Laurent Fabius : «Nous voulons éviter l’enlisement au Mali»

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Quai d’Orsay (Paris VIIe ), « Au nord du Mali, nos forces armées débusquent les terroristes un à un », confie Laurent Fabius.

Quai d’Orsay (Paris VIIe ), « Au nord du Mali, nos forces armées débusquent les terroristes un à un », confie Laurent Fabius.

Pour Laurent Fabius, la France devrait commencer à retirer ses troupes du Mali à partir d’avril.

Le ministre des Affaires étrangères ne confirme toujours pas la mort des chefs islamistes Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar.

Deux mois après le début de la guerre au Mali, diriez-vous que le plus dur est fait ?
Laurent Fabius
Le plus dur, c’est ce que nous sommes en train de terminer. Nos forces armées accomplissent un travail remarquable, dans les Ifhogas, au nord du Mali.

Elles débusquent les terroristes un à un. Cette opération — m’a indiqué mon collègue et ami Le Drian — devrait pouvoir être achevée fin mars. Il y a une autre zone difficile, dans la région de Gao, contre les narcoterroristes du Mujao, particulièrement actifs. A partir d’avril, nous devrions pouvoir retirer certains éléments du dispositif, ce qui ne veut évidemment pas dire que nous partirons du jour au lendemain. Outre le volet militaire, il y a aussi le volet démocratique et celui du développement : ils sont essentiels.

La France maintiendra-t-elle une présence au Mali après la fin des opérations militaires ?
Pas avec le même nombre de soldats. Il est prévu que nous passions le relais, notamment aux troupes africaines qui, après décision de l’ONU, interviendront dans le cadre d’une opération de maintien de la paix. La France restera vigilante et disponible. Mais nous voulons éviter tout risque d’enlisement.

Comment résoudre les problèmes politiques qui divisent le pays depuis longtemps ?
L’antagonisme est ancien entre le sud et le nord où vivent notamment des Touaregs. Il faut le réduire. Une commission nationale de dialogue et de réconciliation vient d’être décidée. Le président, le Premier ministre et l’Assemblée malienne ont prévu des élections en juillet : elles seront décisives, il ne faut pas perdre de temps. Pour que la paix s’installe durablement, chacun devra faire des efforts.

Les Français ont l’impression qu’on leur cache des informations au sujet de la mort supposée des chefs terroristes, Abou Zeid et Mokthar Belmokhtar…
Il n’y a pas d’information cachée. Simplement, ce qu’a demandé à juste titre François Hollande c’est de vérifier les informations avant de les authentifier. Les corps sont souvent déchiquetés. L’identification n’est pas facile. Des tests sont en cours, en particulier pour Abou Zeid.

Un groupe islamiste nigérian, Ansaru, a déclaré avoir exécuté sept otages occidentaux hier. Faut-il y voir un risque supplémentaire pour les Français actuellement détenus au Nigeria et dans le Sahel ?
Si ces informations étaient confirmées, elles démontreraient une nouvelle fois la cruauté sans limite de ces groupes terroristes. Mais il faut avant toute chose procéder aux vérifications nécessaires.

Ces exécutions vont-elles changer la nature des actions engagées par la France pour obtenir la libération des otages ?
Tous les services de l’Etat, en France et à l’étranger, sont mobilisés pour obtenir la libération des otages et leur retour en France aussi vite que possible. Le centre de crise du Quai d’Orsay est en permanence à la disposition des familles, elles sont très courageuses. S’agissant de nos compatriotes enlevés au Cameroun le 19 février, j’ai reçu leur famille mercredi dernier pour leur redire notre détermination et notre profonde solidarité et je me rendrai au Cameroun et au Nigéria en fin de semaine prochaine.

Bientôt deux ans de conflit en Syrie, un million de réfugiés, près de 70000 morts et la communauté internationale reste attentiste…
On ne peut qu’être révoltés devant ce carnage. La France a, la première, envoyé des soutiens et des secours en Syrie dans les zones libérées. Nous avons aussi été les premiers à reconnaître la Coalition nationale syrienne, c’est-à-dire l’opposition. Depuis, beaucoup ont suivi ce chemin et la Ligue arabe envisage de confier le siège de la Syrie à un membre de cette coalition. Nous avons agréé un nouvel ambassadeur syrien, issu de l’opposition, nous l’installerons officiellement à Paris la semaine prochaine. Par de multiples canaux, politiques, diplomatiques et concrets, nous soutenons l’opposition. Nous aidons aussi les pays voisins durement touchés.

Est-il possible de faire évoluer l’embargo sur les armes pour soutenir les insurgés ?
Des armes sont livrées à Bachar al-Assad par l’Iran et la Russie. D’autres, moins puissantes, sont fournies aux résistants, jusqu’ici pas par l’Europe. La question a été posée d’alléger l’embargo sur les armes en direction de l’opposition. La France n’est pas fermée. D’autres y sont hostiles. La décision relève du niveau européen.

