Gandakoy n’exclut pas de reprendre les armes

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Même si les membres de l’Association Gandakoy n’ont pas ouvertement affirmé vouloir combattre l’actuelle rébellion par les armes, les sentiments qui les animent se résument dans un proverbe bien de chez nous: “la chèvre n’a pas de dents, mais, quand elle se sent menacée, elle mord”.

A la Maison de la Presse, dans l’après-midi de jeudi dernier, le Secrétaire général de Gandakoy, le Pr. Younoussa Touré, est tout d’abord revenu sur la fusillade du 17 janvier 2012, orchestrée par un homme du rang et qui est restée sans suite. Le Professeur a ensuite évoqué l’insécurité urbaine, pour laquelle les plaintes, même relayées au plus haut niveau, restent lettre morte.

“Les armes qui circulent décident de l’issue du procès. Le rapport de mission envoyé aux autorités ou l’audience que l’ex Premier ministre, Modibo Sidibé, nous a accordée, n’ont jamais permis de prendre en compte les aspects sur lesquels nous insistions…” a-t-il lancé.

Le Secrétaire général de Gandakoy n’a pas mâché ses mots: “les événements qui se déroulent actuellement ne nous surprennent guère. Contrairement à ce qui se dit, ils ne sont pas dus uniquement à la crise libyenne. Celle-ci a simplement donné des moyens supplémentaire à des groupes armés toujours à l’affût”. Il ajoutera: “notre association considère que l’appellation rébellion touarègue est mal fondée. Il y a certainement des éléments touaregs, mais cela n’en fait pas une rébellion touarègue… Nous pensons que les Touaregs, en tant qu’entité sociale, ont déposé les armes. Nous croyons en leur sincérité. Les responsables de ces anciens mouvements, qui sont nos amis, frères et beaux-frères, ne peuvent renier devant nous leur parole. Ils savent comme nous qu’il ne peut y avoir une République du Nord sans nous et aucun d’eux ne nous a saisis pour en parler”. “Le Gandakoy continuera de revendiquer la part qui lui revient dans la gestion post-conflit. Au pire des cas, l’association imposera son point de vue par les moyens appropriés” ajoutera le Pr Touré.

Selon lui, malgré la volonté du Mali de maintenir un climat de dialogue, «les stratégies utilisées jusqu’à ce jour pour calmer les individus armés qui sèment la terreur ont atteint leurs limites». Ainsi, a-t-il noté, «le Mali a toujours négocié avec les groupes armés, sans convier à la table les groupes non armés, ou anciennement armés. On a le sentiment qu’une économie de l’insécurité se développe au Nord et que les marchands de l’agitation et de la violence font toujours foire».

Très ferme, Younoussa Touré a demandé de «remettre les choses à leur place», car «s’il y a un problème d’insécurité, il doit être géré par l’autorité chargée de cette question et s’il y a un problème d’atteinte à l’intégrité nationale, cela doit être une affaire de l’armée nationale».

L’autre sujet qui a tenu en haleine les participants à ce point de presse est la gestion des projets au Nord du Mali. A en croire le conférencier, «le Malien lambda, qui écoute la radio et lit les journaux, entend tout le temps que des milliards vont être investis dans les régions du Nord. Mais les populations de ces régions ne voient pas leurs conditions s’améliorer». De plus, «plusieurs projets ne sont pas conçus avec les populations. Celles-ci ne savent souvent pas ce qui est prévu ou pas. Aussi ne se reconnaissent-elles pas dans ces projets, qui sont loin de leurs préoccupations». C’est fort de cela qu’il a demandé, entre autres, un audit général de tous les projets dans le Nord, une révision des procédures de nomination des responsables de ces projets, la participation des communautés à la base dans l’amélioration des nouveaux projets. Parmi les nombreuses activités que planifie l’Association Gandakoy dans le court terme, on retiendra la sensibilisation des populations, pour éviter tout débordement et la poursuite des activités d’utilité publique…

L’association Gandakoy, née le 20 janvier 2009, aspire à lutter autrement que le Mouvement des années 80. Son message sera-t-il entendu? Ou sera-t-elle contrainte de prendre les armes? C’est le vœu de plusieurs des ses adhérents, que nous avons rencontrés. Car, comme leur Secrétaire Général, Younoussa Touré, ils craignent qu’à la vitesse où vont les choses actuellement et à la lumière des récents événements, il leur soit difficile «d’utiliser seulement les rameaux».

Paul Mben 

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.