SOUTIENS A L’ACCORD D’ALGER – Ces vendus politiques : Quand les bandits politiques tentent de blanchir les bandits armés

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L’accord d’Alger du 4 juillet reste au cœur de la controverse, voire de la polémique : tandis que les séances officielles d’explication du texte s’essoufflent devant l’évidence (le caractère précipité et improvisé du document signé à l’étranger), les soutiens politiques, eux, s’amoncellent à grands renforts d’opportunisme alimentaire. Pour quelle finalité ? Ces concerts de louanges vont-ils dédouaner ATT de sa responsabilité face à l’histoire au sujet de cet accord qualifié par beaucoup d’observateurs de Pacte de la redditionet de la capitulation pour avoir absout les insurgé déserteurs et rebelles des crimes commis contre le Mali et la légalité Républicaine?

L’histoire des «soutiens » politiques est connue dans ce pays et a toujours régenté les épisodes troubles de l’histoire de notre pays, les déclarations et les soutiens opportunistes ayant pignon sur rue dans les mœurs politiques au Mali. Tenez ! Au lendemain du verdict de condamnation à mort, prononcé par le tribunal populaire à l’encontre de  Fily DABO, Hammadoun DICJKO et Kassoum TOURE, une déclaration publique, émanant des instances politiques de l’époque, ne se félicitait-elle pas de la «haute tenue des séances » ? Un clin d’œil pour le tribunal populaire aux ordres du régime de l’époque, lequel venait alors d’inscrire l’une des pages sombres de l’histoire de notre pays, avec à l’assassinat des trois condamnés à mort dans les années 62 dans des conditions ténébreuses et révoltantes pour toute conscience civilisée.

Plus de 40 ans après, ces événements malheureux sont évoqués aujourd’hui encore avec la honte qui sied à une bavure humaine irréparable. Va-t-on continuer, dans notre pays, à perpétuer les vertus du discours politicien creux et opportuniste et subversif, lancé à souhait par prébendiers et des mercenaires de la politique essentiellement mus par leurs seuls intérêts du moment ? La grandeur culturelle du pays ne peut-elle pas rimer avec la noblesse et la dignité du discours politique ?

Mentir à soi

Les événements de 62 avec le tribunal populaire, statuant dans l’affaire de Fily DABO et ses compagnons d’infortunes (n’étant pas des cas isolés), mais qui ont été salués à l’époque par le discours politique trompeur comme des hauts faits de gestion du régime en place, ne ressemblent pas à ce qui s’est passé à Kidal ce mardi 23 mai dernier lorsque les insurgés ont pris des armes pour attaquer des camps militaires avant de disparaître dans la nature. Pour la bonne raison que le président ATT, artisan principal de l’accord dit de paix signé entre le gouvernement et les insurgés mutins, a lui-même reconnu publiquement que les faits perpétrés (l’attaque des garnisons militaires par des éléments de l’armée) sont inadmissibles. Il l’a soutenu dès le début de la crise et il continue de l’avouer même après la signature de l’accord de paix. Un accord qui est aujourd’hui l’objet de toutes les surenchères politiques dans notre pays.

En fait, depuis la publication de ce document, alors qu’ils n’ont ni de près ni de loin été associés en quoi que ce soit dans les négociations avec les insurgés, encore moins dans la conclusion, les partis politiques rivalisent d’ardeur pour se mentir à soi avant détendre ce tissu de mensonges inqualifiables au reste des citoyens, à commencer par leurs propres militants. Si ce n’est pas le mensonge déguisé en mode de positionnement politique (pour quels effets ?), comment un parti politique, démocratique de surcroît, qui n’a pas été associé à une démarche, si cruciale pour la stabilité du pays, comme un accord de paix, de sécurité et du développement d’une région, peut-il se targuer d’un soutien même inaudible pour une telle démarche ? Un mensonge politique qui ne trompe personne, mais qui a servi de refrain à toutes les autres formations politiques qui, comme c’est d’ailleurs le nouveau certificat de renaissance ou de récompense, s’engouffrent dans la brèche des soutiens politiques, décernés au président ATT pour avoir signé l’accord avec les insurgés. Ainsi des contrevérités sont annoncées à longueur de journée dans le dessein de créditer cette décision politique prise par le régime dans un contexte particulièrement trouble dans la vie de la nation où le citoyen lambda a été littéralement assommé par l’improvisation et la précipitation dans lesquelles le document a été signé avec les insurgés.

