Les ONG s’alarment de la situation humanitaire au Mali

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Le Mali. | Le Monde

Depuis le d√©but de l’intervention fran√ßaise au¬†Mali, vendredi 11 janvier, les organisations humanitaires guettent, non sans une certaine inqui√®tude, les mouvements de¬†population¬†affect√©es par les combats dans le nord du pays. Les colonnes de d√©plac√©s maliens, qui ont pris la route au cours des mois pr√©c√©dents pour¬†gagner¬†d’autres villes ou les pays limitrophes, semblent s’√™tre taries. Fin d√©cembre, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) comptabilisait 225 000 d√©plac√©s √† l’int√©rieur du pays et 144 400 r√©fugi√©s dans les camps √©tablis en Mauritanie, en¬†Alg√©rie, au¬†Niger¬†et au¬†Burkina Faso.

En d√©pit des combats et des bombardements,¬†l’OCHA n’a enregistr√©,¬†entre le 11 et le 21 janvier, que 6 062 nouveaux r√©fugi√©s et 3 599 nouveaux d√©plac√©s √† Mopti, S√©gou et Bamako. Le¬†Haut-Commissariat aux r√©fugi√©s (HCR), qui rend compte, pour sa part, de 7 337 nouveaux r√©fugi√©s, pr√©cise que les nouveaux arrivants au Burkina sont des femmes et des enfants touareg utilisant des¬†transports¬†collectifs pay√©s l’√©quivalent de 50 dollars (38 euros). Les hommes sont partis √† pied, souvent avec des troupeaux. Ces populations en fuite √©voquent la crainte des bombardements et des combats, de l’application de la loi islamique ; et les p√©nuries de nourriture et de fioul.

LE CALME AVANT LA TEMPÊTE

Cette chute drastique du nombre de r√©fugi√©s et de d√©plac√©s internes pourrait ne pas¬†durer. Pour le HCR, ce serait plut√īt le calme avant la temp√™te. L’organisation estime en effet¬†“que dans le futur proche, il pourrait y¬†avoir¬†300 000 d√©plac√©s suppl√©mentaires au Mali et 400 000 r√©fugi√©s suppl√©mentaires dans les pays voisins”, a indiqu√©, vendredi 18 janvier, sa porte-parole,¬†Melissa Fleming.

Un camp de réfugiés maliens, près de Bassiknou, dans le sud de la Mauritanie. | AFP

Au sein des organisations humanitaires, ce statu quo momentan√© soul√®ve quelques interrogations. Les habitants restent-ils cantonn√©s chez eux par choix ou y sont-ils contraints ?¬†Andrea Bussotti, charg√© de communication Mali au sein de M√©decins sans fronti√®res (MSF), estime que tout peut-√™tre envisag√© √† ce stade.“La population est-elle utilis√©e comme bouclier humain ? C’est une question de bon sens qu’on est en droit de se¬†poser. Mais d’autres explications sont √†envisager¬†: que les populations ne sortent pas des villes du fait des combats ou de l’impossibilit√© de se d√©placer, que des populations soient d√©j√† en d√©placement mais pas dans les radars des ONG qui ne sont pas sur place”, commente-t-il. Jean-Marie Fardeau, directeur¬†France de Human¬†Rights Watch¬†(HRW), pr√©cise ainsi que¬†“certaines personnes sont sorties des villes et se mettent juste √† l’abri quelques temps dans la brousse √† quelques kilom√®tres.”

RESTRICTIONS D’ACC√ąS AU NORD

Du fait des restrictions plac√©es √† l’acc√®s des ONG et des journalistes au nord du pays, au-del√† de Mopti, les r√©ponses sont difficiles √†¬†trouver.¬†“L’acc√®s et les d√©placements¬†sont rendus difficile. Entre Bamako et Mopti, les checkpoints se sont multipli√©s tandis qu’au-del√† de Mopti, l’acc√®s est tr√®s difficile”, indique¬†Zlatan Milisic, directeur Mali du Programme alimentaire mondial (PAM).¬†Les communications t√©l√©phoniques sont difficiles √† √©tablir ; les lignes ont √©t√© coup√©es dans plusieurs villes.

