Entretien avec Boncana Maïga, le Maestro de la musique malienne :  » Je me battrai pour que vive à jamais le groupe Africando… »

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Homme de culture attitré, artiste musicien, arrangeur, promoteur culturel, promoteur de spectacle, le Maestro Boncana Maïga n’est plus à présenter dans le monde de la culture malienne, voire africaine et mêmemondiale. Il est le concepteur, réalisateur et présentateur de Star parade, seule émission musicale typiquement africaine sur TV5 Monde, c’est également lui le concepteur du label Tounkagouna, une émission de téléréalité qui donne la chance aux jeunes artistes et musiciens maliens de se faire une place au soleil dans leur milieu. En cette période bénie du mois de ramadan, nous l’avons rencontré, afin de nous enquérir de l’état des lieux du monde culturel malien et, bien évidemment, parler de ses projets avec le groupe Africando.

 

Le maestro Boncana Maiga

Le maestro Boncana Maiga

L’Indépendant Week-end : En tant qu’homme de culture, comment vivez-vous cette période morte ?

Cette période pour moi est au 2ème degré, parce que la vraie période morte était celle de l’après coup d’Etat. Pour celui qui a vécu dans ce pays six mois après ces événements, je crois que le mois béni de ramadan peut être considéré comme une période de repos. C’est vrai que c’est une période morte, il n’y a ni note de musique, ni note de guitare, pas de spectacle, bref les activités tant musicales qu’artistiques sont arrêtées. Mais on tient, on se confie à Dieu et il faut aussi consacrer un temps à cela.

 

L’émission musicale Star parade qui passe sur TV5 Monde tous les dimanches à partir de 9heures, est enregistrée dans votre studio, Maestro Sound. Comment faites-vous pour être aussi professionnel ?

Je retiens une chose, quand je revenais en Afrique, le directeur du programme Afrique de TV5 monde m’a dit,  » fais en sorte que les Toubabs ne disent pas que ce n’est pas professionnel parce que c’est tourné en Afrique, et on peut laisser passer « . Moi, je dis « c’est fait en Afrique et c’est aussi valable que les émissions tournées en Europe. Ou c’est la qualité professionnelle ou pas. Pour y arriver, j’ai dû investir pour que le studio soit professionnel et le résultat est là. Vous avez raison, peu sont ceux qui savent que Star Parade est tournée au Mali, à Bamako, dans le studio Maestro Sound. Je profite donc pour lancer un appel à nos dirigeants, leur dire qu’en Afrique il y a des professionnels qui peuvent faire du bon travail avec les moyens du bord. Je remercie également TV5, car lorsque je rentrais, les responsables de cette chaine ont promis de m’accompagner et c’est ce qui se passe. C’est une marque de confiance. Il faut aussi rappeler que ça fait de la main-d’œuvre aussi au Mali, car j’emploie une dizaine de jeunes.

 

Pour l’émission de ce dimanche, la Salsa sera à l’honneur. Que promettez-vous aux téléspectateurs?

Une émission spéciale Salsa, contenant tous les ingrédients, pour leur faire revivre le bon vieux temps. C’est la période des vacances et cette émission coïncide également avec la fin du mois de ramadan. Du coup, un programme très alléchant sera proposé aux téléspectateurs de TV5 monde dès ce dimanche à 9heures, la rediffusion sera faite le lundi à 20 heures, mardi à 7h 30, mercredi 15heures et jeudi à 4heures du matin. Vous convenez avec moi que les amoureux de la salsa sont tous simplement bien servis.

 

Quels sont les artistes invités?

Les téléspectateurs suivront une émission vraiment spéciale, avec un des membres du groupe Africando. Les mélomanes découvriront également le titre  » Madame K  » de l’artiste Kamaldine, il y’a les artistes: Idrissa Diop, Afia Mala, le groupe Africando, pour ne citer que ceux-là.

 

Effectivement, les amoureux de la salsa sont très bien servis, avec aussi le grand retour du groupe mythique Africando, après sept ans d’absence. Vous êtes l’arrangeur de ce nouvel album. Que peut-on retenir de ce grand retour ?

 » Viva Africando  » est le titre phare de cet album, qui a été enregistré depuis mars. Le disque est sorti aux Etats-Unis et en Europe, mais la grande sortie officielle est prévue pour ce dimanche 27 juillet à Paris. Après 7 ans d’absence, Africando est de retour, pour une fois de plus, réunir l’Afrique et sa diaspora autour d’un bijou de sons afro-cubains. L’album a été enregistré entre Dakar, Bamako, Paris avec des musiciens américains que nous avons fait déplacer à Paris.

 

Combien de titres compte cet album et qu’est-ce qui fait sa particularité ?