Responsabilité historique.

Comment peut-on imaginer que le gouvernement puisse déployer tant de moyens pour convaincre les citoyens de la justesse d’une décision qui révèle alors du bon sens, comme tentent de le faire accréditer les concerts de louanges autour de l’accord d’Alger ? Le grand renfort publicitaire, déployé à profusion à cet effet, n’est-il pas en soi un aveu de taille pour le gouvernement ?

De ce fait, on le voit, les soutiens politiques, surtout mal inspirés, comme c’est le cas de plusieurs formations politiques, ne gomment pas la responsabilité historique de la charge. Les acteurs politiques le savent pertinemment. C’est pourquoi ils ne se gênent pas, comme ils sont en train de le faire, de décerner le satisfecit au président ATT en un moment surtout où il a personnellement besoin, pour sa propre sérénité, que tout le monde ne se trompe avec lui sur des défis importants engageant la vie de la nation. La plupart des soutiens, émanant des partis politiques, ne dénoncent même pas les faits perpétrés à Kidal par des insurgés, craignant certainement d’écorcher la susceptibilité d’un homme qui, lui-même, ne se gêne pas du tout d’affirmer à la face du monde que les attaques rebelles sont inadmissibles telles qu’elles sont survenues dans des garnisons militaires. Il les a même qualifiées de lâches : «Janfaa de don », avait-il lâché en Bambara. 

Il ne pouvait pas en être autrement quand on sait que les soutiens politiques, même tactiquement assénés pour des considérations politiciennes, n’effacent pas le crime perpétré par les assaillants. Les crimes perpétrés à Kidal et à Ménaka sont actuels et réels et aucun soutien politique ne peut les gommer. Pourtant, dans l’entendement des laudateurs du régime, qui se manifestent par des communiqués sibyllins, même des semaines après les faits, l’attaque rebelle, telle qu’elle s’est produite à Kidal, est du coup «tolérée » dès qu’il s’agit du président ATT, lequel a opté pour l’option de signer au plus vite cet accord d’Alger. Au-delà des soutiens politiques professés ça et là,  les faits sont avérés comme étant des actes condamnables à tout point de vue. En dehors la justice militaire, c’est le Code pénal malien qui prévoit et punit les faits survenus dans des garnisons militaires à Kidal et à Ménaka.

Pour ceux qui concernent les auteurs de ces actes répréhensibles et leur sort, les déclarations et les soutiens politiques sont muets comme une carpe tandis que le droit positif, lui, est sans appel sur la sanction prévue. Dans ce cas, comment peut-on évoquer avec véhémence un quelconque soutien politique à l’endroit du président ATT pour la signature de cet accord de paix et feindre d’oublier de dénoncer les faits matériels, punissables en tout point de vue, qui ont été perpétrés à Kidal et Ménaka et qui, dans leur brutalité, sont de nature à saper le moral de la troupe et à briser l’honneur de l’armée. Les laudateurs du régime, partis politiques et consorts qui rivalisent d’ardeur dans des déclarations fantaisistes, doivent au préalable avoir une pensée pieuse pour la mémoire de ceux des Maliens (d’anciens intégrés) qui ont laissé leur vie dans ces assauts rebelles sur la ville de Kidal avant d’exprimer quelque soutien que ce soit pour l’Accord. Si les soutiens politiques ne gomment-ils pas les crimes perpétrés à Kidal, quelle sera alors leur portée historique dans un avenir plus ou moins lointain ?

Par Sékouba SAMAKE

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