Résolution de la crise malienne : Alger a-t-elle définitivement perdu la main dans le dossier ?

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Par son incapacité à anticiper sur les événements, la mollesse de sa diplomatie due en partie à sa trop grande propension à ne tenir compte que « des intérêts particuliers » au détriment de ceux de la nation malienne, l’Algérie risque aujourd’hui de se voir « évincer » pour de bon de ce qui constituait jusqu’ici « son arrière-cour » : le dossier Malien.

Dahou-Ould-Kablia-ministre- interieur.

Alger va certainement regretter encore pendant longtemps ses hésitations à n’en plus finir pour un règlement définitif dans le dossier malien. Et pourtant, l’Etat algérien avait tous les moyens à sa disposition pour atteindre un résultat probant au Mali.

Malheureusement, le cours de l’histoire s’est très vite accéléré à un moment où ce pays s’y attendait probablement le moins.

En effet, lorsqu’on analyse les péripéties de la crise actuelle qui secoue le Mali, il y a ce qu’on peut qualifier aujourd’hui, à tort ou à raison, d’échec diplomatique pour Alger. Car, le pays a tout d’abord voulu faire cavalier seul en créant un cadre de dialogue et de négociations parallèle à la médiation ouest africaine, sachant pertinemment que c’est cette dernière qui était reconnue par la quasi-totalité des instances internationales (Union Africaine, Union Européenne, Nations Unies, entre autres). Cela a été, de l’avis de nombreux observateurs, la  première erreur d’appréciation de l’Algérie par rapport à l’actuelle crise à laquelle fait face son voisin du sud depuis un an et qui est l’une des conséquences directes du conflit libyen.

La seconde grave erreur d’appréciation, toujours selon certains analystes, fut pour Alger de donner l’impression de vouloir « travailler en sourdine » afin de compromettre autant que possible l’efficacité de tous les autres efforts de conciliation qui ne seraient pas de son ressort.

Troisièmement, il y a le fait de n’avoir pas su « conserver » son emprise sur les mouvements irrédentistes touareg et autres djihadistes qu’elle a vraisemblablement aidé à se structurer et à s’installer dans le nord du Mali.

L’une des thèses qui corroborent cet échec évident de la diplomatie algérienne dans la gestion et la résolution de cette crise a été la dénonciation par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) dès le lendemain de sa signature « l’accord » qu’il venait juste de signer auparavant, avec la bénédiction des autorités algériennes, avec le groupe Ançar Eddine de Iyad Ag Aly.

Ce revirement, tout au moins spectaculaire d’un des protagonistes du dialogue « à deux » qu’Alger a semblé privilégier, un moment, en « ignorant » la position officielle du gouvernement malien, n’a vraisemblablement pas retenu toute l’attention requise du « parrain algérien » sur la nécessité de revoir sa stratégie d’approche et de traitement de la présente crise au Mali. Pire, le pays a poursuivi son travail de sape en voulant ramener l’ensemble des parties prenantes, toutes tendances confondues, dans sa seule et unique logique « d’un règlement négocié » sous son égide ainsi que son opposition systématique à l’usage de la force à travers notamment le déploiement de troupes « étrangères » pour favoriser le rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali.

Du fait donc de ses « intransigeances et atermoiements » entre autres, dans un monde en perpétuelles évolution et mutation, l’Algérie a elle-même contribué à sa propre « mise à l’écart » progressive dans le dossier malien. Une situation qui a été également accentuée par les velléités de plus en plus prononcées du groupe Ançar Eddine à se « défaire » de l’emprise de son mentor algérien par des prises d’initiatives indépendantes sans l’avis et encore moins l’accord d’Alger.

Cette volonté « d’autonomie » d’Ançar Eddine a poussé Iyad Ag Aly à vouloir anticiper sur tout déploiement de forces internationales au Mali que d’aucuns prévoyaient au plus tôt en septembre 2013, en « marchant » sur Bamako via Sévaré et Mopti. C’est ainsi qu’après quelques jours de préparation mis à profit pour rassembler ses troupes à Bambara Maoudé, gros bourg situé entre Douentza et Tombouctou, il finit par se convaincre que l’heure était venue de poursuivre « son djihad sur le reste du territoire malien, le nord de la Côte d’Ivoire à partir de la région de Korhogo et celle de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso », selon le Ministre ivoirien de l’Intégration Africaine, Aly Coulibaly, dans une interview accordée à RFI.

