Accords d’Alger, ATT-cratie, ostracisme contre IBK…: ATT: le grand plongeon en 2007 ?

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Sans doute gagné par l’usure du pouvoir et à force de vouloir rempiler, le président de la République Amadou Toumani Touré donne l’impression de pratiquer une politique de navigation à vue. Paniqué par les révélations de certaines de ses "affaires", dérouté par les accords d’Alger, effrayé par la candidature d’IBK à l’élection présidentielle de 2007, il prend des initiatives malheureuses, tire à hue et à dia, devient maître dans l’art de la complotite. C’est vrai que les échéances électorales frappent à la porte mais la fin justifie -t-elle les moyens ? Même à défaut de sondage, sa cote est au plus bas dans l’opinion et si cette tendance persiste, on assistera à l’effet boomerang qui est un vote sanction en 2007.

ATT-cratie" c’est une nouvelle série policière digne de James Hadley Chase. C’est un récit sulfureux, bourré de révélations à vous couper le souffle qui raconte les frasques d’un homme prêt à mettre le monde sans dessus-dessous pour parvenir à ses fins. Alors peu importe les moyens, seule compte la fin.
Dans «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan" publié chez l’Harmattan à Paris et qui s’achète comme du petit pain, tout y passe : corruption, gabégie, tricherie, endettement excessif, affaire de mœurs etc. De quoi souiller l’honneur d’un homme et de son clan. Le couple ATT traînera désormais toute sa vie comme un boulet la malédiction du sphinx. Monstre hybride originaire de l’ancienne Egypte, surtout présent dans la légende d’Oedipe sous l’aspect d’un lion ailé à buste et tête de femme, les Grecs craignaient cet être fabuleux qui soumettait une énigme aux voyageurs se rendant à Thèbes, les dévorait s’ils ne trouvaient pas la bonne réponse.

De «ATT-cratie» à ATTgate

Peu importe aujourd’hui la personnalité du Sphinx, l’essentiel, en tout cas, est de savoir qu’il est animé d’un bel esprit de revanche. D’après les supputations, il s’agirait d’un ancien ministre. Chose encore plus grave car d’après Corneille "plus grand est l’offenseur, plus grande est l’offense". Ainsi, les hommes qui nous gouvernent sont loin d’être des saints. Mais chez nous l’habit fait le moine. Mitterrand a eu ses "affaires africaines", Bongo ses "milliards" et son harem. Aujourd’hui c’est le tour de ATT de passer sous les Fourches Caudines. Pour tempérer le zèle d’un generalissime romain de retour d’une campagne victorieuse, le Sénat lui chuchotait sans cesse à l’oreille que la Roche Tarpéienne est tout près du Capitole afin qu’il ne soit pas grisé par la victoire.
"ATT-cratie" est le chemin le plus droit qui mène à ATTgate. Car, au moins, pour trois raisons et non des moindres, l’image du président de la République a pris un sale coup dans l’opinion.

A ce rythme il n’est pas certain, comme l’a dit le sociologue français Emile Durkheim, que les peuples ont les gouvernants qu’ils méritent. S’ils savaient, les Maliens allaient-ils envoyer un cow boy à Koulouba en 2002 comme les Américains l’ont fait avec Richard Nixon en 1972 ? Homme d’honneur, celui-ci a préféré rendre le tablier plutôt que de subir l’infamie de la procédure d’ "impeachment" (destitution) que le Congrès s’apprêtait à enclencher.
Il ne faut pas s’attendre à un tel courage politique sous nos latitudes, surtout de la part d’un président qui, toute honte bue, se prépare fébrilement à briguer un second mandat. Aidé en cela par des chefs de parti trouillards, à la limite de l’irresponsabilité et des députés qui n’ont rien à envier à des moutons de panurge.
La première gaffe d’ATT est d’avoir compromis la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale en courbant l’échine devant des brigands chercheurs de sous, croyant naïvement à une rébellion de type 90. Or, il n’en est rien. Il s’agit, tout simplement, d’une désertion de soldats maliens sur fond de grand banditisme et qui devait être traitée comme telle. La preuve, Iyad, qui dit disposer de trois mille combattants, est encore à la recherche de troupes au Niger, en Libye et en Algérie pour étoffer son effectif en vue d’un éventuel cantonnement.

Un homme faible et hésitant règne au sommet de l’Etat

Les accords d’Alger ont été très mal négociés qui font la part belle aux bandits armés au détriment du reste de la nation. Ses clauses sont inapplicables.
Concernant le cantonnement et la réinsertion des troupes, le forum national sur le développement de Kidal, le budget spécial d’investissement pour cette seule région, le Mali n’a pas d’argent et aucun bailleur de fonds, contrairement au pacte national 1992, n’est prêt à mettre la main à la poche pour satisfaire la cupidité légendaire de quelques têtes brûlées.

