Insécurité au Nord-Mali : Les terroristes optent pour la stratégie de l’essaimage

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Le gouvernement croyait pouvoir freiner l’ardeur belliqueuse des rebelles touarègues à travers les accords d’Alger et subséquemment par les nombreux projets de développement initiés dans cette zone. Mais voilà que l’irréductible Iyad Ag Ghali ressurgit, pour amplifier la menace avec son nouveau mouvement aux couleurs de l’islam, Ansar Eddin, au moment même où les combattants de plusieurs katibas d’AQMI essaiment dans la zone.

 

Le voyageur qui arrive à Tombouctou est frappé par le calme et le semblant de sérénité qu’affichent les populations qui vaquent tranquillement à leurs occupations, hormis les hôteliers obligés de broyer du noir à cause de l’absence de touristes. En effet, tout se passe comme si la menace terroriste n’existait pas. Et en réalité, elle n’existe pas pour les Tombouctouciens dont la plupart entendent seulement parler des méfaits d’AQMI. Ou du moins, s’ils en sont informés, une certaine omerta les empêcherait d’en faire un sujet de conversation car, comme nous le confiait une source résidant dans la cité des 333 saints, «on ne sait pas qui est membre de ces réseaux et qui ne l’est pas».  

 

En vérité, jusqu’à ce vendredi 25 novembre, date de la prise d’otages à l’hôtel Alafia de Tombouctou, cette ville n’a jamais été aussi touchée par le phénomène. Certes on reprochait au Mali d’avoir abrité sur une partie de son sol des terroristes qui détenaient des otages, mais jamais un otage n’a été pris sur le territoire malien. Comme pour dire que les habitants de la ville sainte n’ont pas tort de ne pas trop considérer ce que les Européens considèrent comme une menace. La preuve, à l’intérieur de Tombouctou, on circule librement et sans crainte. « La peur c’est pour les autres » avait d’ailleurs l’habitude de nous dire un de nos amis, originaire de cette zone. Mais n’empêche ! Il y a des complicités qui facilitent les activités des terroristes, surtout en matière de renseignements.

 

Les populations de Gao en diront autant, eux qui vivent dans la hantise permanente de braquages. Le danger est plus pressent pour les automobilistes. L’un d’eux nous rapporte que lorsqu’il était parti en mission à Gao la semaine dernière, un agent des forces de sécurité l’a alerté en des termes peu encourageants : « Va vite garer ta voiture à la gendarmerie car si tu circules avec cette 4X4 pendant deux heures d’horloge dans la ville, ils viendront la chercher ». Comprenez donc qu’ils auront l’information dans les deux heures qui suivent l’arrivée de la voiture. Actuellement à Gao, les fonctionnaires ont beaucoup de mal à effectuer leurs missions car ils risquent de se voir délester de leur véhicule à tout moment.

 

Cela veut dire qu’à Gao, comme à Kidal et Tombouctou, le ver est dans le fruit et il convient de l’extirper si l’on veut combattre l’insécurité. La politique du harcèlement qu’appliquent les groupes terroristes sont en train de payer et il convient d’agir vite. La tâche des forces de sécurité quand même rendue difficile par le manque de collaboration des populations qui ont peur des représailles.

 

Elle sera encore plus difficile pour le Mali, avec l’émergence de Ansar Eddine, ce mouvement djihadiste que vient de lancer Iyad Ag Ghali, après avoir enrôlé dans ses rangs des revenants de la Libye. Aidé de quelques hommes du puissant Moktar Belmoktar d’AQMI, ils tenteraient de fédérer les actions de tous les groupes armés qui sévissent dans la zone, entre Gao, Kidal, une partie du Niger et du Burkina Faso. En parvenant à se faire rallier les déserteurs de l’armée – dont des officiers partis le rejoindre avec armes et munitions- Iyad Ag Ghali ravive la flamme du terrorisme, après avoir œuvré dans le sens contraire pendant plusieurs années.

 

De son côté, AQMI adopte une nouvelle stratégie d’essaimage permettant de couvrir une zone plus large qui amène le danger en plein cœur du Mali, dans le cercle de Goundam, notamment dans la zone des grands lacs où des milliards de FCFA ont été injectés par le gouvernement dans le cadre de la mise en valeur du Faguibine. C’est d’ailleurs par ces chemins tortueux des grands lacs que les otages pris à Tombouctou, le 25 novembre dernier, ont été transportés dans le désert.

 

Comment faire face à cette sorte de harcèlement qui nous plonge dans une atmosphère de menaces tous azimuts? Voilà une tâche difficile pour le gouvernement, mais pas impossible quand même. Rappelons seulement qu’il est temps d’agir avant le réflexe d’autodéfense des populations qui se développe à Tombouctou et Gao ne réveille des milices à l’image de Ganda Koï pour pallier le manque d’efficacité des actes de l’état.

Rokia DIABATE envoyé spéciale à Tombouctou

 

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.