Occupation du nord du Mali : des ressortissants de la région témoignent

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Les « Assises de l’occupation » se sont ouvertes, ce mercredi 3 octobre, à Bamako. Pendant deux jours, de simples habitants du nord mais aussi élus, associations, chefs traditionnels ou encore religieux viennent témoigner de leur quotidien et parler de leur vie sous l’occupation des groupes islamistes. Ils viennent aussi proposer leur vision d’une sortie de crise. Ces « Assises de l’occupation » sont organisées par la Coalition pour le Mali, qui prône la négociation sans forcément s’opposer à l’option militaire.

Le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra lors d’une réunion avec des responsables politiques du nord du pays, le 10 août 2012 à Bamako. REUTERS

C’est un nouvel état des lieux de l’occupation du nord du Mali que la Coalition pour le Mali a tenu à établir. Ce collectif d’organisations de la société civile, de regroupements politiques et de personnalités indépendantes, créé en mai 2012, n’est pas à sa première action. Au mois d’août dernier, la Coalition pour le Mali avait envoyé des délégations à Kidal, Gao et Tombouctou pour exprimer sa solidarité aux populations des régions occupées et pour prendre contact avec les acteurs locaux mais aussi avec les leaders des groupes armés, essayant de trouver ainsi des pistes de dialogue. Appelé à s’en saisir, l’Etat malien n’a donné aucune suite à cette initiative.

Faut-il une intervention armée ? Faut-il négocier ?

En ce premier jour d’Assises, les ressortissants de la région de Gao ont été parmi les premiers à s’exprimer. David Baché, correspondant de RFI, à Bamako, y a assisté, et a, lui aussi, recueilli plusieurs témoignages. Ainsi, il a pu interviewer Mahamane Salia Maïga, maire de la commune du Bourra, dans le cercle d’Ansongo, dans la région de Gao, occupé par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Le maire de Bourra précise que ce groupe terroriste y fait régner la terreur qui passe, dit-il, « par les amputations, les coups de fouet et les coups de cravache en public lorsque, par exemple, quelqu’un est pris en train de chiquer du tabac ou de fumer ou bien lorsqu’une femme ne porte pas de foulard », entre autres exemples.

Aujourd’hui, Bamako et les pays voisins de la Cédéao s’activent pour accélérer la mise en œuvre d’une intervention armée pour libérer le nord du Mali. Les Etats-Unis eux-mêmes n’excluent pas d’y mener une action militaire même si, pour le moment, ils soutiennent la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui cherche à monter une intervention dans le nord du Mali, avec le feu vert de l’ONU. Interrogée, ce mercredi 3 octobre, sur une éventuelle opération militaire unilatérale américaine au Mali, la porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a répondu : « Je ne vais évidemment rien ajouter ni rien exclure ici, mais pour le Mali nous sommes concentrés sur les efforts de la Cédéao ».

Sur ce sujet, le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra, le 4 octobre à New York, des consultations « préliminaires ».

A cette question de savoir s’il faut une intervention militaire ou bien s’il faut négocier, le maire de Bourra répond qu’ « il faut toujours et d’abord privilégier le dialogue » mais il n’exclut pas l’intervention militaire comme étant une des solutions.

      Mahamane Salia Maïga      (01:44)
              Maire de la commune du Bourra, dans le cercle D’Ansongo: “Il n’est pas question de négocier avec des groupements pour appliquer la charia.”
     

Amil Boubacar Touré est le représentant des «Jeunes patrouilleurs » à Gao. Depuis le début de l’occupation, lui et d’autres jeunes de la ville font des rondes nocturnes pour sécuriser les habitants. Il est plus catégorique. Selon lui, il faut privilégier la manière forte : « Aujourd’hui, nous sommes à 251 jours sous occupation. Les gens ne peuvent plus tenir. Nous prônons maintenant l’intervention militaire. Même si ce sont des Maliens qui sont avec eux, il faut les mâter parce qu’ils ont trahi la nation. S’ils ont pris des armes contre nous, en tant que Maliens nous ne les considérons plus comme des Maliens », s’est-il insurgé, au micro de RFI.

Ibrahim Salihu est le président du Cadre de concertation régional des jeunes de Gao. Sa position est radicalement différente. Il affirme que, pour la sortie de crise, la voie de la négociation est possible.

Ibrahim Salihu (00:24)
    Président du Cadre de concertation régional des jeunes de Gao: “Je dis que le dialogue est possible.”

A l’issue de ces deux jours de débats, une synthèse sera réalisée à partir de toutes ces contributions scrupuleusement recueillies par les organisateurs. Tous ces témoignages et toutes ces propositions de sortie de crise seront mis à la disposition de l’Etat malien.

RFI – mercredi 03 octobre 2012

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