Tension au nord : autorités intérimaires en sursis ?

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Koulouba : Le Président de la République rencontre les leaders de la CMA et de la Plateforme (samedi, le 27 février 2016)
Koulouba : Le Président de la République rencontre les leaders de la CMA et de la Plateforme (samedi, le 27 février 2016)

La tension monte d’un cran entre groupes armés qui se partagent l’autorité dans la gouvernance de la ville de Kidal. Dans la Cité des Askia, la situation n’est guère rassurante, où des jeunes élèvent la voix contre l’installation des autorités intérimaires. Au-delà des risques d’affrontements, c’est l’installation des autorités intérimaires -annoncée pour bientôt- qui pourrait en pâtir.

La mise en place des autorités intérimaires fait débat et déchaîne encore la colère de certains Maliens, notamment dans les régions du nord. Si on les annonce pour bientôt, des risques pèsent sur leur installation.

À Kidal, où les ex-groupes armés se partagent la gouvernance de la ville, la tension est montée d’un cran entre le Hcua et le Gatia. Tension ayant nécessité une médiation du voisin nigérien, afin d’aplanir les difficultés. Bien qu’on minimise ces incidents, notamment du côté de la Plateforme dont est membre le Gatia, le climat reste tendu.

Ce qui est qualifié d’«incompréhension entre deux communautés majeures» fait craindre un risque d’affrontement. D’où l’initiative d’une réunion à Niamey entre les responsables des groupes armés de la Plateforme et de la CMA, à l’effet de rapprocher les points de vue autour de la gestion de la ville de Kidal qui ferait l’objet d’interprétations différentes.

En somme, à Kidal, l’enjeu demeure la gouvernance de la ville. Une problématique qui doit être prise en charge par les autorités intérimaires où seront représentées toutes les parties signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Autant dire que cette perspective peut paraître lointaine, si les ex-groupes armés se crêpent déjà le chignon à propos de la ville de Kidal.

La protestation cible également l’installation des mêmes autorités intérimaires, à Gao. Même si d’autres revendications ont motivé la marche organisée mardi par des mouvements de résistance civile.

«On a toujours les mêmes revendications depuis 2012. On a toujours crié, mais on n’est jamais entendu. Et cette fois-ci, on est décidé à aller jusqu’au bout, assure Boncana Touré, coordinateur du Mouvement de résistance civile. Nos revendications initiales, c’est la réinsertion socioprofessionnelle des mouvements de résistance civile, c’est-à-dire des jeunes qui ont résisté en pleine crise. Nous disons aussi non aux autorités intérimaires parce qu’ils sont en train de mettre notre région dans les mains des bandits, des gens qui ont violé ici, des gens qui nous ont pillés, des gens qui nous ont tout pris». Et, en raison de la répression de ladite marche, les manifestants réclament maintenant le départ du gouverneur, du chef de la police de Gao et du chef de la garde nationale, qu’ils tiennent pour responsables des morts et blessés de mardi. «Le gouverneur a donné l’ordre de tirer sur de pauvres citoyens qui manifestent à mains nues», assure Boncana Touré, qui s’exprimait au micro de Rfi.

Comme on peut le constater aisément, dans ces deux régions, le processus d’installation des autorités intérimaires (qui devrait commencer ce vendredi) pourrait être freiné par la situation qui prévaut à Kidal comme à Gao. À moins que l’issue de la médiation à Niamey, au Niger, et l’intervention d’une délégation ministérielle à Gao, pour apaiser le climat, permettent de faire baisser la tension dans ces deux régions.

Dioncounda Samaké

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2 COMMENTAIRES

  1. Les autorites interimaires ne sont pas des elus.Par consequent,elles doivent exercer leur dans la plus grande neutralite.Leurs membres ,bien venus de partis adverses,sont tenus de prendre en consideration les interets de la Communaute dans l’exercice de leurs fonctions.A voir certains groupes se battre,on a l’impression qu’ils veulent usurper le pouvoir.C;est au pouvpoir central de faire observer ce principe de gouvernance exercee par une autorite intermaire.

  2. Quid des Autorités Intérimaires !

    “Les Autorités intérimaires sont une éventualité prévue par l’Accord, à envisager dans certains cas quand cela est nécessaire. Il ne s’agit nullement d’objectif ni de dispositions majeures de l’Accord.
    C’est d’ailleurs dans l’Annexe 1 de l’Accord qu’il est fait mention de ces Autorités. Le plus important étant d’aller vers les élections en ce qui concerne les collectivités locales.
    Il convient de garder constamment en tête l’esprit de l’Accord et ce vers quoi nous devons aller pour son application rigoureuse, efficace et durable.
    Le Gouvernement, dans l’application de la disposition relative aux Autorités intérimaires, a cru bon de les étendre à tout le pays, en remplacement des délégations spéciales. Le texte de loi précise des dispositions particulières à prendre en ce qui concerne le Nord, ce qui a été fait par Décret. Au-delà des aspects juridiques, qui font par ailleurs l’objet de discussions au niveau des juridictions, on peut comprendre cette volonté d’uniformisation et le souci de ne pas créer trop de différenciation dans nos textes entre la partie Nord et Sud du Mali.
    La suite des actes posés par le Gouvernement est cependant plus discutable et mérite que nos autorités regardent ce dossier avec une attention renouvelée. Les nombreuses réactions (élus locaux du Nord, organisations de la société civile, …) doivent les y encourager.
    Nous devons faire attention à ne pas créer les conditions de la durabilité et de la permanence de situations qui devraient être exceptionnelles et éventuelles. Plusieurs actes posés méritent d’être réexaminés dans cette optique. La composition des Autorités intérimaires n’a pas été prévue par les Accords. Il est apparemment le fruit de discussions entre les partis signataires. Dans ce cas, il n’est pas compréhensible que le Gouvernement soit mis au même niveau que les groupes armés. Pourquoi ne pas avoir pris en compte les autres légitimités du Nord ? Par exemple les élus actuels, l’Association des Municipalités du Mali (AMM), le Collectif des Ressortissants du Nord du Mali (COREN) ou encore certaines organisations de la société civile…Ensuite, selon les termes d’un Accord subsidiaire qui aurait été conclu entre le Gouvernement et les groupes armés, et qui circule sur internet, les pouvoirs donnés aux Autorités intérimaires sont copiés sur ceux à transférer aux futurs exécutifs territoriaux.
    Cela n’est pas justifiable. Une transition est exceptionnelle, toujours de courte durée et avec un contenu léger. Ces pouvoirs accrus constituent un réel danger auquel il faut prendre garde. Il est probable que des conflits surviennent entre les responsables de ces autorités, intronisés « chefs de l’exécutif local » avec les représentants de l’État. Des tensions peuvent être créées ou entretenues pour maintenir un climat qui ne sera pas propice aux élections. Il faut enfin penser aux frustrations des élus locaux et des citoyens qui ont toujours défendu le Mali indivisible face à ceux qui ont souhaité sa partition, qui continuent toujours à la revendiquer (certains commémoraient encore le 6 avril dernier, jour de la proclamation en 2012 de la prétendue AZAWAD) et qui se trouveront à la tête d’exécutifs locaux et régionaux avec des pouvoirs importants et une capacité de nuisance non négligeable.” M.M.

    Copié sur le forum de Malilink du 14 Juillet 2016.

    Sincèrement

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