La crise au Mali : La diaspora malienne en France s’exprime…

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Les Maliens de l’extérieur sont des acteurs du développement de notre pays. Les motivations à émigrer touchent enfin à la pression sociale. Les populations des villages de la région de Kayes sont faiblement alphabétisées et les infrastructures scolaires déficientes.

Au temps du Général Moussa Traoré, l’État malien s’est largement désengagé des problèmes liés à la scolarité.

Alors, émigrer était la meilleure manière, pour les jeunes de la région, pour faire la promotion sociale de leurs villages. A la naissance d’un garçon dans la famille, le souhait encore aujourd’hui est que ce dernier parte en France. Ces immigrés maliens sont la plupart  originaires de la région de Kayes. Ils  sont sources de revenus pour l’économie malienne, précisément dans leurs villages. Ils s’intéresseront davantage au développement durable de leur pays et s’engageront dans une dynamique de projets. Les fonds transférés par leurs soins de la France vers le Mali sont importants par rapport au budget national du pays. Tenant compte de leur application dans le développement du pays, le journal « Le Combat »  s’est rendu dans un de leurs habitats, dans la région parisienne qu’on nomme foyer ADEF. Arrivée sur place vers 19 heures, on se croirait au Mali. Dans une grande cour, nous voyons des groupes de personnes qui échangeaient entre eux en langues bamanan et soninké.

Des immeubles de plus de quatre étages se dressent dans la cour. On y trouve des chambres individuelles car il faut savoir que ce lieu n’est réservé qu’aux célibataires hommes. Dans les bâtiments,  ils ont des restaurants qui ne font que la bouffe malienne. Du « tô » au « bassi », tout y est. Et les transferts d’argent vers le Mali se font aussi dans des chambres. Une  façon de dire qu’ils ont leurs banques avec eux dans leurs chambres.

Touré Boukary, Délégué du foyer ADF à Paris :

Bissimillah, nous sommes ravis de voir un journaliste de notre pays, le Mali, venir vers nous pour que nous puissions nous exprimer sur la crise qui prévaut dans notre pays. Notre inquiétude est de savoir comment le Mali pourra récupérer son territoire occupé par « les méchantes personnes ».  Voilà comment ils appellent les islamistes au Nord. Et seulement après, nous pourrons nous mettre autour de la table pour dialoguer pour parler de nos défaillances, de ce qui n’a pas marché et d’y remédier. Ainsi, nous participerons tous ensemble à un avenir serein pour notre pays. Mais la priorité des priorités est la récupération de notre territoire, c’est primordial. Ces « méchantes personnes » terrorisent nos frères et sœurs du Nord et cela fait que nous les Maliens de l’extérieur n’avons plus le sommeil. En ce qui concerne l’intervention militaire souhaitée, nous sommes vraiment réjouis de la nouvelle. Mais nous voulons du concret, pas des paroles en l’air. Que cette intervention se fasse vite. Nous, les Maliens résidents en France, nous sommes contents de la réaction du Président François Hollande. Ses paroles nous réchauffent le cœur. Nous espérons qu’il tiendra parole. Car si un  grand homme donne sa parole, il doit la respecter. Nous voulons des actes. De l’Europe aux USA, jusqu’en Afrique, nous ne voulons que d’une seule chose : être soutenu pour reprendre le Nord. « Ces méchantes personnes» disent vouloir des pourparlers. Est-ce qu’on peut leur faire confiance ?

