POUR SORTIR DE LA CRISE NEE DES ACCORDS D’ALGER: «ATT doit convoquer d’urgence les Etats généraux du Nord»

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"Les Maliens sont en droit d’attendre que le président de la République reprenne l’initiative pour remettre tout le monde en confiance, en écoutant les uns et les autres, en réhabilitant la donne du Pacte national et surtout en convoquant les Etats Généraux du Nord. Le texte ainsi signé peut se corriger dans la concertation et la confiance. En ne travaillant pas clairement à cela, il y a un risque de retournement des autres composantes de la Nation".
Les accords d’Alger, on en parle toujours. Malheureusement, les différentes analyses proposées jusqu’ici sont, pour la plupart, braquées ou biaisées. Nos analystes, pour la plupart, ont choisi d’enjamber la question première du pourquoi de la mutinerie. De sorte que leurs brillantes extrapolations sur le texte des accords pèchent par omission, éludant l’aspect motivationnel, pourtant déterminant. Pure gymnastique intellectuelle ? Allez savoir. Je retiens, pour ma part, que dans un des quotidiens de la place, Hassan Fagaga a affirmé qu’ils ont pris les armes parce que "ATT n’a pas tenu ses promesses". Dès lors, n’est-ce pas trop simpliste de ne voir aux jeunes mutins que des forbans animés par le goût de l’argent facile ? Un raccourci qui évite de s’interroger sur la promesse non tenue. Hamadi est mon ami, mais il faut dire les choses telles qu’elles sont.
Quoiqu’il en soit, nos gouvernants sont en devoir de réagir face aux supputations qui sèment le doute dans les esprits. C’est grave de laisser supposer que notre pays n’aurait pas aujourd’hui une armée capable de tenir un front en cas de combat ; que nos officiers ne sont plus de l’étoffe de ceux-là qui savaient honorer et mourir pour la patrie; tout aussi grave, lorsque des charlatans politiques pas très malins ceux-là ânonnent que " la paix n’a pas de prix ".
A croire que la dignité n’est qu’un mirage. Ces motifs et accusations gravissimes sont inacceptables ; et il n’est pas bon d’entretenir pareils doutes. Nous avons conscience que c’est notre devoir fraternel de protéger, comprendre et rassurer nos minorités. Mais, en vérité, nos partis sont-ils capables d’endosser la charge d’une réflexion politique majeure sur la question nationale, et du débat conséquent sur l’intégration touarègue dans tous ses aspects ?
La colonisation est venue nous distraire, nous perturber, nous mettre en retard. Le colon est venu trouver chez nous des siècles d’Etat avec une Administration, une justice, un système éducatif structuré, une fiscalité organisée, une diplomatie, des moyens de police, j’en passe. L’envahisseur a pu diviser et régner. La soi-disant pauvreté au Mali est un régime entretenu visant à poursuivre l’anéantissement de la résistance rencontrée au Soudan. Et cela continue sous "mon ami Jacques", avec notre complicité, bon nègre. Autrement, le Sénégal et le Burkina sont loin d’être aussi riches que nous. Mais, leurs travailleurs sont, depuis toujours, mieux payés que les nôtres. Pourquoi et comment ? A vrai dire, même la mauvaise gestion ne ferait pas du Mali un pays pauvre. Il serait ingrat de ne pas reconnaître tous ces bienfaits dont le Dieu de bonté nous a gratifié. Ce que nous avons peut assurer l’abondance, le bien-être de tous, même au désert. Alors, est-ce l’odeur du pétrole qui commence à nous attirer des malheurs comme on doit s’y attendre ? Qui en veut au Mali ? Pourquoi des jeunes Maliens se retournent-ils maintenant contre l’autorité légale et légitime ? Sont-ils manipulés ? Faisons-nous correctement nos devoirs ?
