Musique en deuil : Moriba Koïta, le griot-musicien s’est éclipsé de la scène

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Le 22 septembre 2016, s’est éteint un virtuose du ngoni. Moriba Koïta, il s’agit de lui, ne pouvait choisir une meilleure date pour s’effacer que le jour anniversaire de l’indépendance du Mali dont il a été un grand ambassadeur de la culture à travers le monde. Victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral ou attaque cérébrale), Moriba Koïta serait resté inanimé 3 jours avant que les secours le trouvent sur le sol de son domicile. C’est ce qu’a indiqué l’un de ses proches. «Moriba se déplaçait en tournées, jouait dans divers groupes. Il était normal de ne pas avoir de ses nouvelles pendant deux à trois jours de suite. Mais nous aurions dû être plus vigilants», regrette ce dernier.

Le ngoni perd ainsi l’un de ses virtuoses de tous les temps et la culture malienne l’un de ses plus fidèles et dynamiques ambassadeurs sur les scènes musicales à travers le monde. De Moriba, on retiendra donc qu’il fut un grand griot-musicien, un virtuose du ngoni et un digne représentant «d’une culture où la musique, sans laquelle ne se fait, est aussi vitale que manger, draguer, regarder le ciel ou partir au boulot». Cet inimitable instrumentiste a joué avec les plus grands, promenant ainsi «sa bedaine de cowboy débonnaire» sur les scènes de toute la planète musique. Comme l’ont indiqué plusieurs témoignages et artistes comme le maestro Barou Diallo, «la diaspora malienne de France se l’arrachait pour animer cérémonies et mariages… Il passait souvent ses nuits à jouer. Il aimait parler de sa mère et de ses souvenirs d’enfance».

Moriba vient du village de Kenenkoun, dans la région de Koulikoro, à 55 km de Bamako. Le virtuose est issu d’une grande famille de griots. Dès l’âge de 4 ans, son père lui a enseigné le Ntaman ou tamani (percussion d’aisselle), puis le ngoni qui sont deux instruments majeurs dans la famille des griots. Le jeune instrumentiste est par la suite sélectionné par le ministère des Arts et de la Culture pour intégrer l’Ensemble instrumental national du Mali qu’il a fréquenté pendant 12 ans. Sa maîtrise du ngoni Ba (ngoni basse) comme du ngoni Micin (ngoni aigu) lui vaudra d’être sollicité par toutes les grandes vedettes maliennes de sa génération comme Salif Kéita, Fanta Damba (N°1 et 2), Kassé Mady Diabaté, Oumou Kouyaté, Amy Koïta, Tata Bambo Kouyaté, Awa Dramé, Kandia Kouyaté.

Depuis 1993, Moriba vivait à Paris (France) où il a fondé le grand ensemble mandingue Mandé Foli, puis le groupe traditionnel Sorotoumou. Une formation artistique à «géométrie variable» autour du ngoni avec kora, balafon, jembé, doudoumba et chants. Son expérience, sa virtuosité et surtout son ouverture artistique l’amèneront à accompagner, au niveau international, Salif Kéita, Mory Kanté, Nayanka Bell, Sékouba Bambino Diabaté, Hank Jones, Cheick Tidiane Seck, Dee Dee Bridgewater, Youssou Ndour… Il a aussi collaboré avec Manu Dibango pour la musique du film Kirikou. Le talentueux Moriba a également joué et enregistré avec les artistes et griottes Mamani Kéita et Oumou Kouyaté. Il évoluait aussi fréquemment avec le groupe Moriarty. Il se produit également en solo, comme à l’occasion des cérémonies traditionnelles ou des veillées entre amis… Des moments inédits où l’artiste s’évade guidé par son fertile inspiration et l’instrumentiste laisse libre cours à «sa virtuosité dans l’interprétation des thèmes musicaux évoquant tour à tour les joies et les peines de la vie quotidienne, les hauts faits de l’histoire du royaume bambara ou la toute-puissance de Dieu».

Personnellement, nous avons découvert Moriba Koïta lors de l’édition 2000 du festival Africolor de Saint Denis (banlieue parisienne, France) avec Mali Dambé Foly. Une création originale avec Abdoulaye Diabaté, Nanou Coul (Nana Coulibaly), Mamou Sidibé, Issa Bakayoko alias Techno Issa, Molibali Traoré (paix à son âme), Néba Solo, Sibiri Samaké…  Au fil des années et des prestations, Moriba était devenu une référence musicale pour les stars de la musique et pour la presse spécialisée. Ainsi, pour une consœur de Télérama (France), «Moriba Koïta sait magnifiquement reproduire les inflexions de la voix humaine lorsqu’il joue de cette guitare maure et peuhle… De murmures malicieux en rêveries romantiques, de volubiles emballements en véhéments galops, ces luxuriances d’un autre âge nous transportent». Repose en paix, virtuose et maestro, dans la grâce éternelle du Tout-Puissant !

Moussa BOLLY

DISCOGRAPHIE DE MORIBA KOÏTA

-Sorotoumou par Moriba Koïta (1995), Mélodie Label

-Sarala avec Hank Jones et Check Tidiane Seck (1995), Verve

-Songs Of Praise avec Amy Koïta et Moriba Koïta au ngoni, Stern’s

-Waraba avec Jean-Jacques Avenel (2004), Songlines

-Yèlèma avec Mamani Kéita (2006) Nicolas Repac No Format/Universal Jazz

-Red Earth avec Dee Dee Bridgewater (2006), Emarcy.

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7 COMMENTAIRES

  1. Incroyable de ne pas vérifier ses sources ! Cette personne qui se prétend proche est loin de l’être ! Si vous voulez des informations vraies et vérifiées contactez la famille.
    Vous n’avez pas honte de reprendre ses termes en parlant de Moriba Koita avec “sa bedaine de cow-boy débonnaire ?”.
    Ce racolage est bien triste.

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