Quand ces gens-là nous parlent de l’Islam, je ne sais pas de quel Islam il s’agit car chez nous au Mali, nous avons déjà l’Islam, nous avons nos charias (nos lois). Nous, les musulmans du Mali, nous prions, nous faisons le jeûne. Est-ce que c’est avec des armes qu’on peut  forcer une personne à pratiquer l’Islam ? J’en doute fort. Même au temps du Prophète, on passait toujours par le dialogue et la sensibilisation pour convaincre les gens à adhérer à l’Islam. En tout cas, nous les Maliens qui sont en France, nous ne savons pas comment on peut discuter avec ces gens-là. Mais bon, s’ils veulent qu’on s’entende, qu’ils laissent les armes, laissent la « charia » et se disent que le Mali est pour nous tous. C’est ainsi que nous pourrons avoir le bonheur pour le peuple. La « charia », nous n’en voulons pas, le séparatisme non plus. Dans tous les cas, nous conseillons à nos frères égarés, qu’ils soient d’Ançardine, du MNLA ou du MUJAO, peu importe, qu’ils déposent les armes. Nous connaissons les textes du Coran et nous savons que ce qu’ils font est mal. Qu’ils laissent notre gouvernement pratiquer sa « loi », ce n’est pas à eux de nous dicter quoi que ce soit. S’ils parlent de l’Islam, nous avons le nôtre, s’ils parlent de charia, nous avons notre charia.

Mahamadou Konté, conducteur d’engins à Paris :

Nous sommes ravis de votre présence. Ce qui est de la crise au Mali, qu’il s’agisse des fils du Mali qui sont à l’extérieur ou à l’intérieur du pays, à mon avis, nous avons tous la même inquiétude : c’est la libération du Nord du Mali. La situation actuelle dans laquelle le Mali se trouve est grave. Nous ne sommes pas sur place pour le vivre, mais nous avons eu écho de cela. En tant que Malien, mon pays restera un et indivisible. Nous sommes en France, mais nos pensées vont vers nos frères du Nord. Nous avons les mêmes soucis. Ces gens-là disent venir nous apprendre l’Islam. Mais de quel Islam  parlent-ils ? Dans ce monde, je ne vois personne venir nous enseigner le Coran. Dans notre histoire, nous sommes parmi les pays les plus pratiquants dans le domaine de l’Islam. La vraie raison n’est autre que de venir nous faire du mal. Or dans l’Islam, on ne fait pas du mal à son prochain. Donc, comme mes compatriotes viennent de le dire, instaurer la « charia » par la force est révolue. À cet effet, quelqu’un qui vient imposer l’Islam par les armes n’est plus un musulman, mais on le nomme tout simplement  parmi les « mauvaises personnes ». Concernant le dialogue, s’ils veulent qu’on en parle, il n’y a aucun problème. Mais il n’y aura aucune condition sinon le bon vouloir du peuple malien tout entier. Néanmoins, dialoguer vaut mieux que de se battre car la guerre n’est jamais une bonne chose en soi. Après tout conflit, il n’y a que des regrets, de quelque manière que ce soit. Et de surcroît, quand il faut prendre des armes pour se battre, là c’est le désastre. Mais depuis le début, s’ils avaient accepté des pourparlers, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Cela dit, nous voulons toujours le dialogue, mais sans conditions. Actuellement, notre souhait est que notre pays soit libéré. Nous faisons confiance à nos gouvernants car loin du pays, nous ne pouvons pas savoir tout ce qui se trame là-bas. Nos parents du Nord souffrent beaucoup. Nous remercions le journal « Le Combat » pour avoir fait le déplacement jusqu’à nous dans nos foyers d’habitation.

Niakaté Djadjé (né en 1956), commerçant dans l’enceinte du foyer ADF :

