“Au Mali, il est plus difficile de construire la paix que de gagner la guerre”

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Ti√©man Coulibaly- Pour le chef de la diplomatie malienne, il faut d√©barrasser d√©finitivement le nord du Mali du fl√©au terroriste et recr√©er une √©conomie normale appel√©e √† se substituer √† l’√©conomie criminelle qui prosp√®re depuis plusieurs ann√©es.
Reuters

Trois jours apr√®s la visite de Fran√ßois Hollande au Mali, le ministre malien des Affaires √©trang√®res, Ti√©man Coulibaly, nous livre son diagnostic sur la crise qui a conduit √† l’intervention fran√ßaise pour chasser les groupes islamistes arm√©es du nord du pays. Quelques doutes, et beaucoup d’esp√©rance.¬†

Quoi de plus logique en ces temps tumultueux? Chef de la diplomatie malienne, Ti√©man Coulibaly a… un agenda de ministre. Y compris lorsqu’il fait escale √† Paris. Hier apr√®s-midi, au terme d’une s√©ance de travail avec les experts de la D√©l√©gation aux affaires strat√©giques de la D√©fense, il a ainsi fil√© Gare du Nord. Cap sur Bruxelles, th√©√Ętre ce mardi d’une r√©union du Groupe de soutien au¬†Mali, cens√© baliser¬†“le jour d’apr√®s” et les mois qui suivront¬†; en clair, oeuvrer au retour √† la stabilit√© d’un pays meurtri. C’est donc dans la berline qui l’achemine d’un immeuble discret de la place Saint-Thomas-d’Aquin au port d’attache des Thalys qu’il a accord√© √† L’Express l’entretien qui suit.

Par la voix de votre homologue Laurent Fabius, Paris annonce un retrait prochain des troupes françaises déployées au Mali. Est-il exact que Bamako souhaite au contraire leur maintien à moyen, voire à long terme?

Rappelons les objectifs de cette¬†intervention fran√ßaise. Il s’agissait pour nous d’appeler un pays ami au secours afin de sauver notre R√©publique. La communaut√© internationale a pu alors se rendre compte des dangers qui guettaient le Mali et, au-del√†, la sous-r√©gion ouest-africaine. Nous √©tions confront√©s √† des bandits terroristes, narcotrafiquants lourdement √©quip√©s, une v√©ritable arm√©e du Mal. La France a stopp√© la progression de ces narco-djihadistes; nous avons commenc√©, Maliens et Fran√ßais, √† les repousser ensemble, ce qui a permis de h√Ęter le d√©ploiement des troupes de la Misma [force interafricaine].

La France va continuer √† nous assister afin d’aider au r√©tablissement de notre souverainet√© et de l’autorit√© de l’Etat. Au-del√† des op√©rations en cours, nous souhaitons renforcer notre coop√©ration militaire avec Paris. C’est un choix politique. Car la France a r√©pondu efficacement, massivement quand on l’a appel√©. Et √ßa, les Maliens ne l’oublieront jamais. Il est vrai, comme le pr√©sident¬†Fran√ßois Hollande, que votre pays n’a pas vocation √† rester au Mali. Un moment viendra o√Ļ, le d√©ploiement de la Misma √©tant devenu effectif, il faudra que nous prenions le relais.

Quand l’arm√©e malienne, dont on conna√ģt l’√©tat de d√©labrement, redeviendra-t-elle un acteur significatif de la souverainet√© nationale malienne?

 

¬†Chacun sait que nos pays ont des probl√®mes de gouvernance. Les difficult√©s de l’arm√©e malienne s’apparentent √† celles de nos √©coles ou de notre syst√®me de sant√©. Tout cela constitue un ensemble de d√©fis qui s’imposent √† nos Etats. La mission d’entra√ģnement de l’Union europ√©enne va bient√īt arriver √† Bamako [le lancement de l’op√©ration est pr√©vu le 12 f√©vrier] et contribuera √† remettre notre arm√©e √† niveau, √† remonter ses capacit√©s op√©rationnelles. Elle va aussi entreprendre des formations relatives √† la dimension √©thique, du respect des droits de l’Homme √† la d√©finition stricte des r√®gles d’engagement. En somme, il s’agit de nous aider √† b√Ętir une arm√©e r√©publicaine, sur laquelle reposent nos espoirs de construction d’un Etat d√©mocratique et stable.

La lenteur du déploiement de la Misma vous inquiète-t-elle?

