Mali : au cƓur de Barkhane, en attendant le G5 Sahel

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Mali : au cƓur de Barkhane, en attendant le G5 Sahel - Page 3
Base de Barkhane à Gao avec des militaires français. © FX Freland

REPORTAGE. Alors que le président Macron se rend à Bamako pour le G5 Sahel, plongée dans une tranche de vie de soldats français et maliens en opération.

Depuis son Ă©lection en mai dernier, le voyage que le prĂ©sident français Emmanuel Macron va faire ce dimanche Ă  Bamako est son deuxiĂšme au Mali, son premier ayant Ă©tĂ© rĂ©servĂ© aux troupes françaises de l’opĂ©ration Barkhane basĂ©es Ă  Gao. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il intervient Ă  un moment crucial oĂč il faut remettre les montres Ă  l’heure, c’est-Ă -dire conduire chaque partie, africaine, française, europĂ©enne, allemande, onusienne, Ă  prendre sa part d’engagement nĂ©cessaire et de responsabilitĂ©.

Faire le point pour une meilleure répartition des efforts

Pour cette fois, il sera bien sĂ»r question des forces françaises sur le terrain, mais aussi, et surtout, des voies et des moyens de constituer une force africaine rĂ©gionale autour du G5 Sahel. Le sommet auquel se rend le prĂ©sident Macron est en fait censĂ© faire le point sur la lutte contre les GAT (groupes armĂ©s terroristes) dans la sous-rĂ©gion, et plus particuliĂšrement au Mali, oĂč la situation sĂ©curitaire reste trĂšs prĂ©caire avec des attaques qui se succĂšdent un peu partout. La derniĂšre en date a eu lieu Ă  Bamako le dimanche 18 juin contre le campement touristique de Kangala, qui abritait des expatriĂ©s. Bilan : cinq morts et plusieurs blessĂ©s. Au sommet, il sera donc beaucoup question d’une nouvelle force militaire africaine, qui pourrait Ă  plus ou moins court terme prendre le relais de l’opĂ©ration Barkhane lancĂ©e en aoĂ»t 2014. Il faut dire qu’au Mali les soldats français doivent lutter chaque jour contre un ennemi invisible qui semble les Ă©viter, les contourner pour mieux frapper des cibles potentiellement plus fragiles rĂ©parties sur un territoire grand comme deux fois la France.

MALI-FRANCE-DIPLOMACY © CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL / AFP
Le président Macron en visite à Gao le 19 mai dernier. © CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL / AFP

Une ambiance ƓcumĂ©nique

Dans la mosquĂ©e de l’immense base militaire française de Barkhane Ă  Gao, l’aumĂŽnier imam, homme solaire et souriant, aime Ă  rĂ©pĂ©ter la 2e sourate de la vache, verset 256 du Coran. « Nulle contrainte en religion. » Un conseil judicieux Ă  l’heure oĂč les djihadistes tentent d’imposer leur foi par la force aux quatre coins du pays. Chaque jour, des musulmans pratiquants de l’armĂ©e française viennent le voir pour prier, lui demander conseil avant le combat. À la fin du ramadan, lors de la rupture du jeĂ»ne, les aumĂŽniers des autres religions sont tous venus partager le repas de la fĂȘte de l’AĂŻd. Le prĂ©sident français Emmanuel Macron ne s’y est d’ailleurs pas trompĂ© en se faisant photographier au bras des aumĂŽniers, lors de sa visite le 19 mai dernier. Le clichĂ©, qui a fait le tour des rĂ©seaux sociaux, a renvoyĂ© l’image d’une armĂ©e multiconfessionnelle et multiethnique, solidaire et rĂ©publicaine. C’est sans doute la premiĂšre force de l’armĂ©e française dans un pays toujours sous le joug des « combattants du djihad ».