Faire une interview sur la crise malienne est une première pour moi. Un proverbe soninké dit : « La chèvre ne mord pas, mais poussée à bout, elle en est capable ». Ce coup d’Etat du 22 mars n’est pas le souhait d’un Malien, mais si vous voyez qu’on en est arrivé à ce point, ce que la chèvre était à bout. Nous avons vu sur Internet nos militaires égorgés au Nord par les rebelles. Ce sont nos frères, ce sont les fils du Mali et cela nous a fait vraiment très mal. Le problème des touaregs ne date pas d’aujourd’hui. De l’indépendance à nos jours, nous avons toujours été confrontés à cette rébellion. Mais c’est la première fois dans l’histoire du Mali que ces gens gagnent du terrain jusqu’à occuper une partie du territoire malien. Nos responsables du moment ont négligé notre armée nationale, c’est pour cette raison que nous sommes arrivés à cette situation déplorable. Cela dit, nous les Maliens, nous avons tous mal, très mal. Je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Tous ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Donc, à cause de l’imprudence du Président ATT, nous nous retrouvons dans des conditions qui ne plaisent à aucun Malien. Nous ne voulons pas voir notre pays dans l’état où il se trouve aujourd’hui. Là où on est actuellement, il n’y a d’autre choix que de foncer et dire que « ça passe ou ça casse » car nos parents du Nord souffrent déjà beaucoup. En ce qui concerne les négociations, nous n’en voulons pas. Nous avons été les premiers à demander des pourparlers, ils ne l’ont pas voulu, maintenant, à notre tour de dire non. Ceux qui doivent mourir mourront pour la cause, et qu’on en finisse une fois pour toutes. Ce n’est pas la première, ni la deuxième, ni la troisième fois qu’ils se rebellent, et à chaque fois, ils revendiquent un Etat « AZAWAD » ou n’importe quoi ! J’espère qu’ils liront ce que je vais leur dire. Ils ne sont pas les seuls à avoir un territoire au Mali. Il y a Djafoulou, Tingua, Kagnagua, Kaarta et bien d’autres. Est-ce que parmi les originaires de ces terres, tous nous voulons prendre notre indépendance, cela est-il raisonnable ? Que ce soit l’Azawad ou tout ce que je viens de citer les noms, tous font partie du Mali un et indivisible. Diviser le Mali en deux est-il possible ? Non, sinon il n’y aura plus la République du Mali.

Dieu adore le Mali, c’est pour cette raison que les personnes qui les soutenaient n’ont pas gagnées aux élections. Si Sarkozy était resté au pouvoir, le Mali aurait été divisé en deux. Mais Dieu merci, le Mali a été sauvé. Par contre, François Hollande a défendu le Mali jusqu’à l’ONU. Je pense que le Mali est un pays béni. Quant à la « charia », ce ne sont que « des impolis ». S’ils veulent instaurer cette loi, qu’ils aillent le faire d’où ils viennent. Ils n’ont qu’à aller en Algérie, en Tunisie, en Libye. Pourquoi ne viennent-ils pas en France s’ils pensent être si forts ? Malheureusement, ils savent que notre armée n’a pas d’armes sauf celles qui sont restées sont dans leurs mains suite à la fuite de nos soldats. On est conscient que dans toute guerre, il y aura des morts. Mais si nous ne faisons pas la guerre, ces gens ne quitteront jamais le Nord. Il faut se battre pour les bouter hors du territoire. Ceux qui ne sont pas pour la guerre sont probablement pour la partition du Mali. Maintenant qu’ils savent qu’on a les grandes puissances comme la France derrière nous, ils se lèvent pour se rendre en Alger, au Burkina Faso pour négocier. Pas question. Le Mali ne sera pas partagé. Ceux qui doivent mourir mourront, ceux qui doivent vivre  vivront. Nous sommes prêts à aller au front si besoin est afin de prêter main forte à notre armée. Nous souhaitons de tout cœur que le Mali sorte vainqueur de cette guerre. Que Dieu unifie notre pays. Je demande aux nordistes de s’éloigner de cette région avant le début de la guerre. Ceux qui n’ont pas les moyens peuvent se rendre au Sud en  « arriver payer », ensuite l’État payera les frais de transport. J’ai connu à l’époque un militaire nommé Togola. Mais cela fait des années que je l’ai perdu de vue. Tjéfolo Togola est-il toujours en vie ? Je me le demande souvent. Je vous raconte une anecdote : « Des brigands arabes avaient pris d’assaut une ville  dans la région de Kayes. C’est lui seul qui n’a pas pris peur, il est parti à leur rencontre tandis que les autres (ses compagnons) ont préféré passer la nuit à Kayes. C’était à l’époque du gouverneur Koïta à Kayes. J’aimerais bien savoir ce que ce brave soldat est devenu. Si seulement notre armée avait  quelques soldats qui ont la même bravoure que lui, la reconquête du Mali n’en serait que plus aisée.