Ce qui était pratiquement perçu comme très improbable, aussi bien par Alger que par Iyad Ag Aly et de nombreux autres observateurs, a été la réaction prompte et fulgurante de la France, à partir de cette incursion des « terroristes » vers le sud du Mali.

A présent, l’histoire retiendra que dans la nuit du jeudi au vendredi 11 janvier 2012, la France, à travers son Président, François Hollande, a pris cette décision d’une importance capitale d’intervenir militairement au Mali pour arrêter l’avancée des groupes terroristes et djihadistes sur le sud du pays. Une décision prise naturellement à la demande de Bamako et en parfaite conformité avec le cadre du droit international défini par le Conseil de Sécurité des Nations unies à travers la Résolution 2085 adoptée à l’unanimité de ses membres le 20 décembre dernier.

Fruit d’un courage exemplaire par rapport à la responsabilité historique de la France vis-à-vis d’un pays ami « menacé de disparition certaine si rien n’était fait immédiatement », d’une part, et la défense des libertés fondamentales et de la démocratie, d’autre part, la décision française va radicalement changer la donne géopolitique dans toute cette partie de l’Afrique.

En effet, il n’est un secret pour personne que depuis l’indépendance du Mali en 1960 et le départ des derniers soldats français du pays le 20 janvier 1961, l’Algérie se posait comme « la tutelle » naturelle de la paix et la stabilité au Mali. Pour preuve, toutes les rébellions et tentatives de rébellion auxquelles le Mali indépendant a été confronté, se sont, de façon générale, réglées grâce à la « bienveillante sollicitude » du grand voisin algérien. Il en a été ainsi en 1963, 1992, 2006 et récemment en2009 avec les résultats que l’on connait.

A l’analyse, on se rend compte qu’à part le Pacte national signé en 1992 et dont la mise en œuvre a certes été marquée par des hauts et des bas, tous les autres « Accords » signés sous l’égide de l’Algérie n’ont jamais contribué à apporter de solutions idoines aux problèmes véritables qui se posent dans cette partie du territoire faisant partie intégrante d’une situation de sous-développement et de précarité généralisée pour l’ensemble des populations du pays, sans exception et sans exclusive aucune. En cela, tous les Maliens du sud, de l’ouest, de l’est, du nord et du centre sont logés à la même enseigne.

Il est donc malhonnête de vouloir justifier et motiver le problème de l’irrédentisme de certains membres de la communauté touarègue par des questions de marginalisation ou d’exclusion dans la répartition des ressources nationales. Car, certains Maliens pensent plutôt que c’est le contraire au regard de toutes les concessions et avantages consentis par l’Etat à travers les différents accords de paix signés jusqu’ici.

Tous doivent désormais se le tenir pour dit, la communauté touarègue ne saurait être une entité particulière à part dans un ensemble intégré qu’est la Nation malienne où tous les citoyens sont égaux en droits et également en devoirs envers la patrie.

C’est pour défendre cette égalité pour tous dans un pays uni et solidaire que la décision de la France de porter secours au Mali en situation de pire détresse, a été unanimement accueillie et saluée par tout le peuple malien, par les amis sincères du Mali et par tous les démocrates épris de paix, de justice et de liberté de par le monde.

Alger doit en tirer tous les enseignements nécessaires et admettre enfin de privilégier ses relations fraternelles d’Etat à Etat avec le Mali. Les liens historiques qui unissent les deux peuples et nos deux Etats militent absolument en faveur d’une coopération exemplaire dénudée de toute vision « sectariste » ou paternaliste. Il y va de l’intérêt supérieur des deux pays.

Quoi qu’il en soit, il est évident que les derniers développements dans la résolution de la crise malienne, notamment l’intervention française, le déploiement d’une force africaine constituée d’éléments venant de la quasi-totalité des pays de la sous-région voire d’ailleurs, sont des données qui doivent désormais être intégralement prises en compte dans toute analyse objective des réalités géopolitiques sous régionales et régionales.

A force de tergiversations, d’hésitations et de tâtonnement diplomatiques, l’Algérie n’a pas su prendre les bonnes décisions qui s’imposaient aux bons moments. Aujourd’hui, elle est condamnée à adopter une position inconfortable d’observateur plutôt que d’acteur incontournable à laquelle elle était jusque-là habituée dans la gestion et le règlement des rebellions au Mali.

