Application de l’ACCORD D’ALGER : Pour qui Kafougouna est-il allé à Kidal ?

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Le ministre de l’administration territoriale s’est rendu hier à Kidal. Objectif affiché : mettre en place le comité de suivi dudit accord. C’est en fait le premier acte fondateur de l’Accord d’Alger conclu le 4 juillet dernier entre le gouvernement et les insurgés et la prétendue Alliance du 23 mai pour la démocratie et le changement. C’est également la première fois, depuis les attaques perpétrées dans les garnisons de Kidal et de Ménaka, qu’un haut responsable de l’Etat foule du  pied le sol de cette localité.

Par cette visite éclair dans la ville de Kidal, le général Kafougouna KONE, principal artisan de l’Accord d’Alger, signe, depuis l’attaque rebelle survenue en mai dernier, l’arrivée d’une personnalité officielle dans cette localité du nord Mali. Il s’y trouve, selon des sources concordantes, à la tête d’une importante délégation nationale, comprenant notamment son homologue de la défense, Mamadou Clazié SISSOUMA, pour procéder à la cérémonie d’installation du comité de suivi dudit Accord. En effet, alors que les adversaires et les pro-Accord s’affrontaient à coup d’arguments contradictoires et que la mission officielle d’explication du texte en question battait son plein, aucune personnalité de l’Etat, à ce niveau de responsabilité, à commencer par le chef de l’Etat lui-même, ayant à plusieurs reprises sillonné le grand nord (notamment Gao et Tombouctou), depuis les attaques rebelles dans les garnisons militaires, n’a daigné franchir la barrière des Ifoghas. Cette situation, pour le moins inconfortable, qui donne aujourd’hui matière à réfléchir, pour tous les Maliens, sur la justesse de l’Accord d’Alger, tel qu’il est intervenu en terre étrangère sans que les parties concernées aient pu songer à garantir les conditions de la paix, recherchée ou retrouvée, par l’obtention ou le maintien d’un cessez-le- feu définitif.

Comme on le voit, l’Accord d’Alger, négocié et signé entre les parties sous la médiation algérienne, sans ces détails élémentaires liés à la préservation d’un climat de confiance et de dialogue, était loin d’offrir aux autorités maliennes la garantie d’une tranquillité digne de ce nom par laquelle elles pouvaient continuer à exercer l’autorité et la souveraineté du peuple malien dans cette partie du territoire national. Voilà pourquoi, conclu dans un contexte de précipitation et d’improvisation, l’Accord d’Alger, tel qu’il a été conçu à la charge des parties, et qui n’ait prévu au préalable aucune garantie du cessez-le-feu, passage obligé du retour de la confiance, ne pouvait garantir la paix et la sécurité dans cette zone du pays.

A l’évidence, le général KONE s’y est rendu aujourd’hui, accompagné de son équipe d’experts militaires, d’autant qu’il bénéficie en quelque sorte de la bénédiction de la bande des insurgés, lesquels l’ont gratifié du visa d’entrée dans la ville pour les énormes services qu’il leur rendra au premier chef. En fait, ce qui pousse le général KONE à se précipiter dans la ville de Kidal, plus d’un mois après l’attaque rebelle, sanctionnée par un Accord dit de la paix, c’est la mise en œuvre du comité de suivi du même accord. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement. Car, depuis de longues semaines, les insurgés, sur cette question fondamentale de l’application du texte d’Alger, avaient, par la voie de certains de leurs ténors, sur des stations internationales, manifesté leur impatience face à une certaine lenteur, côté gouvernemental, de mettre les choses au point. Officiellement, le Mali avait d’ailleurs répondu au clin d’œil des insurgés en affirmant clairement que le démarrage du comité de suivi, dont le lancement est déjà effectif à Kidal, n’était plus qu’une question de calendrier.

N’en déplaire aux détracteurs, le général KONE, pour avoir passé tout ce temps sans se rendre à Kidal, malgré l’Accord d’Alger dit de la paix qu’il a en mains, depuis plus d’un mois, n’y est aujourd’hui qu’autorisé par la bande des insurgés qui ont présentement le plus grand besoin de lui. Et non pour les populations au nom desquelles il a semblé négocié et signé le fameux Accord de paix. Auquel cas, il s’y rendrait depuis longtemps, après la signature de l’Accord, ne serait-ce que pour les apaiser et les soutenir face au spectre de la violence. Il s’agit aussi pour lui de se dérober face aux questions orales à lui posées par l’honorable Boubacar TOURE sur les tenants et les aboutissants des tous ces accords et projets de développement initiés au Nord du Mali, à commencer par le Pacte national qui a été signé le 11 avril 1992 pour mettre «définitivement » fin à l’irrédentisme touareg d’une partie de cette communauté nationale à part entière.  

Par Sékouba SAMAKE

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