Algérie : 7 otages étrangers exécutés lors de l’assaut final

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Plus de 72 heures après l’attaque et la prise d’otages de ressortissants étrangers et algériens par un groupe islamiste armé, les autorités algériennes ont lancé, samedi 19 janvier en milieu de journée, l’assaut final contre ce qu’il restait des terroristes, retranchés au sein de l’usine du complexe gazier de In Amenas. Les djihadistes ayant miné les installations, l’armée procède actuellement à la neutralisation des explosifs, a précisé pour sa part la compagnie énergétique algérienne Sonatrach.

L’agence de presse officielle algérienne APS a annoncé que sept otages étrangers ont péri et onze ravisseurs ont été tués. Selon une source au sein de la sécurité algérienne, citée par l’AFP, les otages auraient “été assassinés en représailles”. Depuis le début des affrontements, entre 25 et 27 otages étrangers ont été tués.

La nationalité des otages tués samedi n’a pas été communiqué dans l’immédiat. Vendredi, les islamistes ont annoncé à l’agence mauritanienne ANI détenir trois Belges, deux Américains, un Japonais et un Britannique. Dans la matinée, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, avait indiqué qu’il n’y avait plus de Français retenus en otage à la connaissance des autorités françaises.

Entre les évasions des otages et la libération opérées par les militaires algériens quelque 600 d’entre eux, presque tous des Algériens, s’étaient retrouvés libres. Selon les autorités, il y aurait eu 132 otages étrangers. Le bilan total des victimes occidentales était encore difficile à établir puisque les autorités ignoraient si certains étaient encore cachées au moment de l’assaut final.

CONDAMNATION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L’ONU

Vendredi soir, le Conseil de Sécurité de l’ONU a dénoncé une attaque “haineuse” et condamné “dans les termes les plus fermes” cette “attaque terroriste”, selon un communiqué approuvé par les quinze membres de l’instance.

Le Conseil a appellé en outre les Etats à “coopérer activement avec les autorités algériennes”. Le communiqué souligne enfin que les mesures prises pourcombattre le “terrorisme” doivent respecter “les lois internationales” relatives “aux droits de l’homme” et aux “réfugiés”. Ce rappel est survenu alors que plusieurs pays ont fait de leur vive inquiétude pour leurs ressortissants retenus par ce groupe, qui dit agir notamment en représailles à l’intervention militaire française auMali.

Les Etats-Unis prendront “toutes les mesures nécessaires” pour protéger leurs ressortissants contre les groupe affiliés à AQMI, a ainsi déclaré le secrétaire à la défense américain, Leon Panetta. “Est-ce que cela implique d’assister les autres avec des opérations militaires, est-ce que cela implique de mener des opérations en coopération là-bas, ce sont des sujets qui, je pense, doivent être encore tranchés”, a ajouté M. Panetta, en visite actuellement à Londres.

Le premier ministre japonais Shinzo Abe, qui a participé samedi matin à Tokyo à une réunion de crise sur cette prise d’otages, a qualifiée l’affaire d’“extrêmement ignoble”“Nous ne pourrons jamais pardonner”, a-t-il ajouté devant la presse. La France s’est de son côté abstenue de critiquer l’opération de l’armée algérienne, invoquant une situation “particulièrement complexe”.

MORT D’UN OTAGE FRANÇAIS ET D’UN OTAGE AMÉRICAIN

Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères a annoncé vendredi soir la mort d’un otage français originaire du Pays-Basque lors de “l’opération de libération”lancée par l’armée algérienne, mais indiqué que trois Français avaient la vie sauve. La victime, Yann Desjeux, 52 ans, avait pu jeudi répondre à quelques questions du quotidien Sud-Ouest. L’information a été confirmée samedi sur France 3 Bretagne par le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian : “Il y a aujourd’hui, à notre connaissance, un Français qui a été tué, malheureusement, et des Français qui ont été libérés.”

Le ministre de la défense, questionné sur la présence éventuelle d’un djihadiste français parmi les preneurs d’otage, a par ailleurs indiqué qu’il ne pouvait “pasassurer que ce djihadiste français, qui s’appellerait Le Guen, soit présent sur le site”“On le saura assez vite”, a-t-il ajouté, en précisant que ce djihadiste “n’a pas quitté la France hier: il était au Mali depuis plusieurs semaines”.

Alors que le département d’Etat américain a également indiqué vendredi soir la mort d’un de ses ressortissants, le sort d’un certain nombre d’otages restait incertain samedi matin. La chaîne de télévision américaine NBC News a pour sa part assuré que deux Américains s’étaient échappés et que le sort de deux autres demeurait inconnu.

Une source de la sécurité, citée par l’agence algérienne APS, a dressé vendredi soir un bilan provisoire de l’assaut : 12 otages et 18 ravisseurs ont été tués, et près d’une centaine d’otages – sur les 132 étrangers enlevés – libérés, ainsi que 573 employés algériens. Elle ne précise cependant pas le nombre et la nationalité des victimes étrangères. Un porte-parole du groupe armé, cité par l’agence de presse mauritanienne ANI, avait parlé jeudi de 34 otages étrangers tués dans l’assaut.

UN COMMANDO INFILTRÉ DEPUIS LE NIGER

D’après les sources jihadistes citées par ANI, le commando est dirigé par Abdelrahmane, dit “le Nigérien”, qui détient les sept étrangers, et est composé d’une quarantaine de personnes originaires d’Algérie, d’Egypte, du Niger, duTchad, de la Mauritanie, du Mali et du Canada qui se seraient infiltrés en Algérie depuis le Niger.

Citant des sources au sein du groupe de Mokhtar Belmokhtar, auteur du rapt, l’agence ANI a affirmé que ce dernier proposait “à la France et à l’Algérie de négocier pour l’arrêt de la guerre livrée par la France” dans le nord du Mali. Mokhtar Belmokhtar, un djihadiste algérien, voudrait en outre “échanger les otages américains détenus par son groupe” contre un Egyptien, Omar Abdel-Rahman, et une Pakistanaise, Aafia Siddiqui, emprisonnés aux Etats-Unis à la suite d’accusations liées au terrorisme. “Les Etats-Unis ne négocient pas avec les terroristes”, lui a rétorqué le département d’Etat américain.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters |  le 

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