Cependant, tout n’est pas perdu pour ce géant de la région. En effet, malgré la forte implication de la France et le désormais leadership établi de ce pays par rapport à la question, Alger a encore la possibilité de jouer un rôle déterminant dans l’issue de la guerre qui ne fait plus l’ombre d’aucun doute. C’est de s’engager résolument aux côtés de la communauté internationale en jouant entièrement toute sa partition pour une victoire quasi certaine contre le terrorisme, le narcotrafic et le crime organisé sous toutes ses formes dans la bande sahélo-saharienne. Elle en a les moyens et les ressources, surtout humaines, nécessaires pour redorer son blason dans le dossier malien.

Aussi, les conclusions de la récente visite du Premier ministre malien, Diango Cissoko, dans le pays, annonceraient-elles, ce retour en force du grand voisin en tant qu’acteur majeur ?

Les prochains jours ou semaines nous édifieront davantage sur la traduction des « bonnes intentions » en actions concrètes sur le terrain.

A suivre donc !

Bréhima Sidibé

SOURCE:  du   17 jan 2013.    

42 Réactions à Résolution de la crise malienne : Alger a-t-elle définitivement perdu la main dans le dossier ?

  1. Leguen

    Avant-hier, devant les soldats français à l’Aéroport de Bamako, Dioncounda a dit que « le Mali sera éternellement reconnaissant à la France pour avoir été à ses côtés pendant des moments aussi difficiles ». Cette phrase n’est pas passée inaperçue pour tous les observateurs avertis de la situation actuelle dans la sous-région. Les autres ont encore le temps de se positionner pour l’après guerre.

  2. simplevision

    Article excellent en ce qui concerne l’exposition des faits et l’espoir a une normalisation des relations Algero-Maliennes, :roll: Cependant la plus grande faute des Maliens est le retour sans cesse a cet espoir qu’est a mon avis un mirage qui a conduit la nation Malienne au bout de sa faillite! :roll: :roll: :roll: :roll:
    Qu’attendez vous Maliens d’un etat terroriste voyou et egocentrique? Je me demande jusqu’a quel point peut on etre naif? Peut on vraiment attendre du semeur de trouble d’etre organisateur de fete? Le service secret Algerien est noye dans le traffic d’Hommes de drogues et dans les complots sanguinaires. L’armee est la pour etouffer toute tentative populaire de se defaire de la tyranie du pouvoir Algerien. Leur president se cache de tout le monde … C’est clair l’Algerie etouffera sous ses propres fardeaux de terrorisme de traffic et d’isolation politique. Diango a rejoint le pouvoi Algerien juste pour signer une autre conevention de « vente du Mali »! :oops: :oops

    • Leguen

      Les événements n’ont pas tardé à confirmer cette évidence qui veut que « qui sème le vent récolte la tempête ». Il est malheureux et complètement scandaleux que ce soit des étrangers qui paient ainsi la fourberie de certains Etats.

  3. feriel

    les pays africains ont toujours été victimes des interventions étrangères mais la leçon n’a jamais été assimilée on oublie facilement le passé coloniale et on autorise (l’occupation) européenne

    • Julien

      Très juste. Les Algériens (Arabes) sont d’ailleurs des colonisateurs venus d’ailleurs qui aujourd’hui sont les colonisateurs des populations autochtones algériennes.

      • simplevision

        Merci Julien, Je complete….la lecon a tirr est de ne point confier notre securite a quiconque qui soit. De ne point signer des  » conventions suicidaires » ( En Algerie, mauritanie, Burkine…comme quoi ils sont mediateurs et nous sommes entre Africains :oops: ). De ne point compter sauf sur une armee Nationale forte et des institutions solides. De ne favoriser aucune ethnie fut elle Touareg ou Bobo! Le resultat de notre discrimination positive des Arabes Tamasheq et Touaregs est la et c’est honteux! Retournons aux valeurs authentiques de nos ancetres et rendons justice a notre peuple. Et enfin tachons de ne point se laisser gouverner par un Homme seul car il finira par se perdre dans le tourbillon de son entourage et son clan et il fera perdre toute la nation avec lui comme le cas d’ATT tout pres.

  4. vanmo1027

    le mali regle ses problemes.pourquoi algerie?pour avancer comptons sur nos propres eforts.

