Mali: “A Bruxelles, la France est seule sur le Sahel”

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Le dossier du Mali est symptomatique de l’impuissance de l’Union. Président de la sous-commission Défense et Sécurité au Parlement européen, Arnaud Danjean (PPE) en décrypte les motifs.

MALI – Pour Arnaud Danjean, la question malienne aurait dû être l’occasion de mettre en application, enfin, une politique de défense européenne. Bollery/Andia.fr

L’Union européenne n’a pas été en mesure d’apporter une réponse ferme et univoque à une crise extérieure, cette fois au Mali. Pourquoi cette impuissance?

C’est dramatique. A chaque crise, on nous sert la même réponse: promis, l’UE sera présente… la prochaine fois. Pour la Libye, on pouvait accepter des circonstances atténuantes, compte tenu de l’urgence de l’intervention militaire et de l’ampleur des opérations. Mais pas pour le Mali! Voilà une zone mise sous surveillance depuis des années. En mars 2011, le Conseil européen avait adopté un texte, “Stratégie pour le Sahel”, qui avait pour ambition – et c’était novateur – de mener conjointement politique de développement et politique sécuritaire. La problématique était parfaitement posée et les moyens, identifiés. Pourtant, la stratégie n’a jamais été mise en place.

Pourquoi?

Pour des raisons bureaucratiques, en partie: l’écheveau que constitue le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dirigé par Catherine Ashton, ne fonctionne pas. Mais l’idéologie intervient aussi: une large proportion du personnel du SEAE ainsi que les crédits viennent de la Commission. Or, cette administration ne sait pas faire face aux questions sécuritaires et ne s’y intéresse guère. Si, comme il en était question dans cette stratégie, il s’agit de former et d’équiper au Mali des forces de sécurité compétentes, il n’y a plus personne.

Carence des institutions, mais aussi réticence des Etats européens…

Oui. Seuls quelques Etats membres sur 27 s’intéressent à l’Afrique, et encore, en ordre dispersé: outre la France, le Royaume-Uni (qui regarde surtout vers la corne de l’Afrique), l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas quelquefois…

Au-delà, force est de constater que l’on ne parvient pas à mobiliser. D’autant plus que trois pays seulement ont une capacité militaire: la France, le Royaume-Uni, qui rechigne à des opérations dans un cadre UE, et l’Allemagne. C’est le seul des “grands” européens à voir son budget militaire augmenter, mais, pour diverses raisons, Berlin hésite à utiliser ses forces armées sur le terrain. Le Sahel aurait pourtant pu être un laboratoire grandeur nature d’une politique de défense européenne: la menace contre nos intérêts communs est objective; les Etats-Unis, pour des raisons budgétaires et de priorité accordée à l’Asie, n’ont pas de véritable stratégie dans la région, où ils laissent l’Algérie jouer un rôle moteur. En réalité, sous Sarkozy comme sous Hollande, à Bruxelles, la France a porté seule le dossier sahélien auprès de la haute représentante pour la politique étrangère, qui s’en est constamment tenue à des réponses dilatoires. Le résultat, c’est que les groupes djihadistes nous ont imposé leur calendrier.

Quid, alors, du rêve d’une politique étrangère commune?

Au Parlement européen, les députés poussent à une action collective. Mon rapport annuel sur la défense a été adopté à une large majorité regroupant conservateurs, sociaux-démocrates, libéraux et même quelques écologistes. Mais, en pratique, je constate une fracture croissante entre l’Europe du Nord et de l’Est, pour qui la priorité extérieure, c’est le voisinage oriental ex-soviétique (Ukraine, Caucase, Asie centrale), et les autres, qui voient dans le Sud proche la source de menaces immédiates.

La France a-t-elle les moyens d’agir seule au Mali?

La France peut, certes, arrêter une offensive djihadiste, grâce à ses forces spéciales et à son aviation. Mais reprendre le Nord-Mali et en chasser les islamistes armés, ce n’est ni faisable seul ni souhaitable. Sauf à être prêt à prendre le risque considérable de lourdes pertes et de dommages collatéraux.

Propos recueillis par Jean-Michel Demetz, publié le 

lexpress.fr

 

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