La situation √† Konna inqui√®te particuli√®rement. Cette ville-pivot au¬†centre¬†du pays, conquise par les groupes¬†arm√©s islamistes jeudi 10 janvier, a √©t√© compl√®tement boucl√©e par les forces fran√ßaise et malienne du fait des intenses combats qu’elles y livraient. Quand ces derni√®res ont annonc√©, vendredi 18 janvier, la reconqu√™te de la ville, MSF a r√©clam√© l’acc√®s des organisations humanitaires √† la ville pourpermettre¬†l’acheminement des secours.¬†“Il est essentiel de¬†permettrel’acheminement d’une¬†aide¬†m√©dicale et humanitaire neutre et impartiale dans les zones touch√©es par le conflit”, a alert√©¬†Malik Allaouna, directeur des op√©rations de MSF. Les ONG craignent en effet que les habitants de la ville, emp√™ch√©s d’ensortir, ne se trouvent apr√®s plus d’une semaine de combats dans une situation d’urgence m√©dicale, sanitaire et alimentaire alarmante. Les all√©gations concernant des exactions de l’arm√©e¬†malienne dans les villes reconquises ne font qu’amplifierles craintes.

DES ACTIVIT√ČS R√ČDUITES

Les ONG d√©j√† pr√©sentes dans le nord du Mali avant l’intervention fran√ßaise ont pupoursuivre¬†leurs activit√©s, mais de fa√ßon plus limit√©e du fait de la d√©gradation des conditions s√©curitaires.¬†“A Douentza¬†[une ville dans la r√©gion de Mopti], nos √©quipes sont bunk√©ris√©es”, indique Andrea Bussotti de MSF. Les activit√©s des neuf cliniques mobiles ont √©t√© arr√™t√©es, tandis que le personnel local continue √†travailler¬†tant bien que mal √† Diabali, Mopti et Tombouctou. Par crainte des enl√®vements, la plupart des organisations ont compos√© la majeure partie de leurs √©quipes de travailleurs locaux ou travaillent en coordination avec des partenaires locaux.

Une Malienne et son enfant à Diabali, le 21 janvier 2013. | REUTERS

Le PAM a d√Ľ¬†suspendre¬†ses activit√©s dans le Nord du fait de la d√©t√©rioration des conditions s√©curitaires.¬†“Les camions sont charg√©s et pr√™ts √†¬†partir¬†quand les conditions de s√©curit√© seront assur√©es”, a indiqu√© une porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs. Une distribution de nourriture pour 1 500 d√©plac√©s √† Mopti a notamment d√Ľ √™tre report√©e en raison de la diminution de la pr√©sence humanitaire dans cette ville du centre du Mali.¬†“Si nous ne sommes pas capables de¬†reprendrenos activit√©s bient√īt, les populations vont¬†commencer¬†√† √™tre nerveuses et √†reprendre¬†la route”, indique Zlatan Milisic, du PAM.

UNE SITUATION HUMANITAIRE D√ČJ√Ä CRITIQUE

Les organisations humanitaires craignent une d√©t√©rioration rapide de la situation.“La situation n’est pas encore alarmante. Mais, nous ne sommes qu’au d√©but de ce que nous voyons comme une nouvelle situation”, indique Zlatan Milisic du PAM.“Des probl√®mes de p√©nurie d’eau, d’√©lectricit√© et de m√©dicaments notamment pourraient vite se poser”, indique¬†Michel Olivier¬†Lacharit√©, chercheur¬†Afrique¬†du Nord pour Amnesty¬†International. L’organisation Action contre la faim (ACF), qui a pu¬†reprendre¬†cette semaine ses activit√©s √† Gao, alerte quant √† elle sur les p√©nuries alimentaires.

