Pourquoi ne pas le dire ? Notre environnement et nous

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Le Mali est un pays que nous disons tous aimer voire chérir. Nous le magnifions à travers tous les superlatifs connus et aimons raconter des passés glorieux vécus ou parvenus à nos oreilles par les conteurs au fil des siècles. Que faisons-nous aujourd’hui de cette fierté et de cet orgueil dont nous nous targuons être les dépositaires et légataires légitimes ?



A mon humble avis, peu de choses nous restent au fond de ce Malien que nous prétendons incarner.  Aussi, cette rubrique pourra servir de forum d’échange d’idées et de propositions pour nous aider à améliorer le vécu au quotidien et surtout l’avenir de ce pays auquel à mon avis, nous ne pensons pas assez. Ce n’est pas une attaque contre qui ce soit, mais je nous interpelle tous quel que soit le statut que nous avons, car nous devons tous oeuvrer pour le développement du Mali que nous allons certainement léguer à nos enfants.

Aidons-nous à faire ce pays d’aujourd’hui et de toujours. Ce qui est sûr et certain, personne d’autre ne le fera à notre place.

 

J’aimerai cette fois porter à votre attention l’état de notre environnement et particulièrement celui de nos villes et campagnes. Je n’ai aucune prétention de me substituer aux spécialistes de l’environnement que j’honore ici d’ailleurs. Je voudrais simplement vous faire part d’un constat que je veux partager avec vous.



Je vous assure qu’à chaque retour d’un voyage à l’extérieur, je me sens un peu frustré par ce que je vois et constate comme comportement de mes concitoyens, de l’état de conservatisme maintenu depuis les temps coloniaux de l’urbanisation « indigène » de nos villes. Prenant l’exemple de Bamako, l’urbanisation, même récente avec la création de nouveaux quartiers, ressemble à s’y méprendre aux lotissements d’avant la loi-cadre. Bamako, jadis la «coquette» est devenue aujourd’hui une grosse bourgade ressemblant à un village maquillé. Les rues- ou plutôt ruelles de 10 à 15 m- laissent peu d’espace pour une amélioration du cadre de vie.



Je ne suis point un « complexé », mais plutôt jaloux des autres qui font nettement mieux que nous. Les concepts d’urbanisation et d’environnement sont, toute proportion gardée, les mêmes de par le monde. Nos concepteurs, pour la plupart, ont fréquenté de grandes écoles ici et ailleurs. Et on ne me contredira pas quand je soutiens qu’ils sortent souvent majors de leur promotion. Les réalités du Mali peuvent différer de celles d’autres pays dans l’approche et la réalisation de nos projets, mais la finalité devrait toujours aboutir au bien-être des populations.



Le bien-être implique, je pense, un environnement psychologique, social et sanitaire satisfaisant. Mais à regarder de près, ce que nous faisons ici, risque de nous conduire dans l’avenir aux mêmes problèmes que vivent certains pays soi-disant plus développés. Nous devrions apprendre des erreurs d’autres pour ne pas tomber dans leur impasse. Par rapport aux années antérieures, l’amélioration ou le changement de nos villes pourraient se situer au niveau des types de construction et des matériaux. Pour ma part, les quartiers prototypes de cité témoignent de la légèreté de vision d’avenir d’une ville, à fortiori d’une capitale, de par l’exiguïté des rues où, en certains endroits, la rencontre de deux véhicules demande des prouesses de conduite aux chauffeurs. Je l’affirme, et c’est une critique que je fais en toute responsabilité. Nous cherchons des solutions à des problèmes en l’occurrence pour permettre à tous d’avoir un toit, ce qui  est louable, mais nous créons par la même occasion des situations difficiles que nos enfants pourront peut-être difficilement gérer dans l’avenir. Le Mali ne manque pas d’espace avec une superficie d’environ 1 204 000 km2. Le terrain est relativement plat de Kayes à Kidal, même avec quelques collines qui font la joie de certains nantis pour y bâtir leurs maisons.



A voir nos rues, quel genre d’amélioration environnementale peut-on y apporter ? L’insalubrité, dont on parle souvent, résulte entre autres du fait qu’il n’y a pas d’exutoire pour les eaux usées de toute nature. Y a-t-il suffisamment de place pour qu’un jour, on ne sait jamais, nos enfants puissent apporter une amélioration de leur cadre de vie ?



Ici, je félicite sincèrement la mairie de la commune et les populations de Ségou qui peuvent être fières de l’urbanisation de leur ville. Je salue leur clairvoyance dans l’installation de nouveaux quartiers avec des rues larges qui pourraient être à plusieurs voies.

Les maires de commune ou de quartier ne sont pas forcément des spécialistes dans tous les domaines de leur ressort. Mais leurs équipes techniques devront souvent réfléchir au « pourquoi », « comment » et « après » d’une action. La terre, une fois occupée ne se dilate pas comme on veut à moins d’y mettre de grands moyens. Je sais que, pour la  plupart du temps, nous optons pour les solutions simples mais qui seront onéreuses ou des fois suicidaires après.



Que d’espaces verts détruits ! Que de plantations d’arbres balayées pour les remplacer par des espaces de bétons et de ruelles où l’air est insalubre, irrespirable et stressant ! L’air ne circule pas et en saison chaude, on étouffe dans nos maisons de quelques mètres carrés. Bien sûr, nous plantons des arbustes dans les rues pour embellir nos maisons et permettre aux passants de rafraîchir quelque peu la tête et aux membres de la famille d’y prendre un peu d’air. L’atmosphère est quelque fois invivable à l’intérieur des concessions. Tout le monde ne peut s’offrir le luxe de placer quelque part un climatiseur. Ces arbustes ou parterres grignotent aussi la largeur de la rue qui, au bout du compte, ne permettra que le passage de piétons et cyclistes.

Quand  pourra-t-on efficacement lutter contre ces maladies dont nous sommes en train de cultiver les germes dans nos rues et maisons ?

Je ne dis pas de mettre des bitumes, des dalles ou des pavés et nous n’en avons sûrement pas les moyens, mais de grâce, augmenter les dimensions des rues est faisable à moins de vouloir bloquer toutes les issues par des habitations.



J’attire l’attention de nous tous aussi sur l’installation des marchés à bétail provisoires mais à durée indéterminée dans les espaces qui ne sont pas adéquats pour cette activité. Il est grand temps de songer à déterminer un endroit dégagé et aménageable pour le marché d’animaux dont les retombées  économiques ne sont plus à démontrer. Il est incroyable que ce pays d’élevage par excellence ne puisse entrevoir l’amélioration des conditions de commercialisation des ruminants dans les cités comme ont été aménagés par ailleurs des marchés de poulets. Je suis convaincu que les marchands de bétail et les producteurs pourraient bien aménager leurs parcs de vente si les mairies voulaient bien leur montrer un terrain bien adapté avec l’encadrement et l’appui financier nécessaires des différents départements de l’Etat. Ils pourront ainsi éviter des dégâts matériels et mêmes humains dus à la précarité des zones occupées. L’incendie du « garbal » de Faladiè d’il y a deux mois environ n’a pas laissé les riverains indifférents de par l’ampleur des dégâts.   Comme le veut la tradition, je dis «plaise à ceux qui veulent comprendre et mes excuses à ceux que cela dérange !».

Le Mali nous appartient à tous et c’est à nous de le construire.


Oui, il faut bien le dire !!



Dr Béchir  HAIDARA

Un citoyen comme vous autres

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