Intervention au Mali: tout reste Ă  faire

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Des combattants du groupe islamiste du Mujao, près de Gao, dans le nord du Mali, le 7 août 2012
© AFP

Pour dĂ©loger les milices djihadistes qui asservissent le nord du pays, le dĂ©ploiement d’un contingent ouest-africain sous mandat onusien se profile Ă  l’horizon. Mais il lui faudra clarifier sa mission et emprunter un chemin semĂ© d’embĂ»ches. 

Enfin, les difficultĂ©s commencent…” Vue du Mali, la vieille formule n’a pas pris une ride. Bien sĂ»r, en requĂ©rant, le 23 septembre, l’aval des Nations unies au dĂ©ploiement d’une force aux couleurs de la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), censĂ©e Ă©pauler la reconquĂŞte des deux tiers nord du pays, asservis par une alliance de phalanges djihadistes, Bamako s’est rĂ©signĂ© Ă  lever une hypothèque. Mais que de temps perdu! Les atermoiements de l’exĂ©cutif “lĂ©gal”, minĂ© par les dissensions et tĂ©tanisĂ© par les diktats du capitaine putschiste Amadou Sanogo,tombeur en mars dernier du prĂ©sident Ă©lu Amadou Toumani TourĂ©, ont permis Ă  Al-QaĂŻda au Maghreb islamique (Aqmi) et Ă  ses associĂ©s de consolider leur Ă©touffante emprise. Et maintes chausse-trapes guettent la très virtuelle Mission de la Cedeao au Mali, ou Micema. Revue de dĂ©tail et de paquetage.

Un premier déploiement au printemps 2013?

S’il y a urgence, la mĂ©canique onusienne reste une longue patience. Convoquer une session du Conseil de sĂ©curitĂ©, discuter et voter une rĂ©solution, endossĂ©e de prĂ©fĂ©rence par l’Union africaine: voilĂ  qui prendra au mieux trois ou quatre semaines. A condition d’y rallier la Russie et la Chine. Voire, Ă©cueil plus inattendu, les Etats-Unis. Enclin Ă  sous-traiter le bourbier sahĂ©lien Ă  la France, Washington souhaite doter le pouvoir malien -ou ce qui en tient lieu- d’une lĂ©gitimitĂ© Ă©lectorale avant l’amorce de la reconquista. Prologue insolite: comment organiser un scrutin digne de ce nom dans une nation coupĂ©e en deux?

SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Ban Ki-moon prĂ©conise quant Ă  lui de n’envisager l’option militaire qu’avec une “extrĂŞme prudence”, au regard du dĂ©sastre humanitaire qu’il risque de hâter. Ses services rĂ©clament d’ailleurs au tandem Bamako-Cedeao des prĂ©cisions quant aux modalitĂ©s et au coĂ»t d’un dispositif aux contours des plus flous. Lesquelles modalitĂ©s seront dissĂ©quĂ©es dans un “mĂ©morandum d’entente”. Le diable, on le sait, se niche dans les dĂ©tails. Mais il y a pire: on en est encore Ă  dĂ©finir le “concept stratĂ©gique” de l’opĂ©ration. En clair, et dans le meilleur des cas, le contingent ouest-africain amorcera au premier trimestre 2013 un dĂ©ploiement qualifiĂ© de “graduel”, prĂ©cĂ©dĂ© de deux phases prĂ©paratoires: la protection des institutions “lĂ©gales” et la restructuration de l’armĂ©e locale. Vaste programme…

Le risque de l’enlisement

DĂ©jĂ  affleure une autre embĂ»che. La Cedeao sera-t-elle capable de fournir cinq bataillons -soit 3 100 hommes- assez aguerris pour traquer, dĂ©busquer et dĂ©loger, en terrain aride et hostile, un ennemi mobile, familier du dĂ©sert et de ses pièges, et avide Ă  l’en croire d’en dĂ©coudre? La nĂ©buleuse salafiste, qui puise dans le vivier des jeunes dĂ©soeuvrĂ©s et attire en son sanctuaire des cohortes de volontaires nĂ©gro-africains, maghrĂ©bins, arabes ou pakistanais, peut aligner 6000 combattants et supplĂ©tifs. “Les terroristes, lâche, Ă  Bamako, un ponte du ministère de la DĂ©fense, n’ont pas peur de la mort. Or, chez nous, on ne s’engage pas sous les drapeaux pour mourir.” Autant dire que le scĂ©nario de l’enlisement -ou de l’ensablement- n’a rien de fantaisiste; mĂŞme si les Touareg rescapĂ©s du Mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad (MNLA), Ă©vincĂ©s du Nord par leurs “alliĂ©s” djihadistes, voire Ă  terme leurs cousins islamistes d’Ansar ed-Dine, peuvent un jour troquer leur ralliement contre la garantie d’une autonomie future.

