incontournables pour les succès.
            En conclusion, pour une paix durable, la rébellion doit apprendre à ne plus vouloir le beurre et l’argent du beurre. Le beurre c’est l’argent qui permet d’entretenir les chefs rebelles, l’argent du beurre c’est de faire croire à l’opinion que l’Etat malien n’a rien fait pour les régions du nord. Le beurre c’est aussi de légitimer les attaques et les enlèvements, l’argent du beurre c’est de se montrer le plus soucieux des problèmes du nord. Le beurre ce sont des tueries, l’argent du beurre c’est de se blanchir en signant à la hâte l’accord d’Alger.
            A bon entendeur salut!
 

Ahmadou MAIGA 

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