Musique – Société – Politique : Les vérités de Salif Kéïta

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L’immigration, la corruption, son expulsion du salon d’honneur de l’aéroport de Bamako Sénou, l’inscription de son nom dans le dictionnaire Larousse, la lutte contre la piraterie, le problème du nord, son partenariat avec Ikatel et ses actions humanitaires à travers sa nouvelle fondation, sont autant de sujets que Salif Kéïta, le domingo de la musique malienne a abordés lors de sa dernière conférence de presse.

C’est désormais une tradition. Chaque année, de retour de sa longue tournée mondiale, Salif Kéïta, le rossignol de la musique malienne, se prête aux questions des journalistes. Déjà connu comme un artiste qui n’a pas sa langue dans la poche, le domingo de la musique, exceptionnellement, au cours de cette conférence de presse, a fustigé le comportement de certains responsables maliens. Salif a indiqué que le sujet de l’immigration le met hors de lui. Il a estimé que les Maliens aiment leur pays et si les conditions de vie y étaient bonnes, ils ne songeraient jamais à déposer leurs bagages chez qui que ce soit. "Si vous voyez que les Maliens sortent de leur pays, c’est qu’il y a des difficultés".
Selon lui, il y a belle lurette qu’on a cessé de lutter contre la pauvreté au Mali. "La lutte contre la pauvreté n’a jamais été pratiquée au Mali. On Y vote pour des gens qui ne pensent qu’à leurs poches", a-t-il déclaré. Salif Kéïta a estimé : "le Mali est un pays qui rejette ses fils qui l’aiment et dorlote les mauvais patriotes".

Même s’il n’apprécie pas la politique de Nicolas Sarkozy, la star malienne pense qu’il aime la France et les français. "Mais que dire de nos autorités qui ne daignent pas lever le petit doigt pour dénoncer les humiliations permanentes que nos compatriotes subissent en Europe et en France de façon particulière", s’est-il demandé. La star de la musique malienne a indiqué par ailleurs que la corruption à tous les niveaux et la mauvaise gouvernance sont les fléaux qui poussent des milliers de jeunes maliens sur les chemins tortueux et incertains de l’émigration. Se fondant sur l’apport des expatriés maliens dans l’économie du pays, il demande une plus grande implication de l’Etat pour leur assurer le respect de leurs droits élémentaires en tant qu’être humain.

Salif Kéïta a aussi rappelé son expulsion du salon d’honneur de l’aéroport de Bamako Sénou, alors qu’on lui ouvre les salons d’honneur dans tous les aéroports du monde. "J’ai été humilié par des Maliens qui m’ont chassé du salon d’honneur. Malgré tout ce qu’on fait pour le Mali, s’ils tiennent à nous humilier, ils vont nous pousser à faire la politique, chose que nous ne souhaitons pas", a-t-il déclaré. Le jour où la musique ne sera pas suffisante pour le combat qu’il mène, Salif Kéïta est resté dubitatif sur ce qu’il va faire ; mais, il n’a pas exclu de descendre dans l’arène politique. "Je ne sais pas d’abord, mais le plus souvent dans des cas similaires, les artistes ont basculé dans la politique. Je ne dis pas que je ferai comme eux, mais souvent j’y pense". Avant d’ajouter qu’heureusement, ailleurs dans le monde, des gens responsables ont remarqué sa valeur pour décider de l’immortaliser dans le dictionnaire Larousse. "Sûrement, ils savent que je suis maltraité au Mali", a-t-il estimé.

Se prononçant sur les difficultés des maisons de production de phonogrammes au Mali, Salif Kéïta a fustigé la mésentente qui règne Entre les artistes. Mais, il a vite fait d’indiquer qu’on a le malheur de vivre au Mali avec des "personnes qui ne savent que diviser pour régner". "Ce sont des despotes qui ne pensent qu’à marginaliser les gens de valeurs.

Dans le monde, je n’ai jamais vu un syndicat divisé, mais au Mali, leur division est légion", a-t-il déclaré.
A propos de la lutte contre la piraterie, Salif Kéïta a indiqué qu’il ne croyait plus. "Au Mali, on crée des brigades pour lutter contre la contrebande de la cigarette et on ne pense jamais à lutter contre la piraterie. Cela me fait mal au cœur parce que la musique malienne souffre de ce fléau. Mais, je comprends les responsables qui ne font rien contre les pirates qui sont leurs électeurs", a résumé le Domingo de la musique malienne. Salif Kéïta, contrairement à de nombreux Maliens, a une autre lecture De l’accord d’Alger signé entre le gouvernement et les insurgés de Kidal, au mois de juillet dernier. "Le problème du nord a été traité de la plus belle manière. Il ne sert à rien de faire la guerre et retenez que le pétrole pue de la même manière que les déchets toxiques", a-t-il indiqué.

Pour finir, Salif Kéïta a conseillé aux Maliens d’être très vigilants pendant les élections pour faire le bon choix. "Si vous luttez pour quelqu’un qui vous donne des T-shirt et des morceaux de sucre, sachez que vous luttez pour quelqu’un qui va tuer le Mali".
Assane Koné

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