Une certitude: les pays candidats ne se bousculent guère. Pas plus que les soldats “frères” prĂŞts Ă  pĂ©rir pour Tombouctou. Seuls le Niger, le Nigeria, le Togo, le SĂ©nĂ©gal et le Ghana garniront les rangs des bataillons, tandis que le BĂ©nin et le Burkina Faso promettent de peupler des unitĂ©s de police. En revanche, la CĂ´te d’Ivoire, fragilisĂ©e par des ferments d’instabilitĂ© interne, n’en sera pas. Les renforts pressentis hors Cedeao? La Mauritanie s’abstiendra. Alors que les Tchadiens, combattants du dĂ©sert et virtuoses du rezzou, s’y colleront sans doute, moyennant de robustes contreparties. A Alger, on oeuvre dans l’ombre à une issue nĂ©gociĂ©e, histoire de prendre de court un dispositif rĂ©prouvĂ©. “Un tel règlement n’anĂ©antirait pas le pĂ©ril terroriste, grince un haut gradĂ© français, mais aurait le mĂ©rite de le contenir hors des frontières algĂ©riennes.” L’oeil rivĂ© sur l’Ă©chĂ©ance prĂ©sidentielle de 2014, terme de son règne, Abdelaziz Bouteflika ne veut Ă  aucun prix raviver d’ici lĂ  un foyer djihadiste domestique.

Soyons fous. Imaginons que l’assemblage et l’acheminement de la Micema se fassent sans accroc. Reste Ă  forger une chaĂ®ne de commandement efficace. Pas gagnĂ©: en la matière, l’Ă©tat-major plĂ©thorique, rançon d’un subtil dosage entre contributeurs, dessine le chemin le plus court vers l’inertie. L’obstacle suivant est autant protocolaire qu’opĂ©rationnel. Meurtri par sa dĂ©bâcle du printemps, le Mali prĂ©tend mener la contre-offensive avec l'”appui” de la Micema. PrimautĂ© illusoire au regard de l’Ă©tat de dĂ©litement d’une armĂ©e rongĂ©e par les rivalitĂ©s claniques et que la rue abreuve de sarcasmes. “Il n’y a qu’ici qu’on trouve un colonel incapable d’Ă©crire son nom”, ironise un Bamakois.

Accusé de vol, Alhader Ag Mahmoud a été condamné par les autorités islamiques locales à être amputé de la main droite. Ici, soutenu par Amnesty International, à Bamako, le 20 septembre.
J. penney/Reuters

PrĂ©venir l’Ă©mergence d’un “Sahelistan”

Quant aux milices patriotiques, apparues voilĂ  peu, elles pèsent d’un poids dĂ©risoire sur l’Ă©chiquier militaire: on y apprend Ă  dĂ©monter les fusils, sans jamais tirer la moindre balle, faute de munitions. Le 1er septembre, le Mouvement pour l’unicitĂ© et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) a ainsi conquis sans coup fĂ©rir Douentza, ville “protĂ©gĂ©e” par les volontaires de Ganda-Izo.

Pour mĂ©nager l’orgueil national blessĂ©, la Cedeao a consenti Ă  n’Ă©tablir Ă  Bamako que son QG opĂ©rationnel et un “pool logistique”. Et Ă  stationner sa troupe Ă  SĂ©varĂ© ou Ă  Koulikoro, soit Ă  bonne distance de la capitale. De Bamako Ă  Mopti, via SĂ©gou, dans ce Sud oĂą l’influence des imams et des marabouts ne cesse de croĂ®tre, la Micema devra s’employer Ă  conquĂ©rir les coeurs, Ă  commencer par ceux des dĂ©placĂ©s accourus du Nord. Car ceux-ci craignent pour la vie des parents et des amis restĂ©s lĂ -haut, dont beaucoup ont ralliĂ© la lĂ©gion islamiste par peur, par opportunisme ou pour demeurer sur leurs terres.