“Avec la fermeture de la fronti√®re alg√©rienne et les combats sur l’axe Bamako-Gao, les commer√ßants et transporteurs auront sans doute de plus grandes difficult√©s √† passer”, alors que¬†“la ville de Gao est le plus souvent approvisionn√©e en nourriture √†¬†partir¬†de l’Alg√©rie”¬†voisine, explique l’ACF. Le PAM a √©galement constat√© une r√©duction des transports commerciaux depuis le Niger, bien que la fronti√®re ne soit pas ferm√©e. Seul le trafic fluvial sur le fleuve Niger semble √™tre assur√© jusqu’√† Mopti, indique Zlatan Milisic. Autre inqui√®tude soulev√©e par ACF :“un manque de disponibilit√© d’argent liquide”¬†du fait de¬†“la fermeture de toutes les banques depuis plusieurs mois √† Gao”.

Un enfant malien attend √† un point de contr√īle militaire √† Niono, au Mali, le 21 janvier 2013. | REUTERS

Les inqui√©tudes sont d’autant plus grandes que l’ann√©e 2012 a √©t√© marqu√©e par une crise humanitaire aigu√ę, r√©sultant de la s√©cheresse qui a s√©vi au Mali.¬†Le PAM a d√Ľ¬†venir¬†en aide, au cours des huit derniers mois, √† plus de 1,2 million de personnes affect√©es par les cons√©quences de la s√©cheresse.¬†L’ann√©e derni√®re, un tiers des habitants du Nord avait besoin d’assistance humanitaire.¬†Si la situation s’est grandement am√©lior√©e dans le sud du pays √† la fin de l’ann√©e, elle reste plut√īt inqui√©tante dans le nord, et ce d’autant plus avec les probl√®mes de communications entre le nord et le sud et la r√©duction des capacit√©s des autorit√©s maliennes, indique Zlatan Milisic (PAM).

AUGMENTER LE FINANCEMENT

La question du financement de l’aide humanitaire au Mali commence √† inqui√©ter les organisations.¬†“L’ann√©e derni√®re, la r√©ponse des donateurs a √©t√© bonne pour r√©pondre √† la s√©cheresse. Mais elle a √©t√© r√©duite une fois que le probl√®me a √©t√© moins aigu. Nous avons les budgets pour¬†maintenir¬†nos activit√©s jusqu’en mars. Nous avons besoin de financements pour¬†maintenir¬†nos activit√©s au-del√†”, alerte Zlatan Milisic.

En r√©ponse √† ces inqui√©tudes, l’Union europ√©enne¬†(UE) a indiqu√©, le 18 janvier, qu’elle pourrait¬†“rapidement¬†mobiliser¬†une enveloppe d’environ 250 millions d’euros”¬†dans des programmes de d√©veloppement.¬†L’aide humanitaire de l’UE au Mali a atteint 73 millions d’euros en 2012, et a √©t√© accrue de 20 millions en fin d’ann√©e. Une partie des programmes a toutefois √©t√© suspendue par Bruxelles √† la suite du coup d’Etat du 22 mars 2012 √† Bamako. Les ministres europ√©ens ont conditionn√© leur reprise √† l’engagement des autorit√©s de transition √†¬†faire¬†des progr√®s dans le processus¬†“visant √† r√©tablir la d√©mocratie et l’ordre constitutionnel”, avec l’annonce de nouvelles √©lections.

Hélène Sallon

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3 COMMENTAIRES

  1. N’en deplaise √† mon ami Koudis qui maudit chaque jour les ONG ,en les traitant en particulier de nids d’espions ,mais sans doute n’a t’il personne dans sa famille qui ait besoin de soins alimentaires ou medicaux pour parler d’eux de cette fa√ßon . S’ils roulent en 4X4 c’est pour aller en brousse et ce ne sont pas les pays africains qui les paient . Moi j’ai vu de mes propres yeux √† ACI 2000 devant des bureaux du minist√®re de l’agriculture ,une dizaine de 4X4 Toyota flambants neufs ,avec chauffeurs ,qui n’etaient jamais sortis de Bamako !!

  2. Quel drame humain cette situation! Nos populations souffrent √©norm√©ment. J’esp√®re vivement que nos dirigeants voient et comprennent et comprendront enfin les d√©tresses humaines de nos populations aussi bien en temps de paix que de guerre.

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