Conséquence, le conflit s’enlise, les maquisards refusent de rendre les armes dérobées dans les garnisons de Ménaka et de Kidal, le président du comité de suivi des accords, le contrôleur général de police, Mahamadou Diagouraga, est bloqué dans ses initiatives, il tourne en rond, ATT est lui-même sur les nerfs, il n’en peut mais… La preuve, l’autre jour, en donnant du matériel aux troupes, il a déclaré que «les forces armés nationales ne quitteront pas Kidal».
Bref, aujourd’hui, on est plus proche de la guerre que de la paix. Ceux qui disent que la paix n’a pas de prix doivent aller au bout de leur logique en ajoutant que les Maliens n’ont pas de dignité.

Car, de l’indépendance à nos jours, aucune décision politique n’a soulevé tant de polémique, déchaîné tant de passion. C’est la faute au sommet de l’Etat où règne un homme faible, hésitant, qui n’écoute que les flagorneurs, abdiquant es-qualité ses responsabilités d’homme d’Etat et de chef suprême des forces armées, toujours prêt à répondre à l’appel des sirènes.

En fait, malgré les apparences, les vrais faux accords d’Alger ne plaisent à personne. Même ceux qui les soutiennent du bout des lèvres devant le général, les critiquent dans son dos. Il s’agit principalement des chefs des partis politiques acquis à sa cause, qui ont décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Mais les Maliens, dans leur écrasante majorité, ne sont pas dupes. Sur ce dossier ils donnent rendez-vous à ATT en 2007.

2007, année des élections mais surtout de l’élection présidentielle. Là aussi, le président joue sur un mauvais registre en trempant dans des complots de toutes sortes pour déjà abattre son adversaire déclaré, le président du RPM, Ibrahim Boubacar Kéïta. Pour cela, il dispose à l’Assemblée et au sein des partis politiques d’alliés dociles pour accomplir la sale besogne. Ces manœuvres sournoises ont abouti à l’exclusion du plus grand parti du pays, le RPM, et du bureau de l’Assemblée nationale et du bureau de la CENI. Enfin, pour peu que Espoir 2002 se laisse faire, tout est fin prêt pour organiser des fraudes massives lors des prochaines élections.
En fait, la panique s’est vite installée au camp d’Agramant.

Bastonnades organisées contre les journalistes

ATT craint-il vraiment de ne pas faire le poids face au leader charismatique du RPM ? Si tel est le cas, alors qui veut aller loin ménage sa monture. Au besoin en foulant au pied les principes élémentaires de la démocratie qui consistent en la séparation des pouvoirs. L’histoire prouve pourtant, surtout dans les pays africains, qu’il est difficile de faire descendre de son piédestal un président en exercice.

En effet, celui-ci dispose de moyens colossaux pour battre campagne à sa guise par la pratique de la corruption, l’achat des consciences, les menaces et intimidations voire les représailles, en s’appuyant sur une classe politique inféodée.

Les menaces et intimidations et les représailles, c’est surtout pour les adversaires politiques, a fortiori ceux qui ont eu le culot de s’autoproclamer candidats à l’élection présidentielle avec une bonne longueur d’avance. L’exclusion et l’ostracisme, c’est pour le RPM et son chef, celui-là même qui a l’outrecuidance de se mettre au travers de sa route en obstruant la voie qui mène à Koulouba. Il faut le dire (car c’est pas l’heure de se taire) ATT n’est pas un démocrate. Il a une sainte horreur de l’opposition. Ou du moins pour lui, l’opposition se limite à la presse, comme il l’a dit lui-même en 2003 au passage de Jacques Chirac. Une presse pourtant qu’il déteste comme la peste. En témoignent les bastonnades organisées contre les journalistes, toute chose qu’il a encouragée lors de la conférence de presse organisée au palais pour célébrer les quatre ans de son accession au pouvoir.

Alors, dans la grisaille des partis politiques, il faut couper la tête au diablotin qui veut surgir hors de sa boîte.
Veut-il subir le même sort que Alpha Oumar Konaré qui a été obligé en 1997, face au boycott de l’opposition radicale, de se chercher un opposant de pacotille en la personne de feu Maribatrou Diaby pour briguer un second mandat?

Les Bamanans disent qu’en jetant de la poussière dans les yeux de tous ses camarades de jeu, on finit par s’amuser tout seul. Il n’y a rien à faire (et cela n’a pas commencé par ATT) la démocratie, c’est une opposition et une majorité.

Et, dans ce cas, le respect des règles du jeu impose à tous les adversaires sur fond de faire-play comme dans un match de foot, l’adoption d’un code éthique et moral, gage de transparence dans les élections, d’apaisement des esprits, de paix et de stabilité sociale. Il ne faut pas s’amuser à fabriquer inutilement des martyrs dans ce pays.

Mais, encore une fois, (il faut le dire), chassez le militaire, il revient toujours avec tambour et trompette. Le pouvoir est au bout du fusil, mais le souverain peuple, c’est comme l’œil de Caën.

Mamadou Lamine DOUMBIA

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