Des membres d’une milice d’auto-dĂ©fense appelĂ©e le Front de LibĂ©ration du Nord (FLN). © AFP

Une Ă©quation insoluble. VoilĂ  Ă  quoi ressemble, pour la France, l’Ă©preuve malienne. Paris s’efforce contre l’Ă©vidence de disjoindre le sort des six otages dĂ©tenus par Aqmi et ses satellites de son engagement rĂ©solu en faveur du recours Ă  la force. Engagement dictĂ© par la nĂ©cessitĂ© de prĂ©venir l’Ă©mergence sur un territoire vaste comme l’Hexagone d’un “Sahelistan”, noyau de rĂ©acteur terroriste assez nocif pour irradier toute la rĂ©gion et frapper ses intĂ©rĂŞts en Afrique, de Nouakchott Ă  Djibouti, via Dakar ou Abidjan. VoilĂ  pourquoi l’ancienne puissance coloniale tente d’activer tous les canaux propices au retour au pays des captifs, tout en martelant le mĂŞme message: nous nous bornerons Ă  fournir un soutien logistique -transport et renseignement- sans dĂ©pĂŞcher au sol le moindre soldat. On feindra de le croire. Si elles forment et Ă©quipent en lisière du Mali des combattants ouest-africains, les forces spĂ©ciales tricolores peuvent, Ă  l’instar de leurs homologues amĂ©ricaines ou mauritaniennes, opĂ©rer des incursions dans le Nord occupĂ©.

Dans les villes que les fanas de la charia ont plongĂ©es dans une nuit sans lune, tout est proscrit: le sport, la musique “impie”, la baignade, le flirt et la cigarette. Le tabac y a d’ailleurs gagnĂ© un nom de code : “paracĂ©tamol”. Un antalgique dont la Micema et ses chefs auront bien besoin le moment venu, tant leur tâche tient du casse-tĂŞte. Fièvres et maux de crâne garantis.

Des otages par millions

Dans l’espace sahĂ©lien, oĂą la crise alimentaire menace près de 5 millions de personnes, le dĂ©fi gĂ©opolitique ne doit pas Ă©clipser l’enjeu humanitaire. Au seul Mali, le rĂ©veil de la rĂ©bellion touareg, promptement annexĂ©e Ă  son profit par la galaxie djihadiste, a affectĂ© depuis avril 2011 plus de 1,5 million de civils, dont 400 000 dĂ©placĂ©s qui ont fui vers le Sud. Les ONG redoutent Ă  cet Ă©gard les effets collatĂ©raux d’une intervention militaire, susceptible de dĂ©clencher l’exode vers le Niger, le Burkina Faso ou la Mauritanie de dizaines de milliers de rĂ©fugiĂ©s. Une telle errance alourdirait encore le calvaire subi par les “nordistes”, que relatent de façon prĂ©cise et poignante de rĂ©cents rapports d’Amnesty International et Human Rights Watch.`

lexpress.fr/Par Vincent Hugeux, publié le 03/10/2012 à 13:17

 

 

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1 commentaire

  1. Les vieux acteurs de la scene malienne se sont enfermes dans l’inaction.Le gouvernement malien devrait faire ce constat et trouver
    une autre porte de sortie au plus tot.Il est etonnant de voir les pires ennemis de l’Ouest controler 800000 km2 a 2 heures de vol de l’EUROPE etl’Europe continuer a considerer la situation comme purement africaine.Quand les terroristes mettront en oeuvre leur dessin diabolique,des vies humaines seront perdues en vain.Dans une telle situation la competence territoriale n’est pas de mise.Les troupes de l’OTAN,doivent etre deployees au sol pour nettoyer le SAHARA de ses vermines pour deux raisons:ce sont les interventions de l’OTAN qui ont cree cette crise dont le Mali est le premier a souffrir et deuxieme raison,les population europeenne seraient exposees aux pires terrorismes a cause des negligences graves de leurs leaders.
    Si cette situation illogique perdurait,le Mali serait autorise a chercher en dehors de l’OTAN la solution de ces maux.La Russie et la Chine ,loin d’user de leur veto, devraient au contraire aider le Mali
    a recouvrer ses territoires,en tant que grandes puissances neutres et amis depuis l’independance de ce pays.Ces deux pays intervenant pour
    lutter contre le terrorisme international,et donc pour le bien de l’Humanite,leur intervention devrait etre saluee par les Nations Unies.Nous esperons que des membres des Nations Unies se leveront pour
    denoncer a prealable l’inaction creee par des motivations autres que la Securite planetaire.

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