  5. hamid l'algérien

    Ce que je peux dire , est que tout ce qui touche l’Algérie touche le Mali et vis-versas , l’Algérie a tout fait pour régler le problème malien dans la racine,et pas superficiellement , mais , la crise au sein du pouvoir malien (coup d’état et division), et la crise au sein des touaregs (MNLA, ansar dine …..) avec les groupes terroristes que ATT n’a pas voulu combattre , ingérence étrangère , à fait que ce problème devient plus profond, la guerre vient de commencer , ne criez pas victoire j’ai peur que à la fin les perdants seront le Mali et l’Algérie , j’aimerai bien voir votre tête a ce moment ,
    L’Algérie est la mieu conseillée pour régler ce problème , car elle ne cherche pas les puits du pétrole, ni les mines d’uranium, mais cherche seulement la paix et la sérénités pour les peuples de la région.

    • vanmo1027

      comment algerie va regler notre probleme?
      L algerie plaide pr le partage que mnla propose dja.si vous n etes pas renseigné on discutez pas.
      l algerie a. ses propres problemes a regler
      nous les maliens on veux toujours la facilité.on est jamais independants. c est ds nos pratiques c grave.

    • Assanatou

      MON FRÈRE HAMID , VOUS AVEZ RAISON ; VOS ANALYSES SONT PERTINENTES , NOUS PRIONS DIEU POUR LA PAIX ENTRE LES PEUPLES.

    • Assanatou

      MON FRÈRE HAMID L’ANCIEN PRÉSIDENT MALIEN ATT A UNE PART DE RESPONSABILITÉS DANS CETTE CRISE. NOUS , AU MALI, ON LE SAIT ET ON LE DIT .
      DE TOUTES LES FAÇONS LE MAL EST FAIT, MAINTENANT NOUS PRIONS DIEU AFIN QUE NI LE MALI NI L’ALGÉRIE NE SOIENT PERDANTS DANS L’AVENIR. QUE NOS BONNES RELATIONS DE VOISINAGE PUISSENT CONTINUER ,AMIN !

  6. Leguen

    On attend simplement que quelqu’un vienne nous dire à présent, demain ou après-demain de négocier avec mnla, ansar dine et autres.

    • ZIMBABWÉ

      la politique algerienne anti terroriste ne changera pas? des contacts avec les terroristes a aucun prix?.

    • Tougna Fôba

      ce qu’on peut dire à l’Algérie avec ces islamistes est ceci:

      Nous demandons à l’Algérie de trouver une solution négociée à son problème . Les barbus sont un groupe religieux discriminé en Algérien à cause de leurs doctrines de l’islam radical, étant donné que la liberté religieuse est un droit fondamental reconnu à tous, le gouvernement algérien doit permettre à tous les algériens le droit de vive dans leurs traditions spécifique. Les revendications légitimes des islamistes barbus algérien doivent être régler de manière pacifique. Ils peuvent faire appelle à Blaise Compaoré comme négociateur pour donner le Sahara algérien aux islamistes et leurs permettre d’y installer leurs katiba et leurs permettre de discriminer les autre algériens et de leurs imposer leurs loi. Ils peuvent demander aussi à l’islamiste malien Iyad Aghali d’intervenir dans cette prise d’otage comme négociateur, afin de permettre aux autres islamistes algeriens qui se trouvent sur le territoire malien de rejoindr

      • zen

        arrêtez de feindre l’idiot du village !! vous comprenez parfaitement les demandes de l’Algérie et les nuances que fait beaucoup de pays (non seulement alger) entre les terroristes (aqmi mujao buko haram et maintenant anssar eddine sur qui l’Algérie s’était trompé ) et les touarègues maliens et populations du nord qui avec bamako a eu des problèmes répétés avant même l’indépendance du mali actuel et le traçage des frontières , on en a parlé des milliers de fois et ce n’est pas la peine de débattre en faisant des raccourcis facile et caricature sur ce dossier profond

        • simplevision

          Tougna a raison l’Algerie a le devoir historique d’octroyer a ses islamistes un territoire special afin qu’ils Y exerce leurs loisirs! Laissez le Mali en Paix :cry:

  7. Leguen

    La prise d’otages sur le site gazier de In Amenas en Algérie connait un denouement tragique. Un vrai carnage avec des dizaines voire centaine de morts dans l’assaut donné en début d’après-midi par l’armée algérienne. Les autorités ont catégoriquement refusé de negocier avec les terroristes. Quelle belle leçon de la part de l’Algérie au Gouvernement malien?