Crise du septentrion : Le Nord est une priorité incontournable pour IBK

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Mali : le-FMI-m'a-dit
Ibrahim Boubacar Keïta a été élu président du Mali en août 2013. © Vincent Fournier/JA

La crise du Nord, cristallisée par la question de Kidal, ne peut pas ne pas être incontournable pour le président IBK. Dans l’ordre des priorités, c’est une problématique qui s’impose d’elle-même, tant elle parait écraser les urgences de l’heure. Car à côté de cette question capitale pour la conscience nationale, s’ajoute, l’équation à plusieurs inconnues, épineuse, douloureuse même, tant elle cristallise la frustration de la Nation, de la libération de la ville de Kidal et sa région des griffes du MNLA et acolytes, une kyrielle d’associations criminelles innocentées par la France.

 

Le nouveau premier ministre Moussa Mara, pourtant pas néophyte en politique, s’y est trompé, lorsqu’il déclarait quelque temps après sa nomination que le Nord n’était pas une priorité. Il a sans doute voulu dire que la résolution de cette crise n’était pas pour maintenant, car elle demande du temps et de la patience.

Patience et temps, voilà les deux maître- mots qui vont caractériser les négociations avec les rebelles passés maîtres dans le chantage, le dribble et l’esquive, qu’ils soient les indépendantistes du Mnla, les terroristes d’An Sardine d’Iyad Ag Aly recyclés au HCUA, Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad ; au MAA, Mouvement Arabe de l’Azawad ; à la CPA, Coalition du Peuple pour l’AZAWAD et autres avatars.

La question des otages, un enjeu de politique intérieure  pour François, Hollande en chute libre dans les sondages s’est invitée dans la crise malienne. Car pour redorer son blason passablement terni par le fort taux de chômage jamais égalé, le recul économique de la France que la politique d’austérité n’arrivait pas à juguler et la pression de la demande sociale insatisfaite, il ne restait plus à François Hollande qu’à détourner l’opinion française des problèmes réels pour la focaliser habilement sur la libération imminente de tous les otages français du Sahel, par l’intermédiaire du MNLA. Avant la libération fortement médiatisée de deux premiers otages, point n’est besoin de revenir sur les nombreuses couleuvres  que lui et son ministre de la Défense Le Drian ont dû avaler de la part des séides du Mouvement National de Libération de l’Azawad.

Tant qu’une poignée de ses compatriotes pris en otages par les terroristes n’étaient pas libérée, la libération de la ville de Kidal d’entre les griffes du Mnla n’était pas d’actualité pour le pouvoir français, malgré les exactions à caractère ethnique perpétrées sur les populations sédentaires, sonrhaïs,  peuls, bellahs, bambaras, arabes, etc. Le martyre du peuple malien pouvait donc continuer.

Que pouvait donc faire un IBK par rapport à Kidal, outré par la surenchère et la mauvaise foi des groupes armés rebelles, MNLA en tête, l’angélisme ou la fausse naïveté de la communauté internationale et le cruel double langage de « notre ami français », les compromissions de Serval, le laxisme des troupes de la Mission intégrée de l’ONU sur place, sans oublier le lobby pro touareg occidental qui avait son cheval de Troie même au sein de la Minusma?

Conforme à son naturel carré et bouillant quant il s’agit de manœuvres contre l’honneur, la dignité du Mali et de sa souveraineté, IBK n’a pas mâché en aparté à Bert Koenders le Représentant de la Minusma au Mali et publiquement au président Blaise Compaoré, le médiateur de la crise devant ses pairs de la CEDEAO. Il a expliqué aux chefs d’Etat de la sous région, à l’Union Africaine comme au secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon et à la tribune du conseil de Sécurité des Nations Unies la situation terrible que vit le Mali et ses innocentes populations du fait des groupes armés touaregs, narcotrafiquants et jihadistes et la grave menace qui pèse sur tous les pays de la bande sahélo-saharienne, au-delà sur toute l’Afrique et même le monde.

Il a encore plus de mal à garder son sang-froid quand on veut lui commander, lui, un chef d’Etat souverain, de traiter d’égal à égal avec un ramassis de bandits sans foi ni loi, pour parler du destin de sa patrie si chère à son cœur. Bref IBK ne s’est pas plié aux pressions des pays occidentaux, seuls maîtres de l’Organisation des Nations Unies par l’intermédiaire de laquelle ils gèrent à volonté les affaires du monde. Il  a tapé sur les nerfs de son ami de trente ans ; le président français François Hollande qui voulait le manipuler comme une marionnette. Ce dernier a sonné l’hallali et mis la meute des censeurs et donneurs de leçons occidentaux à ses trousses. Cela de manière indécente. Si ce n’était pas une tentative de chantage, cela y ressemblait fort, pendant qu’on refusait au Mali les avions et hélicoptères de combat dont elle a besoin pour se rendre maître des airs et vaincre la conspiration de l’Azawad armé jusqu’aux dents, sans l’aide de ses alliés encombrants devenus les amis des ennemis de la mère-patrie.

 

La nomination d’Ould Zahabi, précédemment ministre des affaires Etrangères et de la coopération internationale, un ancien chef de guerre, au département de la Réconciliation nationale du gouvernement Mara, pour organiser le dialogue avec les groupes armés et aboutir à la paix et à la réconciliation nationale et dernièrement, la désignation d’un négociateur attitré, en la personne de l’ancien premier ministre Modibo Keita comme son représentant dans les pourparlers avec les groupes rebelle, affichent clairement, sans équivoque, la volonté du président Ibrahim Boubacar Keita de trouver une solution négociée et définitive à la crise du Nord.

 

Mais toujours est-il que le Mali ne va pas négocier indéfiniment avec des gens qui ont fait de la rébellion un fonds de commerce. Des gens qui cultivent à souhait la mauvaise fois, la surenchère et la négation au détriment du Mali et de son peuple, qui n’en peuvent plus de souffrir de cette crise. C’est pourquoi le Mali d’IBK qui veut la paix, a le devoir de préparer la guerre, la dernière option possible.

Oumar Coulibaly

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