Mali: la guerre médiatique fait rage

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Les affrontements au Mali n’ont pas lieu que sur le terrain politique et militaire. Les journalistes et les mĂ©dias sont parties prenantes dans la bataille.

«Du choc des idées, faire jaillir l’étincelle de vérité qui libère et construit»

«Notre rôle n’est pas de plaire ou déplaire. Il est de tremper la plume dans la plaie»

A woman reads a local newspaper on April 4, in Bamako (© AFP)

Pour les journaux maliens, le temps est à l’application des devises affichées en première page. Informer, éclairer, dévoiler, n’ont jamais été plus important qu’à l’heure où indépendantistes, djihadistes, militaires et politiciens se disputent le Mali.

Ni plus risquĂ©. Jusqu’alors classĂ© parmi les pays du continent les plus respectueux de la libertĂ© des mĂ©dias partReporters sans Frontières, le Mali est devenu en quelques mois dangereux pour les journalistes. Militaires au Sud et djihadistes au Nord n’ont pas hĂ©sitĂ©, entre autres intimidations, Ă  s’en prendre physiquement Ă  un directeur de publication remuant ou Ă  un animateur de radio, qui osait se mettre en travers de la charia.

Entre presse et putschistes, l’opposition était naturelle. Contrairement à une large partie de la population malienne, les journaux ont accueilli avec hostilité le coup d’Etat du 22 mars et ont réservé au capitaine Amadou Aya Sanogo et à ses hommes un accueil peu chaleureux dans leurs colonnes.

«Au Mali, la presse privée est née dans un contexte de lutte pour la démocratie», rappelle Alexis Kalambry, directeur de publication du quotidien Les Echos, créé en 1989 par l’ancien présidentAlpha Oumar Konaré, deux ans avant la chute du dictateur Moussa Traoré.

Une médiatisation insuffisante

Moteur de la démocratie il y a vingt ans, la presse a, dans son ensemble, échoué à imposer le Nord et ses drames en devenir sur le devant de la scène médiatique et politique ces dernières années. Le Mali a couru droit à sa perte, sans contre-pouvoirs suffisamment forts ou courageux pour lui barrer l’entrée d’un tunnel sans issue.

Dans les premiers jours de l’offensive du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en janvier, une partie de la presse a dans un élan patriotique épousé aveuglement la communication de guerre du gouvernement, comme certains médias occidentaux l’ont fait avec celle du MNLA.

Les communiqués peu transparents se succédaient jusqu’à ce que fin janvier, les familles desmilitaires engagés dans le Nord se rendent compte que les comptes-rendus officiels et ceux des médias reflétaient très peu le calvaire que subissaient leurs parents, et décident d’aller interpellerAmadou Toumani Touré jusque dans son palais présidentiel.

Tout se jouait dans les trois régions du Nord, mais peu le savaient parmi les lecteurs, les auditeurs ou les téléspectateurs lambda.

«A force d’en parler et de ne parler que de cela, on a rĂ©ussi Ă  donner du cĹ“ur Ă  une poignĂ©e d’extrĂ©mistes», pestait pourtant le 18 janvier le directeur de publication deL’IndĂ©pendant, dĂ©nonçant «le battage mĂ©diatique orchestrĂ© depuis Paris sur un basculement sans cesse annoncĂ© comme “imminent” du Nord Mali dans “un nouveau cycle de violence”, une “nouvelle rĂ©bellion” (…)».

Un silence médiatique assourdissant

Le chaos malien, consĂ©quence d’une prophĂ©tie auto-rĂ©alisatrice occidentale? Le «battage mĂ©diatique» français faisait en tout cas Ă©cho Ă  un quasi dĂ©sert mĂ©diatique malien.

Cette sous-couverture a d’abord des explications économiques. Dans un pays sans distributeur de presse et aux journaux désargentés, ces derniers ne sont pas transportés dans les régions les plus éloignées de la capitale. L’essentiel des lecteurs et acheteurs se trouvant à Bamako, ils se voient offrir de l’information avant tout bamakoise.

A l’exception du quotidien officiel L’Essor, très peu de titres ont par ailleurs les moyens de rĂ©munĂ©rer des correspondants. Chahana Takiou, propriĂ©taire et directeur de publication de l’hebdomadaire 22 septembre, le confirme:

«La presse est très limitée. Rares sont les journaux qui acceptent de financer un reportage ou une enquête à Ségou, et à fortiori dans le Nord.»

