Attaques rebelles au Mali : Bamako a–t-il perdu le Nord ?

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Le Nord-Mali est en proie à une offensive de la rébellion touarègue. A Niafounké, village du célèbre guitariste malien Ali Farka Touré, les habitants sont pris dans l’étau des échanges de tirs entre l’armée malienne et les rebelles touaregs dont on dit qu’ils bénéficient de l’appui des membres de AQMI. Le Mali, en pleine campagne électorale, est obligé de faire face à des attaques jamais vues auparavant. Cette fois-ci, les rebelles ont attaqué les régions qu’ils estiment devoir être sur leur fameux territoire de l’AZAWAD. Une offensive coordonnée qui, il faut le reconnaître, donne du fil à retordre à l’armée malienne.

L’ampleur des combats n’est pas surprenante parce qu’avec le flot d’armes de toutes sortes revenues de la Libye de Kadhafi, les troupes du MNLA ont de quoi être plus offensives et plus dangereuses. L’attaque du 24 janvier n’a pas encore livré tous ses secrets. On parle d’atrocités de la part des rebelles sur les populations et sur des militaires de l’armée malienne. L’Etat malien a demandé l’ouverture d’une enquête sur les événements de l’Aguelhok, dans la région de Kidal, dans l’extrême-nord du pays, preuve du caractère sérieux des accusations. On observe cependant un silence-radio sur le nombre des victimes civiles et militaires au niveau de la communication gouvernementale, laissant ainsi la place à la rumeur avec ses effets dévastateurs dans l’opinion publique.

La preuve, cette manifestation des parents des militaires au front, reflète bien cette opacité qui entoure les opérations de l’armée malienne. Les familles veulent non seulement avoir les nouvelles des leurs, mais en plus, elles demandent à l’Etat d’ équiper convenablement ses troupes sur le terrain pour l’accomplissement de leurs missions. C’est une interpellation à prendre au sérieux du côté de ATT qui, en bon général d’armée, sait que le soutien de l’opinion est déterminant pour gagner la guerre contre les rebelles. Gare au gouvernement donc, si cette opinion se rend compte que l’armée malienne jette ses hommes en pâture aux rebelles touaregs, sans équipements adaptés à la menace et sans un bon appui logistique. Comment assurer la sécurité des populations et la souveraineté de l’Etat sur plus d’un million de Km2 dont la moitié est constituée de désert ? Comment sécuriser dans ce cas les populations et les détachements militaires chargés de cette protection ?

Un vrai dilemme qui se paie cash. Une armée en difficulté qui peine à tenir ses positions et dont les renforts sont incertains ou trop lents. Pour ATT qui se prépare à céder son fauteuil de président dans quelques mois, c’est un cadeau empoisonné à son successeur et rien ne dit que cette crise touarègue ne va pas influencer la campagne électorale. La recrudescence de la rébellion touarègue entache le mandat finissant de ATT qui, à force de négocier la paix, a tout simplement oublié de préparer cette guerre inévitable parce que les revendications du MNLA sont tout simplement irréalisables. Malheureusement, le Mali tarde à tendre la main à l’aide militaire internationale. Ses pays voisins ne l’appuient que très timidement.

Il est vrai que chacun entend gérer à sa manière les Touaregs vivant sur son sol pour des considérations de politique intérieure. Hélas, c’est oublier que le territoire de l’Azawad, cet espace vital que le MNLA réclame, s’étend du Burkina à l’Algérie en passant par le Mali, la Mauritanie et le Niger. Tôt ou tard , il faudra se décider à agir collectivement, soit pour faire la guerre, soit pour gérer politiquement le statut définitif de ce peuple.

Abdoulaye TAO

Le Pays, Burkina Faso, via lefaso.net

 

 

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