Résurgence de l’irrédentisme kidalois : Le général ATT pris en faute

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Le bateau Mali tangue dangereusement par la faute d’un militaire naïf, inattentif, qui doit, à présent, cesser de se glorifier publiquement d’avoir fait l’Ecole de Guerre de Paris.

Signés à Alger le mardi 4 juillet 2006, entre le gouvernement de la République du Mali et "l’Alliance démocratique du 23 mai 2006 pour le changement", les accords dits de "paix, de sécurité et de développement de la région de Kidal" sont-ils, pour autant, légitimes et légaux?

Cette question, à l’aune de la Constitution, au regard de nos quêtes démocratiques et du devenir même de notre nation, mérite d’être analysée par chaque Malien, avec lucidité et honnêteté.

Malheureusement, les autorités de la République, le Président Amadou Toumani Touré en tête, semblent privilégier l’indignation fébrile et l’écran de fumée face aux réactions citoyennes et politiques. Un peu de sagesse et c’est le Mali qui gagne.

Pour ma part, l’affaire me paraît bien boueuse et bien troublante, incompréhensible et déboussolante, fangeuse finalement. Elle risque de drainer après elle – et pour longtemps – un cortège habituel (et bien malien) d’arguties simplistes, d’astuces verbales portant des germes nuisibles pour l’avenir, de faux calculs politiques, de tromperies démocratiques et de visées stupides. Elle ressemble déjà, en remontant aux évènements de 1962, à un conte en patiente construction mettant en scène de "gens innocents éternellement lésés" face à de méchants Maliens qui refusent de voir leur précarité et qui, pire, font tout pour les maintenir dans un état chaque saison plus misérable.

Les accords d’Alger, sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, sont, pour moi, conçus pour être le fétiche tutélaire de Kidal, planté à la lisière de la République du Mali. A l’opposé total du Pacte national signé en 1992, ils ne concernent que Kidal. Toutes ces histoires de revendications démocratiques et de développement au nord du Mali, depuis 1962, ont toujours été hérissées d’intentions inavouées parce que simplement inavouables.

Nos frères touaregs, il faut appeler le chat par son nom, ont toujours, sur le chapitre, émaillé leurs actions de coups de feu, d’assassinats, de pillages, d’enlèvements, etc. Pourquoi ? Allons ensemble savoir.

Le Général Kafougouna Koné révèle même que "Iyad et ses gens avaient demandé 1,2 milliard de F CFA par an pendant 6 ans". Ce qui révèle beaucoup de choses. Mais passons.

Faisons un détour par Kangaba. La ville et ses dépendances sont dans la zone pré-guinéenne, où la pluviométrie est la plus abondante au Mali (bien mieux qu’à Sikasso), avec la proximité du fleuve Niger, de vallées propices à la riziculture intensive et de terres fertiles qui réclament le développement de la culture du coton.

«On ne construit pas son bonheur avec le sang de ses compatriotes»

Mais Kangaba, à moins de 100 km de Bamako, n’est pas plus développé que Kidal. Imagine t-on les Malinkés prendre les armes (comme Yyad et Fagaga) pour revendiquer la spécificité de leur terroir ? Non ! Nos frères touaregs nous donnent toujours la preuve de leur régionalisme – pour ne pas dire ethnicisme – obstiné et répressif. C’est ce qui fait mal dans une nation et qui est inadmissible dans une République. Kidal doit, comme tout le reste du Mali, se développer mais il doit abandonner l’idée de devenir comme un pays de cocagne aux flancs du Mali.

La paix n’a certes pas de prix, mais la quête des "primes de démobilisation de 700 000 F CFA accordées à chaque combattant et même à certains de leurs cousins élèves et étudiants à Bamako" (dixit Kafougouna) n’est pas une quête honnête et digne. On ne construit pas son bonheur sur le sang de ses compatriotes, de ses compagnons d’armes, de ses semblables humains tout simplement….

