TRAFIC D’ARMES DE GUERRE : Qui couvre les rebelles ?

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Les services de renseignement de notre pays viennent de se signaler tristement à l’attention des Maliens par une nouvelle incurie suite à l’affaire du sergent chef de Police, Oumar Ag Ali, un intégré, retrouvé avec des armes de guerre à bord de son véhicule Mercedes 190. Où étaient-ils nos braves barbouzes pendant que ce flic en service à la BAC entrait en possession des engins de mort ? Comment a-t-il traversé le Mali jusqu’à son accident à Kona, 100 km environ après Mopti en direction de Gao, sans éveiller aucun soupçon alors même qu’il n’était ni permissionnaire, ni en congé annuel ? Voilà qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui croient que la SE est plutôt une boîte juteuse qu’un service destiné à préserver la stabilité des Institutions de la République.

Catastrophe, Tsunami, Tchernobyl… les épithètes ne seront jamais assez pour qualifier le nouveau laxisme coupable des services de renseignement de notre pays suite au scandale suscité par la découverte d’une importante cargaison d’armes de guerre sur un agent en tenue. C’est en effet le week-end dernier que sergent-chef de police, Oumar Ag Ali, en service à la Brigade Anti Criminalité (BAC) en partance vers Gao faisait un accident à Kona, une localité située à une centaine de kilomètres de Mopti. Sur le coup, le chauffeur de son véhicule Mercedes 190 trouvait la mort. Le policier qui se trouve être un intégré, blessé, sera pris en charge au niveau de l’hôpital de Mopti.

L’incurie des renseignements

Cette information diffusée en primeur par notre confrère « Les Echos » relance de plus belle le débat sur l’incurie des services de renseignement de notre pays. Et pour cause, la situation en présence de laquelle nous nous trouvons met en cause un homme en uniforme, qui s’est approvisionné en armes de guerre, en munitions et en moyens de communication satellitaire, tout cela à la barbe des barbouzes. Le même agent a réussi à parcourir des centaines de kilomètres sur le territoire national sans être nullement inquiété alors même que le règlement en vigueur au sein des forces de sécurité l’en interdisait parce que simplement n’étant ni en congé annuel, ni en permission. Là également, il y a une faute coupable dont la responsabilité est cette fois-ci partagée d’autant plus qu’un agent en dehors de sa zone d’affection doit indiquer à l’autorité compétente les raisons de sa présence. Ce qui manifestement a été négligé dans le cas présent à tous les niveaux.

L’enseignement à tirer de cette situation, c’est que nous sommes en insécurité criarde du fait de services de renseignement qui foule au pied ses devoirs élémentaires en vue de la stabilité des Institutions de la République. Parce que n’eut été cet accident, Oumar Ag Ali aurait bel et bien livré sa cargaison à qui il est aisé de deviner. Et dire que pendant que des armes de guerre circulent librement sur le territoire national, l’on se perd en conjecture dans la surveillance de simples conférences de presse ou de manifestations commémoratives. En guise d’illustration, il y a cet incident qui s’est produit il y a peu à l’occasion de la célébration dans notre capitale de la Journée mondiale des transports routiers. Ce jour, le ridicule ne tuant pas, à l’issue des différentes interventions, les journalistes présents entraient en contact avec les organisateurs pour disposer des nécessaires à leur travail. Dans le groupe de quatre journalistes dûment invités, s’est introduit un inconnu au bataillon. Sommé par les confrères de décliner l’identité de son organe, il prétendra signer chez le confrère « L’Indépendant ». Mal lui en pris parce que nonobstant l’accroissement exponentiel du nombre de journalistes, jusque dans une certaine mesure, les confrères se connaissent, ne serait-ce que de nom. Voyant alors que l’étau se resserrait autour de lui, il a choisi de jouer la carte de la franchise en présentant une carte professionnelle selon laquelle il était un agent des forces de sécurité. Evidemment pour les initiés, le message était clair : «Je suis de la SE, je suis en mission commandée ». Cette présence nettement inopportune ne peut qu’alimenter un sentiment de révolte. Passe sous silence la mise sur écoute des communications téléphoniques d’acteurs qui ne jouent pourtant pas les premiers rôles sur la scène nationale.

Incapacité d’anticipation

Ce qui est véritablement en cause, c’est le manque de capacité d’anticipation des barbouzes maliennes plutôt préoccupées par le prestige d’appartenir à la SE et l’âpreté au gain. Nous passerons sous silence, le naufrage collectif des services de renseignement à l’occasion de la confrontation entre notre pays et le Togo dans le cadre des éliminatoires de la dernière édition de la CAN de football. Rivons-nous sur ce qui fait d’actualité : le scandale du Sphinx. Comment un document aussi critique sur le régime peut-il être édité, publié dans les colonnes des journaux de la place, au nombre desquels nous avons été les premiers à publier de larges extraits, dans l’ignorance complète des services de renseignement ? La réponse, c’est qu’une nouvelle fois ils ont été pris de court. C’est aussi simple que çà. C’est du reste toute la justification de l’exercice de rattrapage auquel ils se livrent dépuis la publication du livre « ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan » visant à découvrir qui en est l’auteur.

La vérité demeure cependant au-delà du fait de savoir qui est l’auteur ou  qui ne l’est pas. Le débat de fond, c’est pourquoi n’a-t-on pas vu venir ce qui se tramait. Et pour cause : ce qui est attendu des services de renseignement, c’est de fournir des informations en amont pour anticiper sur les événements et mieux diriger le pays. Mais lorsqu’ils doivent être surpris comme le commun des citoyens, comme cela a été le cas avec l’éclatement de la guerre en Côte-d’Ivoire, l’attaque des casernes de Kidal et Ménaka, entre nous, il faut dire que de tels services, paradoxalement budgétivores, n’ont pas leur raison d’être.

Chaque jour qui passe, la SE malienne s’illustre négativement par son dilettantisme qu’elle tente désespérément de noyer dans le dilatoire et l’intimidation. Incapable d’assurer sa véritable mission, elle s’attaque aux menus fretins pendant que tous les gros poisons lui passent sous le nez. Le changement de directeur n’y fait rien. C’est comme si on tombait de Charybde en Scylla. Avant c’était des émeutes et autres ; aujourd’hui, ce sont des armes qui circulent librement et que sais-je. Voilà le vrai visage d’un des principaux piliers du régime d’ATT. Ceci explique-t-il cela, le locataire de Koulouba dirige le pays à l’approximative. Ceci dès lors que gouverner c’est prévoir et prévoir c’est être informé d’avance. Il va sans dire qu’en l’absence de cette information, l’on ne peut que faire du pilotage à vue, laisser s’allumer le feu pour venir ensuite jouer les pompiers.  Dans ces conditions, autant reconnaître qu’il plane un péril sérieux sur le régime ne disposant d’aucune assise solide.

Par Bertin DAKOUO

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