Samba Sougouna : 

Je viens de Sambagua, dans la région de Kayes. Je suis arrivé en France depuis 1974. Je travaille dans un centre de nettoyage de la défense à Paris. Nous, les Maliens de l’extérieur, notre souhait est que quel que soit le problème, qu’on arrive de partout pour nous débarrasser de ce mal qui est en train de détruire notre pays. Nous prions Dieu et nous espérons qu’il exaucera nos vœux. En ce jour, nous serons débarrassés de ces indésirables. Nous sommes vraiment à bout. À Paris, nous vivons avec d’autres communautés. Nous nous sentons humiliés à chaque fois qu’on parle du comportement de nos autorités. Nous avons l’impression qu’il n’y a plus d’hommes courageux au Mali. Nous avons une armée et nous ne savons pas ce que nos autorités attendent pour laver l’affront. Chaque jour, les nouvelles qui viennent  à nous  nous démoralisent à tel point que nous en avons l’appétit coupé. Tous les jours, nous sommes dans les mosquées pour prier pour la paix au Mali. À chaque prière, l’imam nous demande à tous, toutes communautés confondues, de faire des bénédictions pour notre pays. Voilà ce que j’ai à dire sur la crise malienne.

Monsieur Koné :

La crise malienne est tout d’abord celle de Bamako en premier lieu. Les partis politiques n’ont pas pu s’entendre. Or s’il n’y a pas d’unité de points de vue, tout sera voué à l’échec. Quand les personnes qui doivent veiller sur nous, n’accordent pas leurs violons ensemble, ma foi, je me dis que nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Et moi, en tant que Malien, ce qui me préoccupe beaucoup, ce sont nos autorités, y compris l’armée. En nous donnant la main, nous sortirons grandis de cette épreuve. Nous devrons tous engager notre sens du patriotisme pour l’instant et laisser nos querelles d’intérêts de côté. Mais le constat est tel que nous déplorons le comportement de notre armée. Au lieu de s’engager à fond pour bouter les islamistes hors du territoire, ils sont là à faire la politique en oubliant carrément leur rôle de soldat. C’est vraiment dommage pour le Mali. En observant cette attitude qui n’est pas digne d’un soldat. Nous disons que notre pays est foutu. L’intervention militaire de la CEDEAO est nécessaire. Vu l’attitude et la capacité de nos militaires, nous ne pourrons sortir de cette impasse sans l’aide extérieure. Les Maliens doivent comprendre que la CEDEAO n’est autre qu’une grande famille dont le Mali fait partie. Donc, si nous avons besoin de leurs aides, nécessairement, ils se précipiteront  à notre chevet. Nous ne devrons pas voir cela comme une humiliation. Nous ne sommes pas des mendiants qui demandons l’aumône, mais par contre, nous sommes dans nos droits et nos partenaires sont là pour cela. Aujourd’hui, toute aide est la bienvenue pour nous faire sortir de cette crise. Les touaregs qui demandent des négociations sont très rusés, donc  nous devrons être vigilants. Depuis combien de temps le Mali demande à ces gens un dialogue sans réponse ? Je pense qu’il y a anguille sous roche. A ce stade où nous sommes arrivés, la guerre est inévitable. Sinon, s’ils veulent la paix, c’est tellement simple : il suffit qu’ils libèrent le Nord et que le Mali soit pour tous. Parler d’Azawad n’est que farfelu car pour nous les Maliens, Gao, Kidal, Tombouctou et tout le reste font partie du Mali. Nous voulons que notre pays revienne comme avant. Non au partage ! Nous ne serons jamais pour cela. Ces rebelles ont négocié avec tous les Présidents du Mali, mais rien n’a changé. Ils reviennent toujours à la charge en demandant plus. Dialoguer est une bonne chose, mais s’il faut le faire, que ce soit une fois pour toutes et sur de bonnes bases.

Sadio  Bathily

 
SOURCE:  du   22 déc 2012.    

Une Réaction à » La crise au Mali : La diaspora malienne en France s’exprime…

  1. fatiim

    Bonne analyse des choses mes pères maliens ! Si tous les maliens étaient comme vous le problème serait réglé depuis de belles lurettes. On a tous ce sentiment d´humiliation et ce mal qui nous ronge depuis plusieurs mois. Que Dieu bénisse le Mali et qu´il fasse que la paix règne dans notre grand pays.