Mali: Les Etats-Unis soutiennent une action militaire africaine, sous conditions

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Manifestation le 11 octobre 2012 Ă  Bamako appelant Ă  une intervention militaire ouest-africaine dans le nord du Mali Habibou Kouyate afp.com

AFP- Les Etats-Unis soutiennent une Ă©ventuelle intervention militaire ouest-africaine au Mali pour dĂ©loger des islamistes armĂ©s comme Al-QaĂŻda, mais sous conditions et d’abord en rĂ©tablissant la dĂ©mocratie Ă  Bamako, selon le dĂ©partement d’Etat et des experts.

Alors qu’une rĂ©solution proposĂ©e par la France a Ă©tĂ© adoptĂ©e vendredi par le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU, le dĂ©partement d’Etat a prĂ©venu dans un communiquĂ© que la crise au Mali se rĂ©glera par une “approche globale” sur plusieurs fronts: “RĂ©tablir l’autoritĂ© de l’Etat malien sur tout le territoire et affronter la menace posĂ©e par Aqmi (Al-QaĂŻda au Maghreb islamique) et ses affiliĂ©s”.

Dans un entretien accordĂ© Ă  l’AFP, le secrĂ©taire d’Etat adjoint amĂ©ricain pour l’Afrique, Johnnie Carson, a Ă©galement plaidĂ© pour le “retour d’un gouvernement dĂ©mocratiquement Ă©lu” d’ici Ă  avril 2013 au Mali, ainsi que pour un règlement du “sort des Touareg et de la crise humanitaire”.

Quant Ă  la “question du terrorisme dans le nord”, elle trouvera une “rĂ©ponse militaire”, a assurĂ© ce diplomate amĂ©ricain de haut rang.

Le Conseil de sĂ©curitĂ© a donnĂ© 45 jours Ă  la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CĂ©dĂ©ao) et Ă  l’Union africaine pour prĂ©ciser les modalitĂ©s d’une intervention militaire dans le nord du Mali et a invitĂ© le gouvernement malien et les rebelles touareg Ă  nĂ©gocier une solution politique.

Bamako avait demandĂ© Ă  l’ONU un mandat pour une “force militaire internationale” avec un dĂ©ploiement de troupes ouest-africaines pour l’aider Ă  reconquĂ©rir le nord contrĂ´lĂ© par des islamistes armĂ©s, dont ceux d’Aqmi. Ce possible feu vert du Conseil de sĂ©curitĂ© sera donnĂ© via une seconde rĂ©solution, au plus tĂ´t Ă  la fin de l’annĂ©e.

Signe de l’inquiĂ©tude de Washington, la secrĂ©taire d’Etat Hillary Clinton a rĂ©pĂ©tĂ© vendredi qu'”Aqmi et d’autres groupes terroristes tentaient d’Ă©tendre leur emprise depuis leur bastion du nord du Mali”. L’expulsion de ces extrĂ©mistes armĂ©s passe par “une opĂ©ration militaire conduite par des Africains, par la CĂ©dĂ©ao, mais qui doit ĂŞtre bien prĂ©parĂ©e, bien organisĂ©e et bien financĂ©e”, a insistĂ© Johnnie Carson.

“Une crise Ă  multiples facettes”

Le diplomate n’a toutefois pas dĂ©voilĂ© “la nature de la contribution” Ă©ventuelle de son pays, mais des spĂ©cialistes interrogĂ©s par l’AFP doutent d’une “intervention militaire amĂ©ricaine directe”.

Pour Richard Downie, du Center for Strategic International Studies (CSIS) de Washington, les Etats-Unis fourniront “un soutien logistique, du renseignement, peut-ĂŞtre des drones”.

Son collègue Gilles Yabi, de l’International Crisis Group (ICG), met aussi en garde: “Ce ne sera pas une simple opĂ©ration de maintien de la paix, mais une vĂ©ritable intervention militaire sur un terrain très difficile et contre des groupes très mobiles”.

De toutes façons, “avant de penser Ă  une opĂ©ration sĂ©curitaire dans le nord, il faut rĂ©gler les problèmes politiques Ă  Bamako”, souligne M. Downie.

Le basculement du nord du Mali dans l’escarcelle islamiste rĂ©sulte en partie d’un coup d’Etat Ă  Bamako le 22 mars qui a renversĂ© le prĂ©sident Amadou Toumani TourĂ©. Son auteur, le capitaine Amadou Haya Sanogo, s’est retirĂ© du pouvoir en avril mais reste influent.

“La crise malienne est Ă  multiples facettes (…) et requiert une stratĂ©gie Ă  la fois politique, diplomatique et militaire”, analyse M. Yabi. A ses yeux, “le Mali ne se rĂ©sume pas Ă  de la lutte contre le terrorisme, mais il s’agit aussi de l’effondrement d’institutions Ă©tatiques, comme l’armĂ©e, et de la coexistence de diverses communautĂ©s dans le nord”, en allusion Ă  la minoritĂ© touareg.

La rĂ©bellion touareg du Mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad (MNLA) avait lancĂ© l’offensive dans le nord en janvier. D’abord alliĂ© aux islamistes, le MNLA avait ensuite Ă©tĂ© Ă©vincĂ©.

afp

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