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Des soldats français de Barkhane en prĂ©paration en vue d’une sortie dans les environs de Gao, au Mali. © FX Freland

Gao, la plus grande base française hors métropole

Aujourd’hui, trois ans aprĂšs le lancement de l’opĂ©ration Barkhane en aoĂ»t 2014, l’immense base de Gao, juxtaposĂ©e Ă  celle de la Minusma, abrite plus de 1 900 hommes. La plus grande base militaire française du monde hors mĂ©tropole impressionne par son organisation labyrinthique, ses baraquements en dur, le va-et-vient incessant et assourdissant des hĂ©licoptĂšres Gazelle ou Puma, des Transal C160 aussi. À l’abri, lĂ©gĂšrement dissimulĂ©s, les vĂ©hicules blindĂ©s imposent partout leur silhouette menaçante, canons pointĂ©s en l’air. À Gao, l’armĂ©e française gonfle les muscles. « Parfois, on fait des tirs de reconnaissance au canon Caesar d’une portĂ©e de 38 kilomĂštres, confie un artilleur, avec des projectiles Ă©clairants en direction de nos ennemis pour leur faire bien comprendre qu’on est toujours lĂ . »

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À In Delimane, des familles amĂšnent leurs enfants pour des soins assurĂ©s par l’armĂ©e française. © FX Freland

Marché, dispensaire


À l’intĂ©rieur de la base, restaurants, bars, tenus par des Maliens, rendent la vie du militaire moins pĂ©nible. Un vaste marchĂ© d’artisanat est mĂȘme devenu l’un des premiers lieux de commerce de la ville. Pas trĂšs loin, au rĂŽle 2, l’un des deux dispensaires militaires, on soigne rĂ©guliĂšrement certains habitants de Gao savamment triĂ©s pour Ă©viter les infiltrations. Parmi eux, allongĂ© sur une civiĂšre, un soldat des Famas (Forces armĂ©es maliennes) a l’air sonnĂ©. La veille, son vĂ©hicule a sautĂ© sur une mine prĂšs d’Ansongo, à 90 kilomĂštres plus au sud-est. Le chauffeur est mort, lui s’en est tirĂ© avec des blessures lĂ©gĂšres et une profonde amnĂ©sie.

Un grand Ă©cart psychologique et logistique

Au sein du commandement de Barkhane, se rapprocher des Maliens tout en consolidant le moral des troupes est devenu la double prioritĂ© dans cette guerre d’usure dont personne aujourd’hui ne connaĂźt vraiment l’issue. C’est aussi le leitmotiv du capitaine Nicolas, du 13e bataillon des chasseurs alpins (BCA), commandant de la base d’Ansongo. Cette ville de 30 000 habitants situĂ©e Ă  la frontiĂšre du Mali, du Burkina Faso et du Niger est la cible privilĂ©giĂ©e de l’État islamique au Grand Sahara, fondĂ© par Adnan Abou Oualid Al-Sahraoui en 2016. C’est aussi dĂ©sormais une cible potentielle du Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans, fusion depuis mars 2017 des entitĂ©s terroristes peuls d’Amadou Koufa au centre du Mali, et touaregs de Iyad Ag Ghali plus au nord (Ansar Din).

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Des vĂ©hicules blindĂ©s des forces françaises de l’opĂ©ration Barkhane en stationnement dans les environs de Gao, au Mali. © FX Freland

« Nous ne sommes pas une armée postcoloniale »

Dans cette base avancĂ©e de Barkhane aux allures de Fort Saganne, le capitaine Nicolas, aux principes rĂ©publicains chevillĂ©s au corps, a gagnĂ© ses galons sur le terrain, notamment lors de missions pĂ©rilleuses en RCA. « Nous n’avons rien Ă  voir avec une armĂ©e postcoloniale comme nous accusent certains », prĂ©cise ce dernier. « Nous sommes lĂ  sous mandat de l’ONU et parce que personne ne voulait y aller Ă  notre place. Nous dĂ©fendons des valeurs de libertĂ©, d’Ă©galitĂ©, de fraternitĂ© dont nous n’avons pas Ă  rougir. » Deux Ă  trois fois par mois, il organise des patrouilles communes avec les Famas dans tout le cercle. « Nous accompagnons la montĂ©e en puissance des forces maliennes sur leur territoire pour assurer la souverainetĂ© dĂ©finitive de l’État », prĂ©cise-t-il encore. Les sorties sont minutieusement prĂ©parĂ©es les veilles de dĂ©part.

