Concertation sur les crises au Sahel : L’Etat sur le banc des accusés

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Sans être un tribunal, la concertation sur les crises au Sahel organisée sur l’initiative du Parena a mis l’Etat sur le banc des accusés.

A l’initiative du Parti pour la Renaissance Nationale (Parena), l’hôtel de l’Amitié a abrité du 10 au 11 décembre dernier, une concertation sur les crises au Sahel sur le thème ‘’ Quels rôles pour les élus, les partis politiques et la société civile ?’’ Plus de 300 participants venus du Burkina-Faso, du Niger, de la Mauritanie, du Sénégal, du Tchad et du Mali, ont pris part aux travaux. Dans son discours d’ouverture, le président du Parena, Tiébilé Dramé a remercié tous les participants pour être venus au chevet du Sahel. Selon Tiébilé Dramé, il ne s’agit pas d’un tribunal, encore moins d’une énième rencontre mais d’une concertation des partis politiques, des élus, des experts et des responsables de la société civile pour diagnostiquer les maux du Sahel. Pour le président du Parena, la recherche de solutions aux crises au Sahel qui est malade des décisions non prises au moment où il fallait les prendre, ne saurait être l’apanage des seuls gouvernants, des seuls services et des seuls diplomates. Selon lui, les élus, les partis politiques, les leaders d’opinion ont un rôle irremplaçable à jouer. Trois sous thèmes ont été développés au cours de cette concertation, à savoir : ‘’ Le Sahel aujourd’hui : état des lieux’’, ‘’ La coopération sous-régionale’’ et ‘’ Quels rôles pour les partis politiques, les élus, la société civile et les leaders de communautés dans la résolution des crises au Sahel’’.  Le sous thème ‘’ Le Sahel aujourd’hui : état des lieux’’ a donné  lieu à des débats au cours desquels les intervenants ont accusé l’Etat. 

Pour Nock Ag Attia, député élu à Diré, ce sont les nordistes mêmes qui peuvent résoudre ce problème. Il met en avant le patriotisme, un vecteur essentiel dans la résolution de la crise. De l’avis de l’honorable Nock Ag Attia, les trafiquants de drogue, les voleurs de bétails, les enleveurs des véhicules sont connus. ‘’Il faut prendre les malfaiteurs et les mettre en prison. C’est un manque de l’autorité de l’Etat qui ne joue pas son rôle. Les partis politiques manipulent car ils cherchent le pouvoir’’, a-t-il souligné.  A en croire l’honorable Abou Sidibé de Gao, l’insécurité est en train de détruire le Mali dans cette région. ‘’ C’est le manque de l’autorité de l’Etat sous toutes ses formes. Il n’y a pas d’Etat’’, a-t-il martelé, tout en estimant que le communautarisme est un danger mortel pour notre pays. ‘’Le jeu du communautarisme est plus dangereux que le racisme’’, a conclu l’honorable Abou Sidibé.

Danger au Sahel : Aqmi et  trafic de drogue !

Selon Dr Abdou Maïga, notable du nord, les forces de sécurité ont démissionné. Ce n’est pas l’absence de l’Etat mais la démission, le laxisme de l’Etat. De l’avis de l’ancien premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, ceux qui accusent l’Etat sont dans leur droit. Cela, affirme l’ex-chef du gouvernement, est légitime. Ousmane Issoufi Maïga a la ferme conviction que l’Etat a joué son rôle avec des insuffisances et des erreurs. ‘’L’Etat a été fragilisé. Il faut rebondir. Nous avons la capacité de le faire’’, a précisé l’ancien premier ministre. Col Mahamane Abou, président de la Haute autorité pour la consolidation de la paix et de la sécurité au nord à la présidence du Niger, estime que le sens de l’urgence devrait être senti par les Etats au moment de l’implantation d’Aqmi et des narcotrafiquants. Le trafic de drogue, a affirmé Col Mahamane Abou, pourrit l’Etat de l’intérieur, les forces armées et de sécurité, la classe politique. ‘’Les questions d’Aqmi et du trafic de drogue ont été négligées.’’, a déclaré Col Mahamane Abou. A l’heure actuelle, a analysé Mohamed Anako, président du Conseil régional d’Agadez au Niger, le danger est l’Aqmi et le trafic de drogue. Cet ex-chef rebelle aujourd’hui conseiller à la présidence du Niger, craint plutôt la manipulation des communautés par les éléments d’Aqmi. ‘’J’ai peur de la récupération’’, a-t-il déclaré en substance. Le président du Conseil de cercle d’Ansongo va plus loin en déclarant qu’Al-Qaïda est « le préfet de certains cercles du Mali. »

Le maire de M’Bouna dans le cercle de Goundam a fait part d’une cohabitation exemplaire entre les éléments d’Aqmi et les villageois. De l’avis de cet élu, ils viennent dans les villages où ils donnent des cadeaux aux personnes âgées, des billets de 10 000 FCFA), aux femmes des voiles et aux garçons des bonbons et autres biscuits. Aussi visitent-ils les mosquées et les écoles. Ils n’hésitent pas à attirer l’attention des uns et des autres sur la salubrité des lieux de culte comme la mosquée. Aux dires du maire, ils déclarent ne pas avoir comme cible les Maliens mais les Occidentaux.      

Par Chiaka Doumbia

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