En réaction à la gestion de la situation sécuritaire au Nord Mali : – Des femmes et des jeunes ont manifesté hier à Kati – Une clinique, une pharmacie, des boutiques et échoppes appartenant à des Touareg saccagées et pillées

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Pendant que la situation sécuritaire se dégrade de jour en jour et que les autorités militaires se terrent toujours dans un silence de cimetière, les femmes et mères des militaires au front ont décidé de durcir le ton. Objectif: exiger de l’Etat d’avoir toutes les informations relatives à leurs proches qui se battent contre des bandits armés venus de Libye et des terroristes d’AQMI venus d’Algérie. Depuis le lundi passé, elles se font entendre à travers des marches dont la dernière a dégénéré à Kati hier. Les manifestants, en majorité des jeunes cette fois-ci, se sont attaqués à la Clinique Médicale Allama et à sa pharmacie appartenant au Dr Elmédhi, un Touareg  ainsi qu’à des propriétés d’autres Touareg.  C’est ainsi qu’une villa appartenant à un ex-ministre Touareg a été mis à sac.  Au moment où nous mettons cet article sous presse, le Commissaire principal de Kati et ses hommes n’ont pas pu maîtriser les manifestants qui ont décidé de battre le pavé ce jeudi matin. Plusieurs sources indiquent que cette tension pourrait toucher les casernes de Bamako aujourd’hui.

Rien ne peut plus arrêter les femmes et mères des militaires qui se battent au front.

En effet, depuis le début de la semaine, la ville de Kati est sous une haute tension qui n’est pas prête de se calmer suite aux douloureux événements que vit le Nord de notre pays.

Pour les faits, il faut rappeler que depuis quelques semaines, le septentrion de notre pays connait une recrudescence d’attaques perpétrées par des bandits armés appuyés par des éléments d’AQMI.

Pour manifester sa colère  contre ces attaques dont ont été victimes les localités de Ménaka, Aguelhoc,  Tessalit, Anderamboukane, Léré et Niafounké, et qui ont fait, semble t-il, plusieurs dizaines de morts souvent dans des conditions d’extrême sauvagerie et un grand nombre de blessés, le Collectif des épouses des militaires et anciens combattants a marché les mardi 31 janvier et mercredi 1er février à Kati. Il projette de poursuivre les marches jusqu’à ce que le Président de la République prenne ses doléances en main.

Hier, les marcheurs auxquels se sont joints certains scolaires, ont barricadé toutes les principales artères de la ville garnison. Partout, les jeunes ont érigé des barricades, brûlé des pneus, obstruant du coup la circulation.

Peu avant midi, les jeunes se sont attaqués à la Polyclinique Médicale Allama, située en face de l’école du Prytanée militaire. Elle appartient au Dr Elmédhi, un Touareg. Progressivement, le mouvement s’est étendu à toute  la ville où les manifestants se sont attaqués à des boutiques et autres propriétés des Touareg sous les yeux impuissants des forces de l’ordre.A la clinique médicale Allama, les manifestants ont détruit les matériels du bloc opératoire, de la fibroscopie, de l’échographie, la pharmacie et brulé l’ambulance, ainsi que les médicaments. A Kati Koko et dans le centre-ville, on rapporte que plusieurs magasins ont été saccagés. A la mi-journée, les commerces étaient fermés et la circulation à l’intérieur de la ville complètement perturbée. Les personnes de peau blanche, civiles comme porteurs d’uniforme, ont détalé, préférant se réfugier dans les garnisons et au Commissariat de police pour échapper à la vindicte populaire. Les manifestants n’ont pas caché leur hostilité à l’endroit du Président ATT sur sa "gestion désastreuse" du dossier  du Nord.

