Accord d'Alger – Gestion des affaires : IBK a-t-il des leçons à donner aux généraux ?

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 C’est lorsque Ibrahim Boubacar Kéïta était Premier ministre que le  chef d’une patrouille de l’armée avait été froidement assassiné par Bahanga, et certains de ses éléments pris en otage. Le chef rebelle avait reçu  en récompense de son crime l’érection en Commune de son patelin et  d’autres petits cadeaux, qui ravalent le coup de menton de IBK à une quête aux voix sur une question de tout premier intérêt national.

Analyse de Souleymane Traoré, sociologue. "Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise  humaine…mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue". Albert Einstein
Après quelques confidences au vitriol, distillées dans un quotidien de  la place, sur les Accords d’Alger, Ibrahim Boubacar Kéïta, Président de l’Assemblée Nationale et Président du Rassemblement pour le Mali (Rpm)  est finalement sorti du bois pour commettre un communiqué sans concession  sur le document signé à Alger entre le Gouvernement de la République du  Mali et les insurgés de Kidal.

Avant d’apprécier le texte dans son fond, il convient d’analyser la  sortie de IBK dans la forme. Il faut d’abord se désoler de constater que le Président de l’Assemblée Nationale n’ait pu s’élever à une hauteur de propos digne de son rang républicain. Le président de parti a toute légitimité pour officier à la tête du RPM, mais la prééminence et  surtout l’éminence de la fonction de Président du Parlement ne l’autorisait  plus, croyons-nous, à tenir un discours d’une telle portée politicienne et opportuniste.

On se demande bien si l’homme avait encore besoin de personnaliser la signature d’un aussi infâme communiqué qui n’avait d’autre but que de provoquer les réflexes les plus primaires de nos compatriotes contre  les Accords d’Alger. Il faut tout simplement rappeler à ce «va-t-en-guerre de salon» que nos compatriotes n’ont nullement besoin de savoir ce que lui pense des  Accords d’Alger, pour s’en faire eux-mêmes une opinion.

Il en est parmi eux qui récusent le principe même d’un accord avec  quelque mouvement de rébellion du Nord parce que convaincus qu’aucune  communauté n’a le droit de secouer l’ensemble national pour faire valoir ses vues.
Le gouvernement apposerait-il sa signature sur du papier blanc, ne comportant le moindre engagement, que cette catégorie de Maliens en prendrait ombrage. Personne n’a le droit de les culpabiliser.

Nous avons tous, cependant, ou tout au moins nous devrions avoir l’humilité de reconnaître qu’on ne gouverne pas qu’avec des bons sentiments. IBK qui affiche l’œil noir, la mine renfrognée, des airs de patriote
outragé a-t-il des leçons de patriotisme à donner aux généraux Amadou Toumani Touré et Kafougouna Koné ? Que nenni pour railler son style ampoulé et inconsistant.

Il est utile, au passage, de rappeler que c’est lorsque Ibrahim  Boubacar Kéïta était Premier ministre que le chef d’une patrouille de l’armée  avait été froidement assassiné par Bahanga, et certains de ses éléments pris  en otage. Le chef rebelle avait reçu en récompense de son crime l’érection  en Commune de son patelin et d’autres petits cadeaux, qui ravalent le coup  de menton de IBK à une misérable quête aux voix sur une question de tout premier intérêt national.
A lire la prose d’IRBPKM (que voulez-vous, le parti se confond avec l’homme), on est d’abord frappé par son incapacité à aligner une  critique argumentée de la prétendue reddition qu’il dénonce. Bien plus d’une semaine après avoir reçu le document, nous attentions de lui qu’il nous dise en quoi les Accords d’Alger portent atteinte aux Intérêts
Supérieurs du Mali.

Nous ne demandons qu’à être convaincus sur les manquements et trahisons dont l’Etat aurait fait preuve dans le traitement de ce dossier. Il serait encore plus digne du statut d’homme d’Etat qu’il revendique  urbi et orbi si les mêmes critiques argumentés étaient assorties de propositions concrètes sur sa vision, à lui, d’une sortie de crise.
Mais tout porte à croire que derrière les propos lénifiants sur la  Patrie
se terre l’ambition présidentielle qui le démange et le pousse  désormais à faire feu de tout bois, avec le risque d’être dévoré par les flammes.

