Edito : Non au délit de faciès

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Ibrahim Ag Youssouf dont la maison a été saccagée hier au nom du délit de faciès ne quittera pas le pays. Car personne n’y a plus droit que lui. Il ne fait pas partie de ceux qui détruisent le pays. Il est de ceux qui, se comptant sur les bouts du doigt, le construisent.

Ce matin, veille d’horreur absolue où lui et son épouse qui ont conçu et fabriqué de leurs mains l’essentiel de ce qui été vandalisé chez eux, il a sur la République la supériorité du martyr. Lui et tous ceux qui, payent la crise du nord à cause de leur teint et de leur ethnie.

Et surtout il a l’espoir que tout rentrera vite dans l’ordre pour que soient préservées la beauté et l’honneur non pas d’un Etat qui se cherche une nation mais d’une nation qui a encore à inventer l’Etat de son poids, de ses valeurs et de ses défis. Mais tout le monde, hélas, n’est pas Ibrahim. Et en dépit des messages du président de la République, du Haut Conseil Islamique et des Ressortissants de Tombouctou, messages d’apaisement et de solidarité, les rues de Bamako se sont vidées de Touaregs et d’Arabes.

La psychose monte et aucune incantation n’arrêtera les mouvements d’humeur, l’arme dévastatrice de l’amalgame, la haine facile et leur triste corollaire: le chemin des réfugiés pour ceux qui ne sont pas moins Maliens que quiconque, qui n’ont tiré ni à Aguel Hoc ni à Niafunké et qui, comme tout patriote, souhaiterait que force et moyens restent à la République. Au vertige qui sait saisir des foules en colère, le discours ne suffit pas.

La protection que l’Etat doit à chaque citoyen n’est pas négociable. Et en ces heures douloureuses pour nous tous, ceux qui se battent pour la République, les veuves des soldats tombés, les populations prises entre deux feux. Et tous ceux qui craignent pour la suite, c’est-à-dire le pays dans les jours et les mois à venir. Le Mali dont il a été dit qu’il ploie mais ne rompt pas mais que ses enfants agressent tous les jours et plus que de raison.

Adam Thiam

 

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