Les maladresses de la communication gouvernementale sur l’attaque de Nampala : Quand une vidéo d’Ansar-Eddine oblige le ministère de la Défense à sortir de sa réserve

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Dans ce monde réduit à un village planétaire, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, nul ne devrait faire de la rétention des infos. Seul le gouvernement malien semble ne pas comprendre cela. Il a toujours relégué au second plan l’information du public. La preuve, le point de presse du porte-parole de l’armée, le   colonel Abdoulaye Sidibé n’a dressé le bilan de l’attaque du camp de Nampala que seulement le 04 Août 2016, soit plus de 15 jours après les faits. Cette sortie devant la Presse aurait dû intervenir dès les premières heures qui ont suivi l’attaque et non après la diffusion de la vidéo par Ansar-Eddine montrant 5 prisonniers militaires maliens. Le Gouvernement va-t-il continuer à faire de la rétention de l’information au peuple dès lors qu’il s’agit des évènements militaires ? Cette stratégie s’avère moins payante puisqu’il est toujours obligé d’intervenir après la primeur de l’information donnée par l’ennemi quand c’est lui qui aurait dû être le premier à donner l’information que la presse nationale et internationale s’empresseraient de relayer. Quand est ce que le président IBK comprendra qu’une nation bien informée est une nation engagée ? A quand le professionnalisme dans la communication sur les évènements militaires au Mali ? 

C’est le jeudi 04 Août 2016, soit 24 heures après la vidéo d’Ansar-Eddine diffusée par le site mauritanien AlAkhbar qui montrait 5 soldats maliens en captivité,  que le gouvernement, via le porte-parole de l’armée, a animé un point de presse. C’était pour enfin dresser le bilan de l’attaque qui est de  17 morts, 37 blessés et de 6 militaires disparus. La question que l’on est en droit de se poser est celle de savoir pourquoi l’information sur les évènements militaires concernant le Mali est toujours en premier lieu donnée  par les médias étrangers ? La grande majorité des maliens n’a appris l’attaque de Nampala qu’à travers les médias français, RFI et France 24, qui relèvent avant tout du ministère des Affaires Etrangères. L’information en style de sapeurs-pompiers est-elle une stratégie pour éviter de  commettre des bourdes, comme ce fut du reste, le cas du ministre de la Défense, M. Tiéman Hubert Coulibaly, qui s’était empressé d’annoncer à l’opinion nationale la reprise du camp de Nampala quelques heures seulement après l’attaque. Mensonge d’Etat, l’information s’avèrera fausse car les terroristes reviendront le lendemain dans un camp déserté. L’ORTM dont la devise est pourtant la passion du service public est  à chaque fois dépassé par les faits et toujours obligé de relayer l’information des médias étrangers quand il aurait dû la fournir lui-même. La compréhension du média d’Etat par les cadres de l’ORTM est désuète et archaïque car le média d’Etat ne saurait être seulement au service exclusif du prince du jour. L’Etat est avant tout le gouvernement et la population.  Pour rappel, sous Alpha, il y avait encore des débats publics et contradictoires sur l’office. Cette pratique, en réalité, d’une autre époque n’a commencé que sous ATT, le soldat de la Démocratie.  A l’analyse, le maître d’œuvre de cette ubuesque pratique ne semble être autre que Sidiki N’Fa Konaté, pourtant un professionnel de la communication. Les autorités maliennes, en voulant tailler sur mesure et mettre en coupe réglée le seul média public, font que les nombreux  téléspectateurs maliens friands de débats et de scoops, sont obligés d’assouvir leur soif d’informations en suivant les médias étrangers subissant ainsi une « acculturation informationnelle » étant entendu que RFI et France 24 ne sont que la prolongation de la politique étrangère expansionniste de la France. Ce qui explique la baisse de côte de popularité de l’ORTM dans les sondages auprès de l’audimat malien. On ne cesserait jamais de le rappeler, l’information et une bonne  communication de crise peuvent éviter certaines situations désagréables et permettre de désamorcer bien des bombes sociales.

En définitive, la mauvaise communication dans la gestion de la crise de Nampala, doit être une source d’inspiration pour le gouvernement afin de faire de la communication une des pièces maîtresses de sa gouvernance.

Youssouf Sissoko

youssouf@journalinfosept.com

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