Fête de la musique au mali : Tiken Jah Fakoly dédicace son «Dernier Appel» pour l’Afrique

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Tiken Jah Fakoly dédicace son «Dernier Appel» pour l’Afrique
Tiken Jah Fakoly

La star internationale du reggae, Moussa Doumbia alias Tiken Jah Fakoly, a profité de la «Fête de la Musique» (21 juin) pour présenter au public africain son dernier album, «Dernier appel». C’était dans la nuit de samedi à dimanche (21-22 juin 2014) à son «Club Radio Libre» de la capitale malienne. La première partie du spectacle a été superbement assurée par des jeunes talents qui se produisent toutes les semaines au Club, à Niamakoro Cité Unicef.

Pendant près de 3 heures (23h30-2h du matin) de spectacle, Tiken et les jeunes talents du Club ont tenu en haleine le public dans une salle ultramoderne de 500 places dédiée au «Live». Avant et après la vedette de la soirée, les jeunes Alou Sangaré, Ben Zabo, Aliya Coulibaly et M’bouille Koité ont amené le public à excursion rythmique et mélodieuse à travers les régions du pays, notamment Sikasso, Ségou, Mopti et Kayes. C’est aux environs de 1h 20 que la star est montée sur scène dans une salle en délire. Il a interprété en playback 5 titres (au lieu de 3 comme il le prévoyait en arrivant sur scène), dont une reprise de sa célèbre chanson romantique et de fidélité en amour, «Tata», chantée avec le public du début à la fin. Tata (album Cours d’histoire) ! Un morceau émouvant, une merveille acoustique dans la pure tradition mandingue et dans laquelle Tiken Jah se dévoile, permet une incursion dans sa vie privée, dans son univers sentimental. Tata fut sa financée et la mère de sa première fille qui doit avoir aujourd’hui 28 ans. La fille ne jurait que par le jeune talent qui, hélas, n’avait pas les moyens de l’épouser dans l’immédiat. Après dix dans d’attente, elle a finalement cédé à la pression parentale pour épouser un autre homme. Deux ans plus tard, Tiken Jah apprit son décès. Il lui a donc dédié ce titre pour implorer son pardon pour la souffrance endurée. Au cours de la soirée-dédicace, les fans n’ont pas manqué de souhaiter également joyeux anniversaire à leur star adulée qui fêtait ses 46 ans le lundi 23 juin 2014. Le célèbre reggaeman a en effet vu le jour un 23 juin 1968 à Odienné, en Côte d’Ivoire.

Fidèle à son engagement panafricain

«Dernier Appel», «Dakôrô», «Quand l’Afrique va se réveiller», «Pauvre et Riche»… ! Des titres engagés qui n’ont pas laissé le public indifférent venu célébrer la Fête de la musique au «Club Radio Libre». Sur cet album de 16 titres, dont la sortie mondiale a eu lieu le 2 juin dernier, Tiken Jah Fakoly n’a pas dérogé à l’engagement panafricaniste qui l’a toujours caractérisé. «C’est un message d’espoir, un appel à l’union sacrée et à l’unité sans laquelle rien n’est possible», nous explique-t-il par rapport au titre de l’album, «Dernier Appel». C’est aussi «un appel à l’entente entre les communautés d’un même pays pour leur permettre de se consacrer à l’essentiel, pour rester vigilants afin d’empêcher qu’un petit groupe ne continue de vider les caisses de l’Etat et à piller les richesses du pays», ajoute le reggaeman, l’un des plus célèbres au monde. Tiken Jah souligne ne pas comprendre qu’on dise, «l’Afrique est riche, mais les Africains sont pauvres. Peut-on être riche et pauvre ? Est-ce normal ?… Alors, il faut se réveiller ! Cela ne suppose pas aller casser le peu réalisé ou perdre le temps dans des querelles ou polémiques stériles. Mais se battre pour étudier, travailler et aller de l’avant… Quand quelque chose vous révolte, il faut s’exprimer et non faire la palabre». «Même si le quotidien de ces jeunes est rude, je veux leur dire que l’Afrique attend beaucoup d’eux, pas seulement côté économique. Il faut s’investir dans la société, aller voter à l’ambassade pour régulièrement continuer à faire avancer les choses», explique Tiken à propos du titre «Diaspora».  À cette jeunesse africaine, dont il est l’icône incontestée, Tiken veut prouver qu’on n’est pas forcément obligé de compromettre sa vie dans le désert et dans l’océan pour regagner l’Europe en quête de bonheur. C’est ainsi que, depuis l’année dernière, il se consacre à la riziculture sur 15 hectares. Mais au-delà des actions pérennes, il sait bien qu’il est une icône pour la jeunesse ouest-africaine. Alors dans un registre plus symbolique, il a consacré une bonne partie de l’année 2013 à la culture de quinze hectares de riz. «La démarche d’Ali Farka Touré (paix à son âme) m’a inspiré. Lorsque que j’ai vu la crise alimentaire et les émeutes de la faim en 2008, j’ai eu un choc. Nous avons beaucoup de place en Afrique de l’Ouest, il y a du soleil et il pleut. Nous avons des bras valides et un exode rural massif. Je veux montrer que l’agriculture n’est pas un métier sale, pour les derniers de la société», a-t-il une fois défendu devant la presse  internationale.