Examinons l’hypothèse d’un conflit avec les insurgés du 23 mai, je dis bien un conflit armé avec les insurgés car il faut être naïf pour  croire qu’une poignée de rebelles puisse prendre possession de camps  militaires une journée entière.
S’il fallait en arriver à une telle confrontation avec son cortège de réfugiés, d’émoi de la communauté internationale devant les images de détresse de Touareg, d’accusations les plus fantaisistes mais très porteuses de menace de «génocide» contre une minorité nationale, aucun  des soldats de la taille de IBK ne serait là pour défendre le Mali.

Au contraire, si tout devait aller de travers, il aurait, en apôtre de  la paix, fait le tour des chancelleries pour flétrir «ce militaire (ATT)  qui nous gouverne, strictement incapable de résoudre par le dialogue un problème pouvant être discuté entre frères». Parce qu’en l’espèce le discours porteur aurait été celui de l’apaisement, de la  responsabilité. Mais comme dirait l’autre, «la différence fondamentale entre un  politicien [IBK] et un homme d’Etat [ATT], c’est que tous deux, ils peuvent sentir les vents souvent contraires chez leur peuple, le Premier le suit et  fait ce qui lui plaît sans que cela soit nécessairement son intérêt. Le  second, au risque de lui déplaire le conduit, malgré les désagréments et l’impopularité circonstancielle qui peut en résulter là où l’attendent l’histoire et l’avenir. Ce chemin est plus complexe, plus difficile.
Mais c’est là qu’est l’intérêt national véritable».

Un homme qui fonctionne aux saisons

En juillet 2006, il la joue en va-t-en-guerre de salon; quelques mois  plus tôt, il était la victime imaginaire de tous les complots de la  République. On se souvient de ses lamentations, au cours de ses tournées politiques dans certaines de nos régions. Le chef du Rpm avait érigé l’auto – victimisation en stratégie pour forcer la sympathie de l’opinion.
Autour, évidemment, d’un ego surdimensionné, le Président de l’Assemblée  nationale investit trop d’énergie dans cette campagne de quête effrénée d’un  statut de «victime» ( !) proportionnellement au peu de souci qu’il se fait des affaires du pays.

En voulant forcer un destin présidentiel indépendamment de la volonté populaire, IBK franchit chaque jour un palier supplémentaire dans sa montée vers les cimes d’une illusion qui le ramène toujours à sa propre personne. Une telle pathologie ne s’explique que par une fixation sur l’intérêt individuel et clanique lorsque tout, dans ce pays qui
reconstruit son destin, dicte à tout homme politique d’être porteur de l’intérêt général dans le cadre d’un projet collectif. Car la seule querelle utile, la plus essentielle et la plus digne d’intérêt, c’est celle du Mali qui, après les épreuves cruciales qu’il a traversées, donne chaque jour les preuves de son émergence et reprend sa place dans le cœur de ses enfants et son lustre sur la scène mondiale sous le leadership discret, humble mais efficace du Président ATT. Voilà la stricte vérité et tout le reste est dérisoire. Voilà aussi le cadre global d’un débat utile, irréductible, par essence, à nos destins individuels et nos calculs d’épicier. Venons en à présent à la campagne  de victimisation du chef du Rpm.

1. Dans le cadre de sa pré-campagne IBK, sous les faux oripeaux de «martyr», crie à qui veut l’entendre qu’il est «victime». Victime de  quoi ? Et encore victime de qui ? Voici un homme, sorti de l’anonymat, qui a bénéficié de tous les honneurs et privilèges depuis bientôt quinze ans sans pourtant avoir plus de mérite que les nombreux démocrates maliens  qui sont venus à bout de la longue nuit qui a failli tuer jusqu’à l’espoir tapi dans nos cœurs.

Alors qu’il n’était aucunement une figure de premier plan du mouvement démocratique, l’ancien Président Alpha Oumar Konaré l’arrache à  l’anonymat et le nomme Conseiller diplomatique. L’histoire dira certainement un  jour comment, à partir de .cette posture, il a gravi aussi rapidement les échelons. Ambassadeur en Côte d’Ivoire, Ministre des affaires  étrangères,
Premier ministre et Chef du Parti (Adéma) !

Le parcours est peu commun d’autant plus que d’illustres figures du mouvement démocratique, singulièrement de l’Adéma, pouvaient à juste  titre contester vivement son leadership. Alors ? A défaut de témoigner reconnaissance à ceux qui lui ont permis, loin du seul critère du  mérite, d’effectuer cette trajectoire, la pudeur, l’élégance, la convenance  mais aussi nos valeurs lui auraient dicté de tout simplement se taire. Mais Que n’a-t-il dit ou fait contre le Président Konaré, lui-même, son  bienfaiteur ?