Des sorties périlleuses

« Notre ennemi est dans l’Ă©vitement. Les GAT (groupes armĂ©s terroristes) prĂ©fĂšrent frapper les Famas ou la Minusma. Alors, nous faisons du maillage, en remontant les moindres pistes, de village en village, pour obliger l’ennemi Ă  sortir de son trou », insiste le lieutenant RĂ©my, en charge de la communication. Le matin, un immense convoi de 26 vĂ©hicules blindĂ©s, dont deux vĂ©hicules maliens, quitte la base pour remonter vers le Nord-Est. Parmi eux, en tĂȘte du cortĂšge, il y a les soldats du 2e rĂ©giment Ă©tranger du gĂ©nie qui ouvrent l’itinĂ©raire.

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Un convoi des forces françaises de Barkhane dans les environs de Gao, au Mali. © FX Freland

De temps en temps, le convoi s’arrĂȘte pour permettre aux lĂ©gionnaires de passer la « poĂȘle Ă  frire » dans les zones Ă  fort risque de mines ou d’IED, enfouis dans le sol. Le danger est permanent et les quelques carcasses de voiture entiĂšrement dĂ©truites qui jalonnent le chemin sont lĂ  pour le rappeler. Parfois, on entend les Mirage 2000 qui ont dĂ©collĂ© de Niamey passer en rase-mottes juste au-dessus, prĂȘts Ă  intervenir en cas d’attaque-surprise contre le convoi. SerrĂ©s les uns contre les autres dans les vĂ©hicules autonomes blindĂ©s, trĂšs rarement climatisĂ©s, sous une chaleur Ă©crasante, les soldats ne sortent que trĂšs peu, et seulement pour sĂ©curiser leur propre vĂ©hicule, lorsque le convoi s’arrĂȘte subitement. TempĂȘte de sable, pluie, pics de chaleur, crevaisons ralentissent l’avancĂ©e du convoi ou rendent le sommeil des soldats quasi impossible. Il faut en tout deux jours pour faire Ă  peine 100 kilomĂštres et rejoindre In Delimane, un petit village dĂ©sertĂ© par l’administration centrale depuis 2013, proche de Menaka.

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Un hélicoptÚre des forces françaises de Barkhane survole un convoi dans les environs de Gao. © FX Freland

En face, un ennemi dans l’Ă©vitement et le camouflage

Les soldats de Barkhane arrivent dĂ©jĂ  fatiguĂ©s sur les lieux. Dans les hameaux croisĂ©s, les habitants se terrent dans un fort mutisme, quand ils n’ont pas dĂ©sertĂ© les lieux. « Nous sommes face Ă  un ennemi invisible et versatile, qui s’adapte parfaitement au terrain », prĂ©cise le colonel Didier, Repcomanfor pour Gao et tout le Mali du Nord. « Il se meut facilement et sait comment profiter de nos moindres faiblesses. Ce qui est difficile pour nous, c’est la rusticitĂ© et l’abrasivitĂ© du terrain. Mais Barkhane s’adapte Ă  l’ennemi en le traquant dĂ©sormais partout. »

Mouvement pour le salut de l’Azawad : des alliĂ©s en mode dĂ©fi

À In Delimane, oĂč l’ethnie touareg Daoussak rĂšgne en maĂźtre, des combattants du MSA (Mouvement pour le salut de l’Azawad), mouvement dissident du MNLA, attendent leurs hĂŽtes avec un regard de dĂ©fiance. Ils sont assis dans des pick-up lourdement armĂ©s, drapeau de l’Azawad au rebord du pare-brise. Le capitaine français avance avec un sourire crispĂ© Ă  cĂŽtĂ© du lieutenant TourĂ©, visiblement trĂšs tendu, en direction des reprĂ©sentants de la ville. L’accueil est mitigĂ©, mais le dialogue est finalement nouĂ©. On visite le marchĂ© et les puits d’eau, dont certains ont Ă©tĂ© creusĂ©s ou rĂ©habilitĂ©s par des soldats français au lendemain de l’opĂ©ration Serval. Puis le groupe est dirigĂ© par les militants du MSA vers une petite Ă©cole, comme par hasard criblĂ©e de graffitis indĂ©pendantistes.