Mais revenons aux accords d’Alger du mardi 4 juillet qui sont à mon avis des preuves éclatantes et effarantes du laxisme de l’Etat. L’attaque surprise du 23 mai, qui en constitue la genèse, est pour le moins humiliante pour l’armée malienne. Comment quelques éléments ont pu, comme dans une promenade de santé, surprendre deux camps militaires (Kidal et Ménaka) à 300 km à la ronde et emporter armes et munitions, détruisant tout ce qui n’était pas facilement emportable, alors que nos soldats se comportaient comme des oiseaux surpris par le clair de lune ? La zone, pourtant et tout le monde le sait, n’est pas un havre de sécurité. Le banditisme armé y est même rampant. Le Général Kafougouna Koné nous en donne des explications, des plus choquantes d’ailleurs : "Iyad, qui avait la confiance du pouvoir, avait réussi à muter tous ses éléments à Kidal. C’est eux qui détenaient les clés de tous les magasins, ce qui leur a facilité l’attaque des camps militaires" (L’Indépendant n°1508 du mardi 11 juillet 2006).

Le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, est ainsi clairement indexé comme étant le principal fautif dans le drame survenu, puisque le Général Kafougouna a dit : "Iyad est venu à Bamako. Il a échangé avec le chef de l’Etat et a promis de revenir dans dix jours. Entre temps, il y a eu l’attaque du 23 mai".

Iyad, le civil, a-t-il abusé de la bonne foi du chef de l’Etat ou le Général Amadou Toumani Touré a-t-il été un militaire naïf, un officier supérieur inattentif ? Dans tous les cas, il doit cesser de se glorifier publiquement, après cette bourde, d’avoir fait l’Ecole de Guerre de Paris. Sinon, il convient de lui rétorquer qu’il n’a pas bien appris ses leçons.

Mais la faute lourde du Président de la République n’innocente pas le commandement local des camps sinistrés, encore moins la hiérarchie militaire d’avoir accepté la mutation de tous les éléments d’Iyad à Kidal et la détention par eux des clés de tous les magasins. Ce laxisme là interpelle d’ailleurs tous les militaires. Plus grave, les raisons qui ont permis l’attaque du 23 mai 2006 ont tout l’air d’être une leçon bien comprise mais non assimilée. En effet, les accords d’Alger recommandent "la création, en dehors de zones urbaines de Kidal d’unités spéciales de sécurité… composées essentiellement d’éléments issus des régions nomades…" A celui qui veut bien comprendre, la formation astucieuse de cette phrase ne cache pas que lesdites unités spéciales seront sous la coupe des mutins du 23 mai, où ces derniers auront le dos rond et le verbe haut.

On leur a retiré les clés des magasins des camps militaires et en contrepartie on leur assure les moyens de la mobilité et des coups d’éclat à Kidal. Bravo ! Le gouvernement malien a cependant en son sein trois officiers supérieurs : Général Amadou Toumani Touré, Général Kafougouna Koné et Colonel Sadio Gassama, ancien chef d’Etat Major général. Encore Bravo ! Voilà comment on laisse créer, ainsi que s’en inquiétait le mardi 11 juillet (soit une semaine jour pour jour après la signature des accords) le Colonel Samaké, de "faux héros".

«On passe de

mutins à démocrates, de déserteurs à héros»

Toujours le mardi 11 juillet, le Colonel Sadio Gassama a rencontré les forces de sécurité, en compagnie du contrôleur général de police Diagouraga, qui faisait partie de la délégation malienne à Alger, pour leur expliquer le bien fondé des accords. Ce dernier déclarait, tout de go, que "la délocalisation des casernes militaires – prévue par les accords – avait été décidée en 1992" dans le cadre du Pacte National. Laxisme. Il a donc fallu 14 ans et l’attaque du 23 mai pour s’en apercevoir et pour vouloir l’appliquer ? Et la question des armes emportées par les mutins du 23 mai ? Le Contrôleur général Diagouraga nous dit qu’elle est "laissée à la charge du facilitateur" algérien. Merci ! Mais, de grâce, ne nous dites pas que tout est réglé à ce niveau.