2. Si la campagne de victimisation vise le Président de la République, Amadou Toumani Touré, il y a sérieusement de quoi s’inquiéter, pour ne  pas dire plus. Homme de parole, loyal à l’excès et transparent, le Président ATT l’a été et l’est encore sans réserve avec ses alliés,  singulièrement avec IBK.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’un clin d’œil à l’histoire. Candidat malheureux du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, la  raison (ou le bon sens) a dicté à IBK, tout comme d’autres acteurs politiques,  de soutenir ATT au second tour sur la base d’un accord en bonne et due  forme, dont les termes sont connus de tous les leaders de Espoir 2002. Après tout, il y a des contextes où nul n’a besoin d’intelligence politique  pour choisir, parce que simplement le choix n’est hélas pas donné.

ATT a incarné et porté en effet, en 2002, la volonté de changement, les aspirations et les inspirations du peuple malien. Dans une Afrique où  les juntes militaires se souciaient très peu des engagements pris, il a su résister à la tentation du pouvoir et ainsi pu, grâce à la procédure électorale, transmettre les leviers de l’Etat aux civils. Et pour ne  point porter ombrage à ses successeurs, il a choisi lui-même de se mettre à l’ombre, s’engageant dans l’action humanitaire et la médiation pour la résolution des conflits en Afrique et dans le monde. Mais surtout, il a défendu partout le Mali. Le sens du pays, le principe de la République  et la culture de loyauté de l’homme seuls peuvent expliquer une telle  posture
de la part d’un ancien Chef d’Etat. Qu’il soit considéré aujourd’hui comme un modèle de fidélité et de constance, de loyauté et d’intégrité, est une évidence. Qu’il soit le symbole intact du Mali débout et non pleurnichard, est un fait qui ne souffre d’aucune ambiguïté. Ce sont ces valeurs qui ont structuré sa démarche dans le cadre de la grande coalition qu’il a toujours voulu au service du Mali et de son peuple. IBK se rappelle sans aucun doute que  les législatives de 2002 n’avaient dégagé aucune majorité nette.

L’équilibre qui en est issu a donné plutôt une Assemblée nationale très éclatée du point de vue de sa composition et cette configuration  imposait forcément un consensus, aucune sensibilité ne pouvant s’imposer seule,  y compris pour nommer particulièrement de le président de l’institution. Contre tous, ATT a porté son choix sur le chef du Rpm qui lui a
d’ailleurs manifesté, alors, sa reconnaissance. IBK sait parfaitement bien que le Président de la République n’était tenu par aucune obligation de  procéder ainsi.

Toujours était-il que l’ancien Premier ministre se retrouve (encore !) propulsé à la tête de la troisième institution du pays grâce… à celui qu’il tente, sans avoir le courage de l’assumer clairement, de clouer  au pilori, espérant, par des procédés aux antipodes de l’éthique  politique, de le culpabiliser. Pire, je doute fort bien que IBK ait respecté  l’esprit du choix de ATT qui voulait que le Président de l’Assemblée nationale, à son image, soit dans une posture d’équilibre et de sagesse, loin des clivages et des logiques claniques, mais plutôt soucieux de l’intérêt supérieur du pays qui avait tant besoin d’un élan unitaire et solidaire autour des grands défis de la construction nationale et de la réponse  aux attentes des citoyens.
N’est-ce pas logique ce souhait d’un homme qui a refusé la camisole étroite de la logique partisane et clanique ?

S’encombrant peu de cet esprit consensuel au dessus des intérêts particuliers et individuels,  dont la loyauté est le socle, IBK retrouve très vite sa position et ses  lourds manteaux de chef de clan. Avec sa bénédiction, le Rpm déclenche la
Machine du dénigrement, de la délation et de la déstabilisation contre ce qui, aujourd’hui encore, constitue une expérience peu commune et saluée à travers le monde : un Président confortablement élu et qui associe  toutes les forces vives de la Nation à la gestion du pouvoir et qui de  surcroît, refuse toute attache partisane pour mieux se situer au-dessus des contingences et être au service exclusif de son pays et de son peuple.

Ridicule machine, ridicule campagne qui pourtant ont eu le mérite de laisser tout Malien de bonne foi pantois et écoeuré face à une marque manifeste de déloyauté et de mauvaise foi.