La résolution du conflit en Syrie passe-t-elle toujours par le départ de Bachar al-Assad ?
Bien sûr. Mais il faut non seulement qu’il s’en aille, mais que les institutions, elles, ne soient pas détruites, pour éviter un chaos supplémentaire. Moaz al-Khatib (NDLR : le chef de l’opposition) insiste avec sagesse sur le fait que la Syrie de demain devra reconnaître et garantir les droits de chaque communauté, qu’elle soit alaouite, druze, sunnite ou chrétienne. C’est aussi notre position. Nous évoquons tout cela, en faisant le maximum pour avancer, avec notamment les Américains, la Coalition syrienne, plusieurs pays de la région et les Russes. Il y a grande urgence.

Comprenez-vous l’émotion qui a suivi la mort de Hugo Chavez en Amérique latine ?
Je l’avais rencontré. Qu’on l’aime ou non, c’était un homme au charisme exceptionnel qui, pour la population vénézuélienne, a apporté des améliorations sociales et éducatives considérables. Vivant ou mort, il bénéficie d’un énorme prestige sur tout le continent sud-américain.

François Hollande est devenu le président le plus impopulaire de la Ve République en seulement quelques mois. Comment expliquez-vous cela ?
Les sondages épousent la situation économique. Notre tâche ne consiste pas à les commenter, mais à redresser l’économie française dans la justice et le dialogue. La situation actuelle n’est pas seulement une crise : c’est un véritable changement du monde et c’est lui que nous devons affronter puisque le travail n’a pas été fait avant. L’Europe ne domine plus la planète comme il y a cent ans, le travail ne ressemble plus à celui d’il y a trente ans, la compétition internationale et les technologies nouvelles bouleversent tout. L’éducation, la recherche deviennent les vraies clés du futur. Face à ce monde nouveau, formation, emploi, innovation, voilà notre feuille de route. D’un côté des économies de fonctionnement décidées par le Premier ministre et que je juge inévitables, de l’autre des investissements ciblés pour construire l’avenir. Cela ne se fera pas en six mois, mais c’est indispensable. Au bout du chemin, les Français jugeront sur les résultats.

Le président a réitéré sa promesse d’inverser la courbe du chômage. Est-ce réaliste ?
Ce ne sera pas facile, mais les outils, sauf le dernier, sont désormais en place. Ils sont cinq : le pacte de compétitivité et de croissance, les emplois d’avenir et de génération, la sécurisation de l’emploi, la Banque publique d’investissement, la réforme de la formation. Expliquons-les et appliquons-les.

Nicolas Sarkozy envisage son retour et se pose en recours. Qu’en pensez-vous ?
Un ami chiraquien m’a fait sourire en me disant récemment avec gourmandise : « N’est pas de Gaulle qui veut. » Cela me paraît assez juste.
Le Parisien

 

5 Réactions à Laurent Fabius : «Nous voulons éviter l’enlisement au Mali»

  1. 1FILSDUMALIBA

    Un gros nuage noir planne sur le Mali en tout cas. Je n’ai pas trop confiance en la France meme si je la remercie pour cette intervention entre guillemets. C’est a nous de nous reveiller et de voir clair dans tout ca.

  2. RST

    Le MNLA n’est qu’un gropuscule. Le problème c’est AQMI et Mujao. Tu as vu comment le MUJAO avait botter le derriere du MNLA. L’armée malienne aussi faible qu’elle soit peut gérer le MNLA.

    Les chefs du MNLA ne sont pas des guerriers comment Belmoktar et l’autres qui vivent dans des grottes avec des idéaux d’acier.
    Les chefs du MNLA prennent leur douche chaude le matin en France ou en Belgique. Dorment sous l’air conditionné et font le reste du temps du concubinage avec les françaises et les belges.
    Ce ne sont que des opportunistes. Leurs revendications changent avec l’opportunité du présent. Un idéaliste ne change pas le noyau de ses idéaux le jour au lendemain. Bref c’est plaisantins le MNLA.

  3. Mafoi

    L’enlisement est inévitable si vous faites confiance à ces filous du mnla.C’est pour cela je ne crois pas que ces élections puissent se dérouler en juillet.Comment on peut négocier avec une bande armée?On la mate en la désarmant d’autant que je ne vois pas sur quoi on peut négocier avec ces éternels paresseux qui,pour mener la belle vie se lancent à tous genres de trafic:drogue,armes,prise d’otages etc….!

    • blanche neige

      @ Mafoi ……….qui veux tu envoyer desarmer le MNLA ?? toi ,ou Sanogo ?? :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: :lol:

  4. Tiefari

    Si vous voulez évité l’enlisement au Mali il faut désarmé le mnla,sinon même avec les soi-disant forces de paix,il n’aurra jamais des paix au Mali,ne soyez pas naïf ,car le mnla Ansardine aqmi ou mujao ce le même personne qui sont là,leur chefs sont différent ,mais les combattant ce les même ,ils change des camps quand ça les rangent,tant que ces gens sont armé il aurra jamais des paix dans la sous region