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Un combattant du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) en prĂ©sence de soldats français et de soldats des Famas maliennes. © FX Freland

Des Ă©changes tendus

La nĂ©gociation concernant le retour des Famas a finalement lieu dans une petite salle de classe, dont le mobilier a entiĂšrement disparu. Des hommes enturbannĂ©s assis par terre sont mĂ©thodiquement pris en photo par un soldat malien. Un homme au chĂšche vissĂ© Ă  l’afghane sur le haut du crĂąne attire particuliĂšrement l’attention, alors qu’il ne semble pas vraiment touareg. Le lieutenant TourĂ© et le capitaine proposent un programme d’action civique et des patrouilles mixtes pour la journĂ©e du lendemain. Une tĂąche pas facile alors que les Famas collectionnent les maladresses Ă  l’heure de se faire accepter par des populations mĂ©fiantes Ă  leur Ă©gard. Le soir, Ă  cĂŽtĂ© du bivouac français resserrĂ© sur lui-mĂȘme Ă  l’extĂ©rieur du village, les Famas allument un feu pour cuire deux chĂšvres, sans prĂ©venir, ni visiblement dĂ©dommager le berger.

Un ressentiment fort est palpable

Au Mali, le ressentiment Nord-Sud vient aussi de ces petits litiges ruraux. Le terrain, le bĂ©tail, l’eau, c’est toute la richesse quand on n’a rien. Les Famas sont mal vues depuis longtemps pour ce manque de respect-lĂ , le sentiment d’impunitĂ© autour. Plus tard dans la nuit, des motos se rapprochent, peut-ĂȘtre les conducteurs sont-ils les propriĂ©taires de ces bĂȘtes venus justement vĂ©rifier les faits. Deux coups de phare de l’armĂ©e française les font fuir. « Les Famas ont fait beaucoup de progrĂšs, mais parfois, elles commettent de petites erreurs qui peuvent ruiner le capital confiance que nous avons rĂ©ussi Ă  rĂ©tablir ensemble », avoue un soldat français du Cimic (Civil Military Cooperation).

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Sur un mur Ă  In Delimane, un graffiti en faveur de l’indĂ©pendance de l’Azawad. © FX Freland

Le lendemain, les hommes du MSA ont disparu et ce sont des femmes entourĂ©es d’une ribambelle d’enfants qui font la queue pour se faire soigner. La plupart d’entre eux ont la peau claire. Il y a pourtant ici des Belas, les descendants d’esclaves, mais aucun ne sera auscultĂ©. Ils ont Ă©tĂ© discrĂštement rayĂ©s de la liste par le MSA. « Je ne comprends pas pourquoi ils ne nous aiment pas », lĂąche, les yeux embuĂ©s, un aide-soignant militaire d’origine bambara. Je suis venu pendant des annĂ©es ici. J’ai soignĂ©, j’ai fait avec mes propres mains des accouchements, et c’est comme s’il ne s’Ă©tait rien passĂ©. On ne me parle plus. »

Des patrouilles mixtes Famas-MSA

Dans les ruelles poussiĂ©reuses de la ville, les militaires maliens engagent nĂ©anmoins une patrouille mixte avec les hommes du MSA, sous le regard bienveillant des soldats français juste derriĂšre. « La tĂąche est immense, mais on fait de petits pas, c’est ce qui me permet de rester confiant et de croire au bien-fondĂ© de notre mission », se rĂ©jouit le capitaine Nicolas.

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Une fillette malienne devant un vĂ©hicule blindĂ© de l’opĂ©ration française Barkhane dans la rĂ©gion de Gao, au Mali. © FX Freland

Qu’en sera-t-il demain ?

À cĂŽtĂ©, le lieutenant TourĂ© hoche de la tĂȘte. « C’est un jour important pour nous, et on remercie Barkhane. Le problĂšme, c’est aprĂšs ? Quand nous, les Famas, on va revenir seuls, est ce qu’ils vont nous accepter ? » Trois jours plus tard, le convoi pĂ©nĂštre Ă  nouveau dans le petit fortin d’Ansongo. Le capitaine sourit, il n’y a eu aucun incident mortel Ă  dĂ©plorer. Les soldats sont extĂ©nuĂ©s aprĂšs six jours de voyage Ă©prouvant pour ratisser 100 kilomĂštres seulement. Une brindille au milieu de l’immensitĂ© du pays. Un soldat visiblement dĂ©sabusĂ© confie : « On fait plus du civilo-militaire que du combat. Le pire, c’est que, lorsqu’on rencontre nos ennemis, on a parfois ordre de ne pas tirer, car on ne sait pas si c’est du GAT ou du MSA. »