Même passer de longs coups de fil à Kidal, Ménaka ou Niafunké où se déplacer pour rencontrer une source représente un sacrifice pour des journalistes aux poches trouées.

«Je ne vais pas dilapider le peu de revenus que j’ai dans de l’essence ou des cartes de recharge téléphoniques, confie l’un d’eux. Si on me donnait les moyens, j’irais beaucoup plus sur le terrain.»

Cette précarité entraîne des effets pervers, la plus remarquable pour le lecteur étant la multiplication des comptes-rendus de conférences de presse sans grand intérêt. Les journalistes s’y rendent en sachant qu’ils auront souvent droit à quelques billets. Officiellement pour leurs frais de transport. De facto pour leur docile relais de la communication de partis politiques ou d’ONG.

«C’est ancré dans les mœurs, on ne peut pas empêcher ça, sinon on va nous traiter d’égoïstes», constate Chahana Takiou. «Mais ça n’existe pas qu’au Mali. En Côte d’Ivoire on l’appelle le communiqué final», sourit-il.

Crise de compétences

Quand l’argent est là, c’est la compétence qui manque. Comment espérer former de véritables professionnels des médias dans un pays où le taux d’admission au bac atteint 12 % en 2012, et où il n’existe aucune formation sérieuse au journalisme?

«Nos correspondants dans le Nord, recrutés par annonce, n’étaient pas bons,rapporte Alexis Kalambry, directeur de publication des Echos. Quant à celui de Tombouctou, que nous faisions écrire sous pseudo pour sa sécurité, j’ai l’impression qu’il a été récupéré par Ansar Dine. Il n’envoie que des papiers très élogieux sur leurs actions sociales. On a arrêté de le publier.»

MĂŞme son de cloche du cĂ´tĂ© du 22 septembre, d’après Chahana Takiou:

«Nos contacts sur place nous donne l’information et nous la traitons nous-mêmes, car ils ne sont pas capables de la traiter eux-mêmes correctement».

Adama Diarra de L’Essor était quasiment le seul correspondant permanent dans le Nord ces dernières annĂ©es. BasĂ© Ă  Kidal de septembre 2009 Ă  fĂ©vrier 2012, ce fils d’une marchande de journaux impayĂ©s (journaux d’occasion) travaille aujourd’hui pour Reuters et a la chance de faire rĂ©gulièrement des allers-retours à Tombouctou ou Gao aux frais de son employeur, le ministère de la Communication:

«Tout le monde n’y aimait pas mes articles avant le coup d’Etat, mais j’étais assez libre car j’avais un bon contact avec mon chef», assure-t-il.

Selon lui l’argent ne fait pas tout.

«Les journaux n’accordaient pas d’importance au Nord, car parler de ce qui s’y passait revenait à donner une mauvaise image du Mali. On a ignoré le problème jusqu’à ce que cela empire.»

Il lui arrive aujourd’hui d’avoir l’honneur d’écrire une page entière, ce qui n’arrivait jamais avant.

Comme un symbole, Adama Diarra est noir, a fait une partie de ses études à Abidjan et est originaire du sud du Mali. Aussi surprenant que cela puisse paraitre dans un pays où l’histoire, la société, les griefs des Touaregs ont joué et jouent aujourd’hui un rôle essentiel pour comprendre la situation, les fins connaisseurs ou les ressortissants du Nord se comptent sur les doigts d’une main dans les rédactions.

«Un problème de confiance», estime Adama Diarra, parti s’installer dans le Nord «par curiosité». Originaire de Tombouctou, Chahana Takiou estime que 22 septembre a été l’un des rares journaux à avoir «averti et critiqué».

Enfumage politique en règle

Si les enjeux du Nord ont Ă©tĂ© peu Ă©voquĂ©s dans les mĂ©dias, c’est aussi qu’ils n’étaient pas la prioritĂ© des politiciens, maĂ®tres d’un jeu mĂ©diatique politisĂ© Ă  l’extrĂŞme. Si en France les mĂ©dias sont aux mains d’hommes d’affaires (Dassaut, Niel, Lagardère…), ils sont souvent contrĂ´lĂ©s au Mali par des hommes politiques ou des journalistes, les deux milieux Ă©tant particulièrement permĂ©ables.

