La rançon du laxisme de notre Etat

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Depuis le mois de novembre 2001, nous n’avons cessé d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers qui guettent le Mali, en raison de l’attitude peu responsable d’Iyad Ag Aghaly, du retour au bercail de certains officiers de feu Kadhafi et de la présence d’AQMI dans la zone. De plus, nous avions indiqué que l’Etat devait agir rapidement. Il ne l’a pas fait et a préféré jouer au laxisme.  Il a attendu d’être attaqué, oubliant que la meilleure  manière de se défendre est d’attaquer. Pour vous remémorer nos nombreux articles sur la question, nous vous proposons celui-ci, publié dans notre édition N°224 du Jeudi 1er décembre, intitulé «Nord – Mali, trois fronts rivalisent à Kidal».

Dans nos deux dernières parutions, nous vous avons fait le point de la situation sécuritaire dans le Septentrion malien, notamment à Kidal. Elle est en train d’évoluer et de se compliquer davantage, sans que les pouvoirs publics ne réagissent. L’impression qui se dégage est que Bamako ne sait plus où mettre la tête. Elle joue au spectateur et refuse de communiquer sur la question.

Dans notre  traque à l’information, nous avons compris que ce sont  trois fronts qui se partagent désormais la région de Kidal. Le premier est celui ouvert par le leader historique du défunt Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), Iyad Ag Aghali. Il occupe le cercle d’Abeïbara, notamment la zone de Boureïssa. Les chefs militaires de l’Alliance du 23 mai pour le Changement, en l’occurrence les Colonels Hassane Ag Fagaga et M’Bah Ag Moussa, plus connu sous le sobriquet de «Bamoussa» ont déserté l’Unité Spéciale de Sécurité de Kidal pour rejoindre Iyad dans les collines. Ils ont emporté avec eux les cinq véhicules qui avaient été mis à la disposition de cette unité, que Bamoussa commandait. D’autres officiers et hommes de rang de la fameuse Alliance du 23 mai ont également déserté l’armée malienne, dans les régions de Kidal et de Gao. Ils partent chaque fois avec les engins et les munitions qu’ils avaient en leur possession. On peut donc dire: «A bas les Accords d’Alger du 4 juillet 2006». Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que le groupe d’Iyad est constitué en grande majorité d’Ifhogas et de revenants de la Libye issus de la même communauté.

Le deuxième front est celui formé par le Colonel Assalat Ag Habi, désormais ex – Haut fonctionnaire de Défense au ministère de l’Energie et de l’Eau. Il y a deux semaines seulement, il a quitté ce département, dans lequel il était l’un des mieux payés, pour rejoindre le maquis. Il est basé dans le cercle de Tin-Essako, notamment à Tina – Sala. Chamanamass bon teint, Assalat, comme on l’appelle communément, a pu attirer avec lui certains de sa communauté, des Ifourgoumassènes, des Idnanes et des Taghatt-maletts. Ancien membre influent du Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA), Assalat Ag Habi est connu comme étant un homme radical. Il est le contraire d’Iyad, considéré comme un chef de guerre modéré. Il est aussi partisan du séparatisme.

Le troisième front est dirigé par le Colonel Waki Ag Oussad, un revenant de la Libye, de la communauté Imghad. Lui et ses hommes, qu’on appelle «les Imghads et alliés» sont campés non loin de la ville de Kidal, à Takalout. Ils sont présentés comme des pacifistes et entendent négocier avec Bamako pour rentrer, déposer les armes et se mettre à la disposition de l’Etat. Il semble qu’ils seraient en contact permanent avec le Colonel Elhadj Gamou, chef des opérations militaires «Djiguitougou», non encore closes. Ce qu’il faut retenir, ce qu’autant les deux premiers groupes sont hostiles vis-à-vis de l’Etat, autant le dernier front est attaché, nous a-t-on assuré, à la République et à la devise de notre pays: un peuple, un but, une foi.

En plus de ces trois fronts armés, il y a AQMI, une organisation terroriste internationale, solidement implantée dans la région de Kidal, notamment à Teghargharet. Il y a également le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), un mouvement politique non armé, qui revendique «l’autonomie des régions Nord du Mali». Ce mouvement, créé il y a 14 mois, jubile en ce moment, parce qu’il dit avoir désormais des alliés, et pas des moindres: des groupes armés.

L’on est fondé à s’interroger sur la création de ces différents fronts, lesquels pourraient se multiplier en prélude à des négociations futures, car ils croient dur comme fer que l’Etat du Mali ne pourra pas les combattre et sera contraint à des négociations. N’est-ce pas là plutôt une stratégie pour gagner gros?

Notre commentaire: A 22 Septembre, nous sommes partisans de la méthode forte, de la violence légitime de l’Etat, pour restaurer son autorité et préserver l’unité nationale et la cohésion sociale. Toutes les négociations allant dans le sens d’octroyer des privilèges insupportables pour l’Etat à ces renégats seront rejetées et dénoncées.

Que l’Etat s’assume et que l’armée soit mise dans toutes les conditions pour jouer pleinement son rôle régalien, celui de la protection du territoire national. Que l’Etat s’assume et qu’ATT s’adresse à la Nation, pour lui dire toute la vérité sur la situation dans le Septentrion.

ATT est entre deux feux: la mauvaise préparation des élections de 2012 et la situation explosive au Nord. Les deux causes sont prioritaires et demandent des solutions immédiates, au risque de provoquer le chaos à la fin du second et dernier quinquennat d’ATT. Et bonjour les dégâts pour son successeur, qui, infailliblement, sera contesté. Tous les ingrédients seront présents pour rendre le pays ingouvernable.

Alors, pour éviter le désastre qui se dessine, ATT doit, encore une fois, s’assumer pleinement en agissant sans tarder. Le temps des discours creux est terminé. ATT doit passer aux actes concrets ou démissionner. A suivre.

Chahana Takiou

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.