Les occidentaux, chacun le sait, et en témoignent tous les conflits sur le continent, arrivent à nous manipuler, à nous mettre dos-à-dos quand ils veulent, où ils veulent, comme ils veulent. Et lorsqu’ils envoient un émissaire vous dire que "la rébellion est finie", ils savent de quoi ils parlent. Si vous ne signez pas avec la Banque Mondiale, vous aurez la guerre jusqu’aux portes de Djamena. Vous signez, c’est bon, on n’en parle plus. Comprenne qui pourra.
Je voudrais inviter tous mes compatriotes à la prudence et à la retenue. Lorsqu’une tierce personne arrive à vous actionner dans votre propre rôle, vous ne pouvez-vous douter être manipulé. Il n’a pas besoin d’être là pour vous dicter, ou vous contraindre, c’est votre propre logique de réaction qui se met en marche à son profit. Qui, aujourd’hui, a besoin que la communauté malienne se divise ? Voilà où il faut chercher; et non dans la sainteté des accords. Moins de paresse, plus de vigilance, sinon notre naïveté nous coûtera.
J’entends et lis des sorties d’humeur contre ces "bandits armés", ces "bandes de pillards", ces "terroristes", etc. Non, mes amis, ne faisons pas fausse route. Nos erreurs d’appréciation risquent de pousser ces jeunes gens fragiles à d’autres réactions d’instinct de conservation, justement attendues par certains cercles d’intérêt pour s’inviter à la danse, d’une manière ou d’une autre. Et ainsi le piège fonctionne. Nous nous retrouverons, sans savoir comment, dans un cycle de rejet mutuel, de désir d’en découdre pour une banale affaire de brebis… galeuse celle-là. C’est enfantin.
Le pouvoir ATT a bien raison de chercher à s’entendre avec eux, et non à verser du sang bêtement. Mais, la réponse a-t-elle été la bonne ? Sans doute pas la meilleure. En la matière, il n’y a pas d’erreurs, mais des fautes. La précipitation est d’ailleurs la seule excuse à la mal rédaction du texte de l’accord qui cumule des bourdes juridiques, "il faut le dire", au point où l’on serait fondé de se demander : qui se fout de qui ? Néanmoins, "il faut savoir raison garder". Je ne dis pas aux contestataires de ne pas dénoncer; mais, d’éviter qu’une affaire mineure caractérisée par un amateurisme embarrassant ne prenne une proportion désastreuse que notre intelligence collective devrait pourtant pouvoir prévenir. Ces jeunes ont certes eu le tort de recourir aux armes. Mais, ils sont des nôtres, et ne rejettent guère leur patrie et leur attachement national, à ce que je sache. Ils ne souhaitent pas non plus la guerre, autrement ce n’est pas comme cela qu’ils s’y prendraient. Dans le calcul du manipulateur invisible, c’est justement le sentiment identitaire, voire le "complexe racial" qui sera la bûche à feu. Mais, je parle pour les vrais Maliens? nous n’avons aucun complexe devant qui que ce soit. Tant pis pour ceux qui croient être supérieurs aux Noirs. Que Dieu ait pitié de leurs âmes. Nous, nous sommes pour le respect de la vie, de la dignité humaine, la dignité de l’autre, du prochain, de tous, créatures de Dieu. Nous avons besoin d’eux pour bâtir ce pays. Faisons en sorte qu’il le serve, et non le contraire.
Nous sommes tous avec nos attentes et requêtes face à l’Etat. Et, il existe des moyens de nous solidariser pour une cause juste, pourvu qu’on en parle. Que nos frères à la gâchette comprennent, une fois pour toutes, que prendre les armes est toujours un jeu risqué, quelle que soit la raison. Une fois que tu les sors, tu ne sais plus la réaction que tu déclenches en face de toi. Pour moi, les jeunes mutins se sont trompés de moyen ; et on est en droit de se demander, sans mépris pour leur niveau de culture, s’ils ont des conseillers éclairés, mâtures, pour leur éviter de pécher par excès.