L’Essor est la voix du gouvernement. TiĂ©bilĂ© DramĂ©, prĂ©sident du Parena, est aussi propriĂ©taire du RĂ©publicain. Oumar Mariko, dĂ©putĂ© du Sadi (SolidaritĂ© africaine pour la dĂ©mocratie et l’indĂ©pendance) est directeur gĂ©nĂ©ral de la radio Kayira, et l’ombre de l’ancien prĂ©sident Alpha Oumar KonarĂ© plane toujours sur Les Echos.

«J’ai la conviction qu’il faut maintenir les journalistes libres. Je ne leur demande pas de m’encenser, ni de tirer sur mes adversaires politiques», garantit Tiébilé Dramé, ancien journaliste qui se dit de toute façon «propriétaire dépassé» par manque de temps.

«Les hommes politiques vont toujours tenir les médias maliens en laisse. Ils font en sorte qu’ils ne meurent pas mais qu’ils ne soient pas indépendants», pense plutôt Alexis Kalambry, qui prêche tout de même pour sa paroisse en affirmant que la diversité des hommes politiques investis dans Les Echos garantit sa liberté éditoriale.

Un malaise qui se ressent jusque dans les associations et les syndicats de la corporation, décriés au sein même de la profession.

«Ce sont des escrocs. Ils font tout sauf jouer leur rôle. Ils profitent de leurs titres pour faire leur propre promotion et leur propre agenda», accuse Chahana Takiou.

Démissionnaire du quotidien L’Indépendant avec une partie de sa rédaction, il revendique une«indépendance totale», symbolisée par le nom de son journal, date de l’indépendance du Mali.

«La bataille de la communication sera décisive»

C’est donc dĂ©sargentĂ©s, mal formĂ©s et pas toujours encouragĂ©s Ă  informer de l’essentiel dans la transparence que les mĂ©dias maliens Ă©voluent dans la crise actuelle. Pourtant, «dans les conditions d’un pays aux deux-tiers occupĂ©s, la bataille de la communication sera dĂ©cisive », a avertit TiĂ©bilĂ© DramĂ©.

«Une information rĂ©elle sur la rĂ©alitĂ© de l’occupation et les souffrances de notre peuple dans les camps de rĂ©fugiĂ©s permettra de mobiliser le peuple. La radio publique nationale, les radios communautaires et la presse Ă©crite ont un rĂ´le irremplaçable Ă  jouer.»

Une réalité, mais des consignes qui agacent M. Takiou:

«Souvent les hommes politiques veulent que les médias jouent leur rôle à leur place.Dénoncer, critiquer quand eux ne montent jamais au créneau. Ils portent des gants et des masques.»

Par Fabien Offner – slateafrique.com – 23/08/2012

 

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5 COMMENTAIRES

  1. La presse malienne comme d’autres secteurs Ă  savoir l’Ă©cole la santĂ© ,l’armĂ©e j’en passe ne sont que les reflets de la sociĂ©tĂ© malienne:le mensonge ,l’affabulation ,la mĂ©diocritĂ© ,l’amour du gain facile Ă©rigĂ© en culture nationale.

  2. heureusement que vous vous rendez compte par vous même de votre nullité.
    De plus il n’a jamais Ă©tĂ© prouvĂ© que les porteurs d’uniformes qui kidnappent et sĂ©questrent certains politiciens ou certains journalistes sont des journalistes.
    L’Ă©thique et le devoir de journalistes vous commandent d’abord de mener des enquĂŞtes approfondies avant de publier des infos qui, Ă  la longue peuvent s’avĂ©rer fausses.
    Seulement voilĂ , au Mali d’aujourd’hui, n’importe quel (faux) diplĂ´mĂ© de n’importe quelle Ă©cole peut se permettre de se faire appeler journaliste et ainsi commencer, soit Ă  se faire payer par des commanditaires pour publier des infos Ă  caractère tendancieux, soit produire par lui-mĂŞme des torchons en guise d’article.
    A se poser des questions sur le rôle du conseil supérieur de la communication !!!

  3. LA PRESSE PRIVEE MALIENNE NE FAIT PAS HONNEUR.ELE RACONTE DU N’IMPORTE QUOI.ELLE EST TRES CUPIDE.ELE EST POLITISEE.ELLE NE FAIT AUCUNE RECHERCHE.
    HONTE TOTALE.

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