"Nous manifestons contre le président de la République et ses alliés. Nous avons acquis notre démocratie dans le sang et nous refusons qu’ATT et une poignée de personnes, avides de pouvoir, prennent la démocratie en otage sous prétexte d’une rébellion armée. S’il y a réellement une rébellion, nous avons confiance en la capacité de notre armée à résoudre la situation. Nous leur demandons de laisser les militaires gérer la situation" a laissé entendre Assan Konaté, une manifestante de Sananfara. Les jeunes dont la colère était à son comble, ont scandé beaucoup de slogans hostiles au Chef Suprême des Armées. En dépit du renfort venu de Bamako (gendarmes) le Commissaire de Kati, Tianto et ses éléments n’ont pas pu maitriser les manifestants.

 "Si le président de la République ne peut pas prendre ses responsabilités, nous n’accepterons jamais que nos enfants et nos époux meurent sur le terrain. Nous allons manifester jusqu’à ce que cela cesse. Ce sont les enfants des pauvres qui meurent sur le terrain. Nous manifestons également pour amener les autorités militaires à arrêter le traitement inégal des victimes et des blessés sur le terrain et l’envoi des jeunes inexpérimentés qui sont en majorité des fils des pauvres" a dit une jeune dame très en colère.

Les manifestants ont exprimé leur mécontentement en affirmant que "partout où les camps militaires ont été attaqués, ce sont les jeunes recrues, fraichement sorties de formation et sans expérience aucune, qui ont été tuées".

Moussa SIDIBE  &  Oumar BARRY

 

Stagiaires

La colère des femmes des militaires face à la gestion de la situation au nord

Depuis le lundi 30 janvier, les femmes de la ville garnison de Kati sont dans la rue. Elles manifestent ainsi leur colère à propos de la gestion faite de la situation sécuritaire au Nord Mali par les autorités. Quand on sait qu’à Kati, il est pratiquement impossible de voir une famille dans laquelle il n’y a pas un militaire, on comprend alors aisément le sens du mouvement d’humeur des femmes et mères des militaires. Kati semble être l’épicentre de cette tension qui commence à gagner les autres garnisons de l’intérieur. Ainsi, les femmes de Kayes et Ségou ont, à leur tour, manifesté leur mécontentement hier. C’est dire combien la situation est préoccupante. Pour nous faire une religion des faits, nous avons joint au téléphone le Colonel Diarra de la DIRPA. Nous en avons profité pour en savoir plus sur ce qui se passe exactement dans la ville de Niafunké. Le Colonel a été très clair : "La ville de Niafunké est sous contrôle total des forces armées maliennes. Par ailleurs, nous sommes au courant des manifestations des femmes des militaires de Kati. Mais nous n’avons pas d’information sur ce qui se passe à Kayes et Ségou". D’après plusieurs sources contactées à Bamako et à l’intérieur, la colère des femmes s’explique par le fait que la hiérarchie militaire n’a jamais daigné leur dire quoi que ce soit sur le sort de leurs maris et leurs enfants au front. Surtout que, de plus en plus, les rumeurs les plus alarmantes leur parviennent du Nord. Le communiqué du gouvernement diffusé le lundi 30 janvier n’est pas pour calmer la situation. En effet, indique ce communiqué : "A la suite des atrocités commises par les éléments du MNLA, de AQMI et de divers groupes à Aguel Hoc le 24 janvier dernier, le gouvernement a décidé de constituer une commission d’enquête en vue de faire toute la lumière sur les événements survenus et de saisir, le cas échéant, les juridictions nationales et les instances internationales compétentes". Suite à ces mouvements de femmes et même de jeunes, des voix s’élèvent pour exiger du président de la République, Chef Suprême des Armées, de s’adresser à la nation. Ce qu’il a fait au journal télévisé d’hier soir à 20h 30.

Les femmes de Kayes désavouent ATT

vec des slogans "ATT, traitre", "ATT, peureux", "Donnez-nous des munitions pour aller aider nos maris", plus d’une centaine de femmes de militaires de la ville de Kayes ont marché hier dans certaines artères de la cité des Rails pour protester contre le cours des événements dans le Nord du pays.