Sur le qui-vive en permanence

Plus tard, le barbecue est prĂ©parĂ© dans un certain relĂąchement. Les soldats boivent quelques biĂšres pour se dĂ©tendre lorsque soudain Ă©clate une fusillade Ă  l’extĂ©rieur. « Dispositif ! » hurle le capitaine Ă  ses hommes qui partent au pas de course rĂ©cupĂ©rer leurs armes et leurs gilets pare-balles dans les tentes. Les lĂ©gionnaires toujours armĂ©s sont dĂ©jĂ  partis en direction des coups de feu. Pendant plusieurs minutes, des ordres rĂ©sonnent au loin, dans un long suspense. Puis, soudain, le dispositif d’urgence est levĂ©. Apparemment, des militaires maliens auraient lancĂ© des tirs de sommation aprĂšs avoir vu des hommes se rapprocher d’un peu trop prĂšs du fleuve.

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Une patrouille mixte des forces françaises et maliennes. © FX Freland

La propagande mensongĂšre, l’autre ennemi

Le lendemain, tout le camp s’amuse d’articles qui circulent sur les rĂ©seaux sociaux accusant l’armĂ©e française d’ĂȘtre au Mali pour ses richesses, et notamment pour son or. Sur un montage grossier, on reconnaĂźt un soldat français allongĂ© dans un vĂ©hicule blindĂ© chargĂ© de lingots d’or. « C’est bidon », s’indigne l’un d’eux. « Ils ont abusĂ© de Photoshop pour transformer nos paquets de rations alimentaires en lingots, mais ça nous fait du mal, car certains croient à toute cette propagande qui veut nous contraindre Ă  partir. »

Aujourd’hui, le renseignement français estime à 400 le nombre total de djihadistes encore actifs dans l’ensemble de la zone sahĂ©lo-saharienne. Et face aux attaques mĂ©diatiques contre un « bilan mitigé », le commandement militaire français Ă  Gao prĂ©fĂšre rappeler les derniĂšres victoires, comme cette opĂ©ration de grande envergure, l’opĂ©ration « Bayard », qui a permis un peu plus Ă  l’ouest de Gao de dĂ©truire en une nuit un campement djihadiste dans la rĂ©gion boisĂ©e Ă  la frontiĂšre malienne.

Une guerre longue et coûteuse

BĂ©ret de chasseur alpin vissĂ© sur la tĂȘte, le colonel Didier est serein. « Il ne faut jamais oublier la situation avant l’intervention militaire française en janvier 2013. Les GAT menaçaient de planter leur drapeau noir Ă  Bamako. Or, cette menace a complĂštement disparu. Cette guerre sera longue, car l’ennemi se rĂ©organise et porte encore des coups rudes. Nous sommes lĂ  pour longtemps, tranche-t-il, et mĂȘme si demain une nouvelle armĂ©e du G5 venait Ă  se constituer, elle n’aura sans doute pas vocation Ă  nous remplacer. »

Une guerre longue qui a un coĂ»t financier et oblige Ă  certaines Ă©conomies dans l’armĂ©e française, notamment, dans la modernisation du matĂ©riel, alors que certains vĂ©hicules blindĂ©s ont plus de 30 ans. Chaque annĂ©e, les « Opex » (opĂ©rations extĂ©rieures) au Sahel avoisinerait les 600 millions d’euros en moyenne.

« Si la France part, c’est tout le Sahel qui tombe »

À la base de Gao, aprĂšs la visite apprĂ©ciĂ©e du prĂ©sident Macron en mai dernier (« un bon signe »), on croise les doigts pour que la nouvelle ligne dĂ©finie par le nouveau chef des armĂ©es reste la mĂȘme. « Si la France part, c’est tout le Sahel qui tombe », pronostique un jeune militaire français. Impression confirmĂ©e par cette habitante de Gao qui est venue apporter une lettre recommandĂ©e pour la famille Ă  Bamako.