Non, je ne suis pas inquiet. Car tout s’est pr√©cipit√© et il a fallu parer au plus press√©. D√©j√†, √† Addis-Abeba [si√®ge de l’Union africaine], lors de la conf√©rence des donateurs, nous avons pu mobiliser un peu plus de 455 millions de dollars -soit 336 millions d’euros. Un premier pas important, m√™me s’il ne couvre pas l’int√©gralit√© des besoins. Il faut continuer √† mobiliser l’opinion internationale sur un enjeu de stabilit√© mondiale, √† savoir cet axe de vuln√©rabilit√© que constitue la bande sah√©lo-saharienne. Toute force du Mal capable de prendre un point d’appui solide √† quelque endroit que ce soit de cet axe pourrait se projeter tr√®s au-del√†.

En-dehors de la France, regrettez-vous la tiédeur des acteurs européens?

Je ne dirais pas cela. La France a de vieilles relations avec le Mali. Fran√ßais et Maliens se connaissent tr√®s bien, et depuis longtemps. Ce qui peut expliquer la rapidit√© avec laquelle les autorit√©s fran√ßaises ont per√ßu le danger. Mais j’ai eu l’honneur de rencontrer les ministres des Affaires √©trang√®res des 27 pays de l’Union, et j’ai constat√© chez eux un int√©r√™t r√©el, qui proc√©dait d’une volont√© sinc√®re de comprendre.

Que vous inspire l’hypoth√®se d’un passage sous mandat onusien de la Misma et du contingent fran√ßais?

La r√©solution 2085 [du Conseil de s√©curit√© des Nations unies] prescrivait la cr√©ation d’une mission internationale de soutien et d’assistance √† l’arm√©e malienne. Nous sommes donc d√©j√† sous banni√®re onusienne. Cela pos√©, si nous devons transformer la Misma, il faudra d√©finir et pr√©ciser le mandat de l’√©ventuelle force de stabilisation √† venir. Elle devrait avoir pour mission de d√©barrasser d√©finitivement le nord du Mali du fl√©au terroriste, de s’attaquer √† la souche que ce fl√©au a laiss√© sur place, de recr√©er une √©conomie normale appel√©e √† se substituer √† l’√©conomie criminelle qui prosp√®re depuis plusieurs ann√©es, et d’offrir aux populations locales d’autres perspectives de vie.

Jugez-vous la posture algérienne satisfaisante, notamment en matière de sécurité aux frontières?

 

 

Oui. Nos fronti√®res sont difficiles √† s√©curiser, tr√®s longues et compl√©tement poreuses. L’Alg√©rie a pris des engagements quant au survol de son territoire et √† la fermeture de ses fronti√®res, et elle les tient. Voil√† quelques heures, un individu appartenant √† Ansar-Eddine a d’ailleurs √©t√© appr√©hend√© dans ce secteur.

Le Mali peut-il, au-delà de cette séquence militaire, remporter la bataille de la réconciliation nationale?

On sait bien qu’il est plus difficile de construire la paix que de gagner la guerre. La paix demande des concessions, du dialogue, la recr√©ation d’un espoir. C’est donc un travail plus complexe et plus long. Mais si vous isolez le crime organis√© transnational, le grand terrorisme, le trafic de drogue √† grande √©chelle, si vous coupez les liens entre les Andes, les c√ītes atlantiques de l’Afrique et le nord du Mali, vous pouvez tr√®s ais√©ment construire la paix dans notre pays.

Quel est la part de responsabilit√© de l’ancien pr√©sident Amadou Toumani Tour√© dans le d√©litement de l’appareil militaire et des structures √©tatiques?

Le pr√©sident Tour√© a peut-√™tre commis quelques erreurs d’appr√©ciation. Peut-√™tre n’a-t-il pas saisi √† un moment donn√© l’urgence qu’il y avait √† d√©clencher une guerre totale contre Al-Qa√Įda au Maghreb islamique (Aqmi). Peut-√™tre n’a-t-il pas senti les soutiens pr√™ts √† l’√©pauler dans ce combat. Il y a lieu de regretter que cette guerre n’ait pas √©t√© engag√©e plus t√īt. Nous connaissons nos handicaps, la fragilit√© de nos Etats, le peu de ressources dont nous disposons et qu’il faut parfois mobiliser non pas en faveur du d√©veloppement, mais pour financer nos guerres. Or, notre vraie guerre, c’est de nourrir les enfants du Mali, les envoyer √† l’√©cole, les soigner.

La capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo conserve-t-il une influence -donc une capacit√© de nuisance- sur l’√©chiquier politique malien?