D’ailleurs, dans «Le Prix du Paradis», que l’on peut considérer comme l’un des meilleurs titres de l’album, Tiken Jah chante : «aucune moisson ne se récolte, sans que quelqu’un ne l’ait semée. Aucun espoir pour nos révoltes, si personne ne veut les mener… Nous voulons tous aller au Paradis, mais personne ne veut payer le prix. Les Africains veulent tous aller au Paradis et ils ne veulent pas payer le prix…». Une façon de dénoncer notre attitude à vouloir vivre dans le bonheur sans souffrir pour l’acquérir, de nous accrocher à la réussite facile. Dans la vie, on n’a rien sans peine. Alors il faut mouiller le maillot pour espérer vivre vraiment heureux.

Dans le discours comme dans le style, Tiken Jah Fakoly est resté un panafricaniste convaincu, un afro-optimiste à toute épreuve. Le concert-dédicace de la Fête de la musique est l’avant-première d’une tournée mondiale de six mois qu’il va bientôt entamer pour la promotion de «Dernier Appel». La prestation de la star a été suivie d’une séance de dédicaces des albums vendus sur place à 2 500 FCFA. Produit par Universal, «Dernier Appel» est un opus enregistré au studio Hi-Tech de son «Club Radio Libre» de Bamako. Il regorge des featurings, notamment avec Alpha Blondy sur «Diaspora». Une collaboration qui, sans doute, scelle définitivement la réconciliation des «frères ennemis» du reggae ivoirien voire africain. Cette œuvre vient quatre ans après «African Revolution» qui a récemment valu à l’artiste un «Disque d’or». La 3e consécration d’une prestigieuse carrière qui, visiblement, n’atteindra son apogée que quand l’Afrique se réveillera.

En tout cas, c’est le «Dernier Appel» de Tiken Jah pour le «Vol Africa». Ceux qui le rateront, risquent de se mordre le doigt pour une éternité. Parce que la star est convaincue que, «Quand l’Afrique va se réveiller, ça va faire mal». Et même très mal !

Moussa BOLLY

Un délice de mélodies

Il y a quatre ans, l’enfant d’Odienné ouvrait une nouvelle direction artistique dans sa discographie, «African Revolution». Cette œuvre avait séduit (Disque d’or, vendu à plus de 50.000 exemplaires en France et autant au Canada) avec sa forte consonance acoustique.

Comme s’étaient émerveillés certains critiques, c’était «une sauce reggae mettant en valeur les instruments traditionnels africains loin du déjà vu». Une ingénieuse alchimie qui a su alors transcender les genres pour conquérir «les cœurs de ses nombreux fans d’une Afrique culturelle qui milite toujours poing en l’air».

Avec «Dernier Appel», l’aventure se poursuit de la plus belle des manières. Dans ce sublime 7e album, Tiken Jah Fakoly invite une dizaine d’instruments traditionnels dans son reggae. On n’y découvre avec un immense bonheur les mélodies envoûtantes ou fascinantes du balafon, de la kora, du djembé, du sokou (petit violon), du tama…

«J’ai été élevé dans la musique mandingue. Mon père, comme tous les ressortissants de ma région au nord de la Côte d’Ivoire, n’écoutait que ça. Avant le reggae, j’ai commencé par découvrir la musique plus traditionnelle et j’en écoute toujours, notamment les albums de Babani Koné, Oumou Sangaré, Salif Kéita ou Kandia Kora qui m’accompagne sur scène», avait-il récemment avoué à des confrères d’une radio internationale.

Dans ce nouvel opus, la star mondiale du reggae flirte aussi avec plusieurs rythmes, comme le blues sur «Saya» (la mort). Pour un confrère français, «on est loin du reggae. C’est presque un blues, un chant mandingue, un ailleurs, qui dévoile que Tiken Jah Fakoly n’est pas qu’un porte-voix, mais aussi et surtout un grand chanteur». Du Tiken Jah tout craché !

M.B

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