Sous le hangar de l’aĂ©roport toujours en ruine, et jamais reconstruit depuis les combats de 2013, elle discute en souriant avec des humanitaires. Sur le tarmac, les vieux hĂ©licoptĂšres russes MI 8 de l’ONU cĂŽtoient les Beechcraft de la Minusma dans un vacarme incessant. « Ça va quand mĂȘme un peu mieux qu’en 2013, soupire-t-elle, on se sent un peu plus en sĂ©curitĂ©, malgrĂ© les rapts, les actions terroristes, les vols, mais c’est un moindre mal. Sans Barkhane, ce serait pire. Les Famas n’ont pas les moyens de les remplacer, ni mĂȘme une armĂ©e africaine. En tout cas, nous, on ne veut pas qu’ils partent. »

Au Mali, Ă  un an de la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle, dans un pays Ă  deux vitesses entre Nord et Sud, l’avenir est encore fait d’incertitudes.

Publié le 01/07/2017 à 18:10 | Le Point Afrique

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10 COMMENTAIRES

  1. « Si la France part, c’est tout le Sahel qui tombe » ????

    IL NE FAUT RIEN ESPERER DE BON :

    1- LE G5 DU SAHEL N’ EST PAS AUTORISÉ Á FORMER UNE UNITÉ DE COMBAT.
    IL VA CARESSER LE TERRORISME DANS LE SENS DU POILS : CAR LE TERRORISME
    EST DEVENU L’ UNIQUE OUTIL GÉOPOLITQUE AUX MAINS DE L’OCCIDENT.

    2- LE FINANCEMENT EST Á 350 MILLIONS D’ EUROS, ET L’ OCCIDENT “PROMET” 50
    MILLIONS D’ EUROS ! ET DE LÁ , CE “G5 ” EST MORT-NÉ ! VOUS AUREZ QUELQUES
    FONCTIONNAIRES BIEN PAYÉS POUR MAINTENIR LE STATUT
    ” NI PAIX-NI GUERRE OUVERTE ” , QUI N’ EST AUTRE QUE LA GUERRE D’USURE.

    3- LES BAPTEMES D’ ORGANISMES ( SERVAL, BARKHANE, G5 DU SAHEL ) D’APPUI AU TERRORISME ET DE GUERRE D’ USURE CONTINUENT.

    IL NE FAUT RIEN ESPERER DE BON !

    LA VÉRITÉ EST CECI : ” SI LA FRANCE RESTE, C’ EST TOUT LE SAHEL QUI TOMBE, CAR LA GUERRE
    D’ USURE CONTINUERA. ”

    LA SEULE MODALITÉ D’IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE G5 DU SAHEL DOIT ETRE
    L’ ARRESTATION DE SARKOZY ET SON JUGEMENT Á LA CPI .

    • C’est un peu facile d’accuser l’occident. Les fusils des terroristes c’est des occidentaux qui les tiennent? L’idĂ©ologie whahabite c’est les occidentaux qui la propage? A un moment il va falloir vous remettre un minimum en cause si vous voulez que votre rĂ©gion s’apaise. Les occidentaux veulent simplement la stabilitĂ© pour pouvoir faire des affaires. Les politiciens accusent l’Ă©tranger occidental pour receuillir des voix pour les Ă©lĂ©ctions et vous tombez dans le panneau.

      • 1- QUE LES OCCIDENTAUX PLIENT BAGAGE ET FOUTENT LE CAMP, ILS NE SONT PAS AIMÉS ICI AU MALI ET EN AFRIQUE EN GÉNÉRAL.

        2- LES WAHABITES , ONT OCCUPERA APRES..!

        LES CRIMES DE L’ OCCIDENT SONT LÁ ET CONNUS DE TOUS, ON NE PEUT FINIR DE LES CITER. QU’ ILS RENTRENT CHEZ EUX. C’ EST SIMPLE POURTANT… !

        ON NE VEUT PAS DE LEUR “AIDE ” .

        LES OCCIDENTAUX ONT LEURS VALEURS, NOUS AVONS LES NOTRES.
        NOUS VOULONS VIVRE SELON NOS VALEURS Á NOUS, CELA FAIT 57 ANS QUE NOUS LE CRIONS HAUT ET FORT. LUMUMBA, MODIBO KEITA , SANGARA, …, TOUS ONT DONNÉ LA VIE POUR LA LIBERTÉ ET L’ INDÉPENDANCE , LA VRAIE.