Les hommes du 23 mai 2006 sont désormais reconnus comme étant les responsables de "l’Alliance démocratique du 23 mai 2006 pour le changement". Félicitations ! Voilà comment on passe de mutins à démocrates, de déserteurs à héros ? Nous n’en sommes pas à une première. Déjà en 1990 – 1992, nos politiciens à la rhétorique boursouflée disaient des rebelles, qui ont ensanglanté le pays, qu’ils étaient des "démocrates en armes".

J’ignore ce que le Général Kafougouna Koné a ressenti en signant les accords avec Ahmada Ag Bibi, le chauffeur d’Iyad Ag Ghali. Mais sans être militaire, je me suis senti comme un officier rabaissé. Kafougouna ne méritait pas ça ! J’en passe.

Aujourd’hui, face aux accords d’Alger, nous Maliens, nous retrouvons-nous dans le même bateau et, de surcroît, approuvons-nous la route tracée par le Capitaine ? Assurément non. Des voix discordantes sont entendues partout, des groupes organisés désapprouvent sans ambiguïté. Le RPM (Rassemblement Pour le Mali), la CSTM (Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali) et des Maliens de France ont clamé leur désaveu des accords d’Alger. Un constitutionaliste de mes amis, pas du tout courageux, murmure qu’il faut un référendum sur les accords d’Alger.

Le RPM accuse même gravement le pouvoir : "Il y avait simplement des responsabilités à assumer et rien d’autre". Doit-on, pour cela, soupçonner le parti du Président de l’Assemblée Nationale de "calculs électoralistes" à dix mois de la prochaine présidentielle ? Ce ne serait sans doute pas honnête et sérieux. L’avenir de la nation engage chacun, à quelque poste que l’on soit, selon sa conscience et son sens du devoir.

C’est ce qu’a compris l’adjudant Oumar Samassékou qui avait courageusement, avant le RPM, accordé une interview à L’Indépendant (n°1497 du 26 juin 2006) en plaçant la situation dans son contexte réel : celui d’une mutinerie militaire. Il a dit notamment : "En tant que responsable et général de l’Armée, Seydou Traoré ne devait même pas attendre l’ordre du président de la République… C’est au chef d’Etat-Major général des armées d’agir dès le premier jour de la désertion de Fagaga et de ses complices en les arrêtant, en les sanctionnant militairement et en rendant compte à ses chefs hiérarchiques, qui sont le ministre de la Défense et le président de la République".

Au lieu de ces mesures frappées au coin du bon sens, le pouvoir, sans doute sensible aux sirènes des flatteries internationales, a préféré politiser l’affaire en nous sortant du chapeau algérien les accords en cause. Lesquels imposent au Mali la "prise en compte du retard de Kidal dans l’élaboration et l’exécution du budget national".

Ce n’est pas tout. Le dernier chapitre des accords (mesures prioritaires) prévoit, dans les trois mois suivant la signature des accords, "l’organisation du Forum de Kidal sur le développement". Menace en filigrane ? Fagaga a en tout cas déjà dit : "Nous sommes entrés en rébellion parce que ATT n’a pas respecté ses engagements". Attention donc, une fois encore.

C’est pourquoi, non aux pactes et aux accords dilatoires qui se suivent tout au long des années. Il convient d’explorer d’autres solutions au problème du nord du Mali. Celui-ci a pratiquement installé dans nos mœurs politiques le recours systématique au mensonge, aux faux – fuyants et, chez les rebelles, une banalisation du recours aux armes, aux assassinats et que sais-je encore.

Amadou N’Fa DIALLO

Sébénikoro 7, Commune IV

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