Le capitaine¬†Amadou Sanogo¬†est un citoyen et un soldat malien. Il y a eu ce¬†coup d’Etat en mars 2012. Nous avons pu r√©sorber les effets d’un putsch qui avait pour objectif de d√©truire les institutions r√©publicaine. Nous avons r√©tabli la Constitution et l’Assembl√©e dans ses droits. Et le capitaine Sanogo ne s’y est pas oppos√©. Aujourd’hui, nous passons √† une autre phase. Si demain, il veut jouer un r√īle politique, il saura comment proc√©der. Cette question n’est pas un enjeu de l’instant. La remettre sur le tapis ne nous avance pas √† grand-chose.

Quelle ligne de conduite les autorit√©s maliennes doivent-elles adopter quant aux repr√©sailles, parfois meurtri√®res, commises notamment √† l’encontre des¬†communaut√©s touar√®gue et arabe?

Justice, impartialit√©. Tous les textes relatifs √† la d√©fense des droits de l’Homme ont √©t√© ratifi√©s par l’Assembl√©e nationale du Mali. Le pr√©sident de la R√©publique [par int√©rim Dioncounda Traor√©] a d√©clar√© que le gouvernement n’acceptera pas d’exactions commises √† l’endroit de qui que ce soit. Celles-ci devront √™tre trait√©es sur le plan judiciaire. N’oublions pas que les premi√®res ont √©t√© commises envers des soldats maliens, notamment √†¬†Aguelhok. Toutes devront √™tre √©lucid√©es. Les exactions perp√©tr√©es par ailleurs par des militaires feront l’objet d’une commission d’enqu√™te. N’ajoutons pas la rancoeur √† la rancoeur et le traumatisme au traumatisme. Laissons une chance √† la justice, afin que les Maliens reprennent confiance en leur pays et en leur destin.

lexpress.fr/

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8 COMMENTAIRES

  1. Ce ministre est courageux par ce qu’ il est propre, quand on est est sale il est difficile de parler fort surtout que les diff√©rents responsables du mnla et d ansardine connaissent tous les politiciens maliens..
    Il est bon de voler trahir son pays pour quelques jours de plaisir mais le jour ou le peuple a besoin de toi tu auras honte de t exprimer .
    Qu’ attendentre les autres ministres pour monter au front et battre en br√®che les mensonges des partisans et√†affid√©s des mouvements terroristes?

  2. la guerre nais pas que les armes, elle est aussi mediatique. ci le gouvernement ne s’approche pas aux mediats des grands pays pour vraiment expliquer la vrais raison de cette guerre qui perdure il risquerais d’avoir des surpprises. ils faudras que le gouvernement par le billais de ses embassades communique et parle aux monde entier ce que le mnla et les teroristes ont foutus comme crimes et desordre dans un etat de droit. la corse en france ne serons jamais independant,pourquoi le mnla?. soyons seurieux mediatisons notre cause aussi. tieman coulibaly parle et defend bien le mali, mais nos embassade aussi pourrons faire autant.

  3. Depuis le debut de la crise nos ambassades a l etranger st muettes conme une tombe…. silence radio !!! Incompetence quand tu nous tient.

  4. Il fait du mieux qu’il peut…en r√©pondant aux journaux, t√©l√©visions…Mais force est de constater qu’il ne peut pas √† lui tout seul occuper l’espace m√©diatique. Pour l’instant en tout cas, le MNLA (qui est une force politique, quoi qu’on en dise) occupe tout les plateaux t√©l√© et est incontournable sur tous les sujets portant sur le Mali…

    Est-il prévu que le Mali COMMUNIQUE AUSSI son point de vue sur cette crise?
    O√Ļ sont pass√©es les repr√©sentations diplomatiques maliennes…? Quelqu’un √† d√©j√† entendu l’ambassadeur du Mali ( √† Paris par exemple) sur un plateau TV?

    • Je partage entierement votre point de vue, mais, les ambassades n’echapent pas a la regle qui a prevalue au Mali pendant ces deux dernieres decenies: a savoir que les services publics servent plus a caser les amis et allies qu’a servir l’etat!

      • Raison: les diplomates doivent s’inspirer de feu sir. Alioune Blondine Beye comme leur r√īle mod√®le.Ils doivent penser et parler le Mali devant les instances internationales √† l’image du ministre des Aff. Etrang√®res.

  5. Je sent que ce ministre est compétent ,courage Mr le ministre,il faut pas cédé face au terroriste,vive le Mali un et indivisible

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