Revenons donc au pourquoi de leur réaction. Ils semblent portés à bout par une situation d’injustice au sein de leur communauté qui perdure au Nord, malgré l’engagement des autorités d’y remédier. Remarquez que les accords tendent à disqualifier les instances électives de la région pour consacrer une tutelle directe du ministre de l’Administration Territoriale à travers un Conseil provisoire. Ce qui corrobore l’idée qu’il y a, pour le moins, un conflit de représentativité. Et pour qui s’est, tant soit peu, intéressé aux débats sur le Net entre ces acteurs, il est patent que les jeunes dénoncent un système de "chefferie locale", une classe de privilégiés bénéficiaire en leur nom de toutes les subventions de l’effort national au détriment de la grande masse des populations. Ceci explique certainement les condamnations aux premières heures de leur geste par les chefs touaregs. Cette même dénonciation avait eu cours en 1992, avant la signature du pacte. Il a été dit que les projets, programmes, dons, tous ces milliards des ONG engloutis au Nord, sous l’ancien régime, n’avaient finalement bénéficié qu’à des seigneurs.
 Voilà le fond de la question. Il n’y avait aucun besoin d’inventer un Pacte bis pour soigner le sentiment de frustrations qu’une telle gestion a pu occasionner.
En préconisant un nouvel accord, les autorités ont pris le risque de reformuler certaines clauses non réalisées du Pacte, et d’en rajouter, pour donner une consistance institutionnelle à une démarche sans objet. D’où, tous ces non sens qui blessent le droit, la Constitution, comme relevé par des juristes, des confrères et une partie de la classe politique. La critique n’est pas antinomique du soutien à apporter à notre cher ATT. Et c’est là que mon frère Chéïbane avait clos le débat en conseillant de perdre moins de temps à spéculer, et invitant à se donner la main pour sortir le Mali du mauvais pas.
A mon sens, c’est l’option la plus raisonnable. Ceux qui s’asseyent ailleurs, manipulés ou manipulateurs, pour écrire que "Mieux vaut la guerre que les accords d’Alger" n’ont qu’à venir faire la guerre eux-mêmes. Nous les Maliens, nous n’aurons jamais le complexe de tout faire en notre possible pour resserrer nos liens avec notre famille touarègue, des hommes, des femmes, des enfants, Maliens au même titre que nous, avec tous les droits pour être et gouverner ensemble notre Nation ; et qu’on le sache, nous les aimons. Que Dieu nous garde de la haine, mauvaise conseillère.
Nos frères Touaregs, de leur côté, doivent savoir qu’il ne sera jamais possible de former une République du désert. Que toutes les sirènes qui chantent peuvent, par nos légèretés, arriver à nous diviser. Mais, que d’une manière ou d’une autre, les suivre, aboutirait inéluctablement à une mise sous tutelle d’une puissance félonne, cherchant un autre démantèlement du Soudan. Nous saurons donc dire oui à la guerre, s’il le faut.
Comment terminer ce point d’opinion sans relever les accusations inopportunes et infondées contre l’Algérie et la Libye dans cette affaire. Que nos frères Algériens ne doutent un instant du respect du Mali et des Maliens qui voient toujours en la génération du FLN que nous avons soutenu, et en leurs dignes héritiers, des camarades de lutte, des alliés pour toujours. Les tentatives de nous diviser ne marcheront guère. C’est le Président Touré lui-même qui a témoigné à décharge pour le guide libyen. Nous devons le croire. Kadhafi n’est plus dans la mouvance des accrocs après tant d’années d’hostilités à son égard. Il est loin d’être un ennemi du Mali, qui a également aidé le peuple libyen, en son temps. N’en déplaise à ses détracteurs qui ne refusent pas ses milliards, il est un bâtisseur, et il le prouve. Il a beaucoup appris des agressions dont il a été victime. Il reste aussi un allié indéfectible.
Dans toute cette cacophonie, les intervenants oublient-ils sciemment que les Américains sont dans notre Nord, depuis. Ils ne se souviennent plus que Donald Rumfeld est passé par là, la traque d’Al Qaida devenant le traquenard à envahir et occuper les zones de pétrole et de gaz.