Cet album compte 13 titres. Et la particularité est que Viva Africando parvient à réunir l’Afrique, sa diaspora et une partie de l’Amérique. Il est chanté en wolof, lingali et espagnol. Il rend également hommage à l’immense guitariste Carlos Santana avec le morceau « Noche con Santana « . Et à Gnonnas Pedro dans l’émouvant « Es para ti Gnonnas « .

Quel est l’état du groupe aujourd’hui après la disparition des deux ténors, Gnonnas Pédro et Ibrahima Sylla ? Est-ce que la relève est assurée ?

Effectivement, la disparition de Sylla et Pedro nous a laissé sans mot, néanmoins le producteur Sylla, a été visionnaire et avant son décès il a proposé le titre  » Viva Africando  » et nous avons maintenu ce titre pour sa mémoire. En ce qui concerne la disparition de Gnonnas Pedro, pour combler le vide, nous avons fait appel à un autre artiste béninois. Sinon le groupe reste intact avec tous les ténors.

Parlant de la relève, bien sur qu’elle est assurée, par Lokombe Nkalulu des Grands maquisards (RDC), René Cabral – Cabo verde (Cap-Vert), James Gadiaga du Royal Band de Thiès (Sénégal), Ray de la Paz et le Spanish Harlem Orchestra sous la direction d’Oscar Hernandez (USA).

Quels sont vos projets ?

Je veux rendre hommage aux disparus de Africando et à l’un des bâtisseurs, Boncana Maiga, en les invitant au Mali pour un concert géant, ça sera pour la toute première fois. Mon souhait étant que Africando vive davantage, bien que le financier ait disparu, néanmoins le cuisinier qui est moi, reste et je me battrai pour que vive ce groupe qui est une fierté africaine.

 

Où peut-on se procurer des CD d’Africando au Mali ?

C’est une question qui me touche, car les pirates font que nous ne voulons même pas prendre le risque de l’amener en Afrique. Nous préférons vendre sur internet cet album. Tant que les autorités politiques ne nous facilitent pas la tâche, nous ne pourrons rien contre ce fléau qui mine notre société.

A ce sujet, je pense que les autorités ont déjà fait un grand pas vers la solution d’autant plus que le conseil des ministres a adopté le projet de décret portant modalités de la perception et de la répartition des redevances de droit d’auteur et des droits voisins ?

Je ne vous crois pas, tant qu’il n’y a pas une loi qui interdit purement et simplement la vente des disques, CD, DVD non autorisés, ça ne sera que du folklore.

 

Que devient Tounkagouna, qui s’était arrêtée après la crise socio politique ?

Nous comptons revenir en septembre, car il nous faut trouver des sponsors. Pour le moment, nous avons un sponsor officiel, qui est CFI qui achète ces émissions. C’est bien d’avoir des sponsors en France, mais c’est encore mieux d’en avoir au pays. Nous reviendrons avec une nouvelle formule, car maintenant nous sommes mieux équipés. Avec la lumière et la sonorisation, nous avons tout ce qu’il faut pour mettre une nouvelle touche à cette émission et nous reviendrons d’ici septembre si tout se passe bien.

 

Que deviennent les deux vainqueurs des deux premières éditions ?

Le premier vainqueur, nous avons produit son CD et nous lui avons cédé tous les droits. Je sais ce que la production m’a couté, mais je ne cherche pas à récupérer cet argent, j’en fais cadeau. Le second, nous ne sommes pas prêts, d’autant plus que la crise que nous avons vécue  s’y est mêlée.

Au-delà de tout ça, vous devez plutôt être fier, car les deux premiers vainqueurs forment un couple aujourd’hui.

 

Effectivement, les deux vainqueurs forment un couple et Dieu les a bénis d’ailleurs avec une petite fille. Je suis particulièrement heureux.

Vous le disiez tantôt que vous avez du matériel de sonorisation dernier cri et pourtant cela n’empêche pas certains promoteurs culturels maliens d’aller louer le matériel dans les pays voisins…

Pour le moment, ils ont les yeux fermés et peut-être un jour ils les ouvriront. Aujourd’hui, dans la sous-région, je compte parmi les meilleurs qui ont du matériel pouvant avec la lumière et la sono, contenir 70 000 personnes dans un stade et faire face à tous les festivals, tant au Mali, que dans la sous-région.

Un mot de la fin ?

Je suis en train de préparer de très grands évènements au Mali. Maintenant que nous avons plus de 80% du nécessaire pour organiser n’importe quel genre de spectacle, nous sommes convaincus que culturellement parlant, nous donnerons du plaisir aux Maliens.

                              

Clarisse NJKAM

 cnjikam2007@yahoo.fr

 

 
SOURCE:  du   25 juil 2014.    

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