Elles ont dénoncé le manque d’équipements et de munitions à leurs époux militaires dans les camps de Ménaka, Aguel hoc, Tessalit, Léré, Niafunké. 

Pour ces dames accompagnées par quelques jeunes appartenant aux familles des hommes de troupes sur le théâtre des attaques, le président ATT, Chef Suprême des Armées doit mettre tout en œuvre pour que l’Armée malienne soit dans les meilleures conditions afin de pouvoir bouter dehors les bandits armés.

Certaines femmes accusent le Commandement supérieur de la Grande muette de ne même pas donner à manger aux combattants loyalistes, de les envoyer avec des armes de moindres calibres face à des bandits armés bien équipés.

Déterminées à être entendues, ces braves femmes, qui battent le pavé pour leurs maris et leurs enfants, ont été reçues par le gouverneur de la région de Kayes à l’hôtel Kamakolen.

Là, elles ont fait part de leur mécontentement au chef de l’exécutif régional.

Rappelons enfin que la tension est très vive dans certaines garnisons du pays où les femmes manifestent depuis le lundi 30 janvier contre la gestion faite par les autorités de la situation sécuritaire au Nord Mali.

     Bruno D SEGBEDJI

Envoyé spécial

La marche de soutien du CRJ à l’armée reportée

Les militants du Cercle de réflexion pour jeunes avaient décidé d’organiser aujourd’hui une marche de soutien à la vaillante armée nationale pour faire face à la situation au nord.

Cette marche devrait en principe partir du monument de la liberté au ministère de la Défense nationale. Cependant, à la dernière minute, cette marche, selon le président du CRJ, Hamma Cissé a été reportée par les autorités.

"Nous avons été approché par les autorités pour nous demander de reporter notre marche compte tenu des derniers événements qui se sont déroulés hier à Kati. Nous en avons pris acte. Cependant nous  resterons toujours mobilisés derrière notre armée nationale" a souligné le président du CRJ.

Avant de révéler que la manifestation a été reportée à une date ultérieure.

 

Oumar BARRY, stagiaire

 

Les femmes de Ségou réclament plus de moyens pour l’armée

A l’instar de leurs sœurs de Kati et Kayes, les femmes du Camp militaire Ahmadou Cheickou de Ségou ont marché hier, mercredi 2 février, pour protester, selon elles, contre l’injustice dont sont victimes leurs époux et leurs enfants au front.  En effet, dans leur écrasante majorité, les épouses et mères des militaires exigent de l’Etat d’autoriser les militaires à se battre comme cela se doit. Pour cela, "Nous demandons aux autorités militaires de les doter conséquemment en armes et munitions pour qu’ils puissent, d’abord se défendre, puis assurer la sécurité des personnes et leurs biens sur un territoire sécurisé" ont-elles déclaré.

A Ségou, elles étaient environ cinq cents femmes à marcher du Camp Ahmadou Cheickou au gouvernorat où elles ont été reçues par le Directeur de Cabinet du gouverneur, Oumar Baba Sidibé. En bon pédagogue, ce dernier a demandé aux femmes d’être compréhensives.

Le Directeur de Cabinet a rappelé une expérience qu’il a vécue lors de la rébellion des années 90. Selon lui, ce sont les populations autochtones du Nord qui lui ont garanti la protection au plus fort de la crise. C’est pourquoi, Oumar Baba Sidibé, tout en reconnaissant la légitimité des doléances des femmes, leur a conseillé la retenue dans tous leurs faits et gestes.

Avant de quitter le gouvernorat, les femmes ont demandé aux autorités administratives de transmettre une dernière doléance à la hiérarchie militaire à savoir la publication des noms des militaires tués au front.

Cette doléance est d’autant plus nécessaire que les parents des soldats tués ne sont informés ni par le Commandement ni même par les camarades d’armes. Toute chose que les femmes, naturellement, n’arrivent plus à supporter.                                                                          

  Diakaridia YOSSI

 

 

 

 

 

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