Or justement, la Mauritanie, le Mali, l’Algérie, le Niger, la Libye, le Tchad, le Soudan, jusqu’à la Somalie, sont sur différentes portions de cette bande sahélo-saharienne du pétrole et du gaz. Combien ont été ou sont encore en guerre ? Nous nous taisons sur l’évidence que l’équipe Bush cherche des boucs-émissaires pour trouver moyen de débarquer chez nous à la recherche du terrorisme, et hop, pomper notre pétrole et détruire les vestiges islamiques. Et, s’il ne trouve personne, on nous aide à en créer, pour, après, nous bomber à souhait. On nous tuera comme des insectes, et personne du monde dit civilisé ne bronchera.
Au temps de Jean Paul II, l’église au moins savait donner de la voix. Dieu, pitié pour la Palestine ; pitié pour le Liban ; pitié pour l’Afghanistan oublié ; et pitié aussi pour le Mali, pour les nègres qui ne savent pas réfléchir, car malheureusement un "dindon de Noël" a été trouvé au Nord.
Souvenez-vous de l’épisode surmédiatisé d’otages allemands aux mains de soi-disant "Salafistes". Un terrain de chasse futur pour traquer AI Qaida en Afrique musulmane envahie par des "dahis" endollardés, des intégrismes créés, financés et soutenus par eux-mêmes. Bonjour les moutons ! C’est la carte réservée pour un beau jour venir créer le "barda irakien" dans ce berceau séculaire de l’islam noir. Et dire que d’aucuns n’ont pas de scrupule à nous inviter à emprunter ce chemin, en criant contre nos frères : «Aux terroristes!» parce que ça vous donne la latitude veule de pouvoir les mater dans la duplicité silencieuse de l’Occident, avec la caution américaine. Quelle courte vue ! Dieu nous garde de nos propres inepties !
Les puissances convoitent le Sahara pour plusieurs raisons. Elles, elles savent tous les avantages à tirer de ce point stratégique de contrôle de la planète. Elles seront heureuses que nous soyons à nouveau en rangs dispersés, comme à la veille de l’arrivée des troupes coloniales, avec des chefs de guerre partout s’affaiblissant mutuellement ("somalisation"). Ainsi, il n’y a plus qu’à attendre, et cueillir le fruit mûr avec la bénédiction des mêmes nigauds. Nous sommes véritablement face à un défi. Ne soyons pas dupes.
Les Maliens sont en droit d’attendre que le Président de la République reprenne l’initiative pour remettre tout le monde en confiance, en écoutant les uns et les autres, en réhabilitant la donne du Pacte National, et surtout en convoquant les états généraux du Nord. Le texte ainsi signé peut se corriger dans la concertation et la confiance.
En ne travaillant pas clairement à cela, il y a un risque de retournement des autres composantes de la Nation. On entend dire "On a tout fait pour eux, que veulent-ils de plus" ? "Ce sont des fainéants, des profiteurs", d’aucuns parlent même de "la République de Kidal" en gestation.
N’empirons pas inutilement la situation. Les anachronismes émaillant le dossier ne doivent pas nous faire basculer dans le précipice suicidaire du vautour qui s’attend à la charogne, de la carcasse malienne. Ce ne sont pas des sanctions de principe, des radiations spectaculaires, des cours martiales impromptues, qu’appelle la bonne intelligence du jeu souverain. Il nous faut recréer d’autres cadres de palabre, d’explication, de persuasion.
Disons-nous, une fois pour toutes, que nous ne devons jamais nous fatiguer à chercher à nous entendre en toute bonne foi, au lieu de continuer la fuite en avant, ou de nous livrer idiots à la traîtrise de la communauté internationale, incapable aujourd’hui de garantir le droit à la vie des civils libanais. Nous avons intérêt à ne pas nous exposer nous-mêmes, bêtement. C’est mon conseil.
Mahomed COULIBALY

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