        ET ENCORE TON OCCIDENT CONTINUE Á MENTIR , Á VOLER, Á TUER .

        LES PEUPLES AFRICAINS DOIVENT-ILS PRENDRE LES ARMES POUR CELA ?

        CE N’ EST-IL PAS LAURENT FABIUS, ALORS MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGERE DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE (” LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ” ) , QUI DISAIT IL YA PEU QUE LES TERRORISTES ,MANGEUR DE COEURS HUMAINS CRUS DEVANT LES CAMÉRAS, FAISAIENT DU TRES BON BOULOT ?

        CE N’ EST-IL PAS LAURENT FABIUS, Á LA PLACE DE LA CPI Á LA HAYE, PRÉSIDE LE CONSEIL CONSTITUTIONEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANCAISE (” LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ” ).

        VOILÁ LA PREUVE QUE LA FRANCE EST UN ÉTAT TERRORISTE AU MEME PIED D’ ÉGALITÉ QUE L ‘ ARABIE SAUDITE.

        QUE LA FRANCE LIVRE ALORS SARKOZY ET FABIUS Á LA CPI, OU ENCORE MIEUX AUX AFRICAINS POUR QU’ SOIENT JUGÉS SELON LEURS CRIMES.

        MR/MME OLA QU ‘ EN PENSEZ VOUS AVEC VOTRE CERVELLE DE SOUS-HOMME ?

        VIVE L’ AFRIQUE !

      • ola 2 Juil 2017 at 10:26
        “C’est un peu facile d’accuser l’occident. Les fusils des terroristes c’est des occidentaux qui les tiennent? ”

        Merci!

  2. 😉 😉 😉

    je cite :
    ” Une tĂąche pas facile alors que les Famas collectionnent les maladresses Ă  l’heure de se faire accepter par des populations mĂ©fiantes Ă  leur Ă©gard. Le soir, Ă  cĂŽtĂ© du bivouac français resserrĂ© sur lui-mĂȘme Ă  l’extĂ©rieur du village, les Famas allument un feu pour cuire deux chĂšvres, sans prĂ©venir, ni visiblement dĂ©dommager le berger. ”

    ” Au Mali, le ressentiment Nord-Sud vient aussi de ces petits litiges ruraux. Le terrain, le bĂ©tail, l’eau, c’est toute la richesse quand on n’a rien. Les Famas sont mal vues depuis longtemps pour ce manque de respect-lĂ , le sentiment d’impunitĂ© autour. ”

    peut ĂȘtre que certains vont enfin comprendre pourquoi l’armĂ©e Française avait raison de ne pas emmener les Famas Ă  Kidal … mais bizarrement j’ai des doutes …

    • Laudemus
      “peut ĂȘtre que certains vont enfin comprendre pourquoi l’armĂ©e Française avait raison de ne pas emmener les Famas Ă  Kidal”

      “COMPRENDRE” tu dis?… Tu veux rire: A l’impossible, nul n’est tenu!

      Et comme tous nos habituels anti-France de service sont sans exception d’un degrĂ© de connerie proprement effarant, attendre qu’ils “COMPRENNENT” d’eux-mĂȘme quoi que ce soit relĂšve de la chimĂšre pure et simple…

      Wallaye!

  3. il y a tout juste une semaine ,j’ai eu l’occasion de discuter avec le colonel commandant le rĂ©giment de transmissions situĂ© dans ma ville .Sur ses 24 mois de commandemand il aura passĂ© 18 mois au Mali .Il portait avec prĂ©caution son uniforme sable avec le mĂ©daillon Barkane sur le bras . CelĂ  a Ă©tĂ© trĂ©s dur m’a t’il avouĂ© mais c’est un type Ă  poigne . J’ai discutĂ© aussi avec des sous officiers ou des soldats du rang ,pour lesquels le sĂ©jour malien n’ a durĂ© que 4 mois , tous disent en avoir bavĂ© ,et il y avait meme des femmes parmis eux . Reste a espĂ©rer que IL chassĂ© du Moyen Orient ne viennent pas se faire les dents au Mali.

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