Sécurité dans le Sahel : Les dynamiques locales à prendre en compte

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conf-regUne rencontre sur la sécurité et la stabilisation dans la région sahélo-saharienne s’est tenue en fin de semaine dernière dans notre capitale. Elle était organisée par l’Institut Clingendael de relations internationales et visait à mettre en lumière les dynamiques locales et régionales actuellement mises en œuvre dans le processus de stabilisation au Sahel.

La rencontre qui a regroupé une trentaine de chercheurs a enregistré différentes communications. L’une des plus importantes aura été sans doute l’exposé de Philippe Prévost, chef du Centre conjoint de l’analyse de l’information à la MINUSMA.

Cet ancien militaire n’a pas employé la langue de bois pour faire partager sa vision de la situation. Pour lui, il n’y aura pas de paix dans le Nord de notre pays sans le désarmement de tous les groupes armés, sans exception. « Il faut d’abord débarrasser la zone des armes en circulation a-t-il dit. L’avenir ne peut s’envisager que dans le désarmement de tous les groupes ». Et de préciser que s’il insiste sur le désarmement des groupes armés, c’est en toute connaissance de cause.

Il a exhibé à ce propos des images aériennes montrant des cargaisons de stupéfiants détruites par une patrouille militaire le 24 décembre 2014. D’autres images montrent à quel point le Nord du Mali est infesté d’armes, de mines et autres explosifs. Les engins explosifs ont du reste déjà coûté la vie à une soixantaine de personnes depuis l’intervention militaire française en janvier 2013. Et à ces victimes, il faut ajouter les soldats onusiens, maliens qui ont trouvé récemment la mort suite à l’explosion d’engins explosifs posés par les terroristes sur les pistes reliant les villes du Nord.

Philippe Prévost a aussi évoqué les attaques à la fois audacieuses et complexes contre les bases militaires de l’ONU à Kidal et de l’armée malienne à Nampala. Le nombre de blessé dans ces attaques terroristes est estimé à 238. Plus récemment, le premier attentat terroriste perpétré à Bamako a coûté la vie à 5 personnes (3 Maliens et 2 Européens) et fait 9 blessés.

Plusieurs animateurs de ce séminaire ont relevé que les options militaires privilégiées jusqu’à présent pour mettre fin aux rebellions successives n’ont qu’imparfaitement permis de sécuriser la région. La solution politique semble donc être la plus viable. La décentralisation poussée est susceptible, d’une part, de renforcer les liens entre le « centre et les périphéries » et d’autre part d’accompagner la présence de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.

Dans ce contexte, les questions de gouvernance locale, de ressources économiques pour les collectivités et de délivrance de biens et de services publics restent centrales. Si la volonté politique représente un élément indispensable de la stabilité, le rôle des autorités locales, mais aussi des forces de défense et de sécurité, dans le processus de stabilisation est tout aussi essentiel.

Les panelistes estiment que si l’importance de l’action publique dans la stabilisation n’est plus à démontrer, un processus qui ne prendrait pas en compte les problématiques de développement local semble de son côté est condamné à échouer.

A. DIARRA

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