Comment les populations ont vécu la bataille de Konna et l’occupation des régions du Nord

Commentaires fermés [-] Texte [+] Email Imprimer

Les habitants de Mopti, Sevaré et environs, à l’instar de tous les Maliens, sont soulagés par la défaite cinglante des Jihadistes à Konna. Dans cette partie du pays, le ratissage continue et les activités économiques ont repris.

Réfugiés maliens dans le camp de Sevare, 600 km au nord-est de Bamako. REUTERS

Réfugiés maliens dans le camp de Sevare, 600 km au nord-est de Bamako.
REUTERS

La ville de Sevaré,  qui abrite la 6ème région militaire du Mali, a été considérée longtemps comme le verrou qui bloquait l’avancée des islamistes vers le sud du pays. Ici, avant le 10 janvier 2013, les positions avancées de l’armée malienne se trouvaient à 50 km de la ville, c’est-à-dire à Konna. Après quatre jours de provocation et d’hésitation, la déferlante des islamistes a fondu la ville en utilisant des moyens non conventionnels.

Dans la nuit du mercredi 9 janvier au jeudi 10 janvier, un enseignant, répondant au nom de Amadou et qui se trouvait non loin de Boré, a affirmé avoir compté plus de 300 véhicules. Ce témoignage montre la détermination des jihadistes à aller vers Sévaré. Au niveau du débarcadère de Konna, lieu qui a servi de base à nos soldats, des affiches, retrçant des plans de combats accrochées   au mur, montrent une égale détermination des troupes maliennes à aller à la rencontre des jihadistes. Sur ces papiers, on peut voir les plans dégagés par les chefs d’unité pour attaquer l’ennemi et se défendre en cas d’agression.

Que retient-on de la bataille de Konna ?

« Population de Konna, venez apprendre comment faire les ablutions. Voilà ce qu’ils nous disaient après le retrait de l’armée. Ce sont des souvenirs douloureux « , dit le gardien de la mairie de Konna, Alhassane Maïga, en secouant la tête. Même son de cloche chez le 3ème adjoint au maire de Konna, qui a salué le courage et la bravoure des soldats tombés sur le champ de bataille. Ceux-ci, témoigne t-il, avec des cartouches qu’ils rechargeaient sans cesse, ont combattu un ennemi mieux équipé et plus nombreux. Mama Konipo a vécu l’occupation des régions dans une grande douleur. Il se rappelle que les transporteurs fluviaux  étaient soumis au payement des dimes sur une bonne partie du fleuve jusqu’à Tombouctou. Ousmane Tapo, lui, regrette l’arrêt des activités liés à la fermeture des banques à Mopti et à Sevaré. « Sevaré, Mopti et environs étaient aussi assiégés  » dit-il avec un regard absent. « Nous étions déjà préparés à vivre avec les islamistes, lorsque nous avons appris qu’ils étaient à Konna  » déclare Ada Sangho, une déplacée de Youvarou à Sévaré.

Cette jeune demoiselle, assise devant un cyber café, a dénoncé sans ambages les complicités dont les jihadistes ont bénéficié dans leur tentative d’occuper tout le Mali. Le témoignage d’un journaliste et directeur d’une radio à Sévaré va dans le même sens. « Ils ont réussi à s’infiltrer à Sévaré depuis longtemps. Puisque les armées française et malienne  ont découvert une cache d’armes dans un immeuble qui fait face au camp Balobo Bocari Barri de Sévaré « . Il faut préciser que plusieurs témoignages ont soutenu que c’est après 16 heures que Hammadoun Kouffa, le chef de l’expédition, a fait le tour de Konna. Une ville qu’il connait pour y avoir effectué quelques séjours. Ici, il s’est érigé contre l’islam tolérant. Originaire de Kouffa, dans le Guimbala, en 6ème région, l’homme est un radicale révolutionnaire qui a toujours contesté ses maitres coraniques. Ici, beaucoup de gens ont attribué la défaite des islamistes à la transgression par Hammadoun Kouffa du pacte de non agression qui existe entre les populations de Kounari, la région où se trouve Konna et Guimbala, d’où il est originaire. Nous retenons de la bataille de Konna que Hammadoun Kouffa ne réussira jamais son ambition d’être l’émir de la zone n°10.

Moussa SIDIBE