Pendant que la coalition au pouvoir mise en place grâce à la volonté politique du Président ATT s’engage dans la grande bataille pour le renouveau du Mali, IBK et son clan n’ont trouvé mieux que de le tirer constamment vers le bas. On se souvient des affabulations et des accusations grotesques d’un Bocary Téréta, aux premières heures de l’accident tragique qui a coûté la vie à Kadari Bamba et mille et  autres tentatives malveillantes contre un pouvoir au sein duquel pourtant ils sont si bien représentés, mais surtout un pouvoir qui, malgré de nombreuses contraintes, a suffisamment donné les preuves de sa volonté  de sortir notre pays du sous-développement. Où sont la loyauté et la solidarité ?

Un allié qui a les coudées franches et qui, parce qu’il est incapable  de contenir son ego et de sortir de son cocon partisan, ne se gène  nullement de violer le pacte d’honneur avec ses partenaires ! Où est l’éthique ? Certes, on ne peut reprocher dans l’absolu à un politicien de lire Machiavel et de s’en inspirer ! Mais tout de même, on peut exiger de  lui un minimum de décence et de fidélité, un soupçon d’éthique et de  loyauté. Voilà.

3. Ainsi, au lieu de jouer à la victime imaginaire et au faux martyr  IBK devrait faire preuve de courage politique et assumer clairement ses  choix. S’il veut se présenter à la prochaine élection présidentielle, eh bien, pourquoi ne le ferait-il pas, même s’il sait qu’on ne peut sauter au-dessus de son ombre, en proposant aux Maliennes et aux Maliens son projet ?
Après tout, le Mali est une démocratie majeure et aucune disposition n’empêche à qui que ce soit qui jouit de ses droits civiques de  prétendre présider aux destinées du pays. Nul donc n’a besoin de se lamenter à longueur de tournées politiques et de conseil national pour déclarer sa candidature. De même, IBK devrait savoir qu’il est dangereux de jouer
sur les sentiments et l’émotionnel d’autant plus que son discours de victimisation est usé, de surcroît tissé de faux et de faux fuyants, de bout en bout.

Il peut toujours investir encore de l’énergie dans sa campagne, mais en définitive, c’est le peuple malien qui seul, dans sa souveraineté imprescriptible, tranche entre la loyauté et la déloyauté, entre le Mali debout et le Mali pleurnichard (heureusement groupusculaire), entre le progrès et la stagnation, entre l’intérêt général et l’égoïsme  clanique, entre le labeur quotidien au service des populations et les campagnes électorales hâtives et improductives. Chacun de nos compatriotes reconnaîtra aisément qui est qui comme Toujours Dieu reconnaît les siens, mais surtout qui fait quoi, mais encore qui  Est dans le pôle du pays et qui est dans le pôle du parti. Clarté  inaltérable de la ligne de démarcation !

4. Pour conclure. Il se fait tard, IBK, et le réveil risque d’être vertigineux. Le Mali attend de ses élites et de ses enfants qu’ils ne prolongent pas les grasses matinées comme un certain Premier ministre  qui, par ses penchants hélas trop bourgeois, n’hésitait pas à retarder la  tenue du Conseil des ministres. Et je voudrais exprimer un souhait et un  espoir
: refuser de tomber dans la piège de la diversion car il y a tant de choses à faire dans ce pays. Si IBK et son parti veulent démarrer une campagne électorale avant terme, qu’ils y aillent.

Dans tous les cas, ils rencontreront partout d’autres préoccupations immédiates et prioritaires des populations, ils  croiseront sur leur chemin le Mali qui travaille pour l’émergence d’une agro-industrie moderne, le Mali qui développe ses infrastructures routières pour renforcer sa position de carrefour et de porte d’entrée incontournable dans la sous-région, le Mali qui invente les voies et moyens pour l’exploitation judicieuse de ses ressources, le Mali qui se bat pour transformer le désert en opportunité, le Mali qui expérimente  un modèle démocratique peu commun, le Mali qui brille de mille feux sur la scène internationale, le Mali de la rigueur, de la sobriété et de la loyauté. Oui, partout il rencontrera le Mali qui, sous ce premier mandat du Président ATT, est en train de réussir les conditions et les bases de  son développement durable. Le reste est dérisoire, parce que sans enjeu !

Souleymane Traoré
Sociologue Boulkassoumbougou

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SOURCE:  du   27 juil 2006.