Tahirou Hanguiné Touré alias Penzy : «C’est trop facile d’accuser les autorités, on a tous une part de responsabilité à assumer»

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Penzy, de son vrai nom Tahirou Hanguiné Touré, est un artiste malien qui représente le Mali avec fierté aux quatre coins du monde. À son actif, il a trois albums dont le dernier intitulé «Prise de conscience» invite la jeunesse à plus de lucidité. Cette star incontestée du hip-hop malien vient d’ouvrir  un  studio d’enregistrement dénommé «M label». Découvrons-le davantage à travers cette interview.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la musique ?

Disons que depuis mon enfance, j’ai été attiré par la musique à cause de Salif Keïta que j’ai toujours admiré. Après, quand j’ai décidé de devenir artiste, j’ai choisi d’être artiste rappeur et cela grâce à un tonton qui voulait faire de la musique avec moi. Au début, je n’étais pas trop sûr de moi, je me disais que la musique n’était pas trop mon truc. Néanmoins, on a fait un morceau qui a été réalisé par Habib Koité, en 1993. Le single s’appelait «Manani» et juste après, on a fait un deuxième single «Dieu merci» qui a très bien marché. J’ai alors cru en moi et je me suis dit que je pourrais sûrement évoluer dans ce domaine.

Par la suite, on a fait une longue pause parce que nous étions des élèves à l’époque, et faire du rap était synonyme de banditisme. Quelque temps après, j’ai un cousin qui m’a encore sollicité pour faire de la musique. Je me suis dit : pourquoi pas. C’est avec lui que ça a beaucoup marché. Le morceau que j’ai fait avec Ami Sacko, «Douba», c’est avec lui que je l’ai écrit. Après l’écriture de la chanson, il ne voulait plus chanter ; il a laissé tomber. Moi, je me suis dit que j’allais prendre mon destin en main, et continuer sur ma lancée. Grâce au soutien moral et financier de ma maman, j’ai fini par sortir mon premier album, en 2005. Le deuxième, en 2010, et le troisième album, en 2014.

Pourquoi Penzy comme nom d’artiste ?

L’appellation Penzy m’a été donnée par un ami d’enfance, également rappeur, du nom de Coolby Laye. C’est lui qui m’appelait Penzy. Penzy veut tout simplement dire quelqu’un qui a de la peine. Il pensait que j’avais toujours de la peine. Chaque fois qu’il me voyait, il me disait : «mais toi là, tu as toujours quelque chose à dire ; tu as toujours quelque chose en tête, tu es vraiment penzy». Donc, il a commencé à m’appeler Penzy. Au début, je n’aimais pas ce nom-là. Mais au final, je l’ai accepté. Quand j’ai commencé ma carrière, j’ai gardé ce nom.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la pratique de votre musique ?

J’ai eu à rencontrer beaucoup de difficultés. C’était pas du tout facile, parce que je n’avais pas d’argent. Au début, faire de la musique sans argent, c’était pas du tout facile. J’ai beaucoup galéré pour pouvoir enregistrer mes sons. Mais, comme je le disais au début, ma maman m’a permis de réaliser mes rêves. Dans la musique, il faut s’accrocher.

Comment se passent vos tournées en dehors du pays ?

Ça se passe très bien. Je viens d’une tournée américaine qui s’est très bien passée. Dieu merci, j’ai été très bien accueilli par les Maliens de l’extérieur ; ça a été un grand succès. C’était pour le festival «Mali Musique» organisé par Madoussou Production à New York. J’ai tourné dans 6 Etats aux Etats-Unis, et également au Maroc, en Tunisie, à Dakar, au Burkina. Ça s’est très bien passé à l’extérieur du pays.

Plus qu’à l’intérieur du pays ?

Non. Si ça se passe bien à l’extérieur, c’est parce que ça se passe bien ici. C’est parce que les Maliens ont confiance en moi. Tout a débuté ici. Mes  chansons ont été bien accueillies par les Maliens.

Vu que tout se passe bien, on peut donc aisément affirmer que vous vivez de la musique.

Oui, je vis de ma musique, et je viens d’ouvrir un studio d’enregistrement à Bocodjicoroni ACI : «M. Label». En parallèle de tout ça, je vends également des voitures.

Plusieurs personnes se plaignent du manque de développement de l’art au Mali. À votre avis, qu’est-ce qui  freine son  développement ?

Le Mali est un pays riche en cultures. Je reviens du festival sur le Niger où il y avait des Béninois, des Togolais, des Sénégalais, qui viennent tous vers la culture malienne, vers la musique malienne. Ils veulent tous faire des featuring avec nous, et tout le monde dit que la vraie musique mandingue, c’est ici. Je pense qu’en se donnant à fond et en faisant preuve de plus de professionnalisme, ça devrait aller.

Votre dernier album s’intitule «prise de conscience», quels sont les messages que vous y véhiculez ?

Actuellement, le Mali est confronté à plusieurs problèmes. À travers «Prise de conscience», j’incite la jeunesse malienne à faire une prise de conscience et à se lever. Qu’ils comprennent que le pays a besoin de nous. C’est trop facile d’accuser les autorités uniquement, on a tous une part de responsabilité à assumer. C’est le message que je véhicule dans mon troisième album.

En général, quel combat menez-vous à travers la musique ?

Je fais une musique consciente. Je fais souvent des musiques d’ambiance. Mais la plupart du temps, je fais du rap conscient. C’est pour conscientiser les Maliens.

Et quel est le message que vous vouliez véhiculer dans votre chanson «accident» ?

En fait, j’avais fait un accident qui a fait beaucoup de polémique. La chanson «accident», c’était pour répliquer. Avec toutes les polémiques, c’était fini pour ma carrière. Ils disaient que j’avais bu, que j’avais tué des gens. J’ai entendu beaucoup de rumeurs et il fallait que je donne la vraie version des faits. Parce que, j’étais vraiment choqué en entendant tout ce qui se disait. Je me demandais ce que j’avais bien pu faire aux Maliens pour être traité de la sorte.

Un peu plus haut, vous disiez que vous avez été attiré par la musique à cause de Salif Keita. N’avez-vous pas pensé à faire un featuring avec lui ?

Bien sûr. J’ai essayé, malheureusement il n’a pas accepté. Je suis allé jusque chez lui. J’aime énormément Salif Keita. C’est une référence pour moi, et c’est le meilleur chanteur au monde pour moi. Mon rêve, c’était de pouvoir chanter avec lui.

Avec Mylmo et Fouken J, vous avez créé le collectif «les frères de la rue», dont on n’entend plus trop parler. Où en êtes-vous ?

Franchement, je ne sais pas. Avant, on se voyait, on faisait des sons ensemble. Actuellement, ce n’est plus le cas. J’aime beaucoup ce groupe, mais malheureusement ce n’est plus du tout comme avant.  Mais je ne dirais pas non plus que le groupe a été disloqué.

Vous vous êtes disputés ?

Non. Il n’y a pas eu de problème entre nous ; disons juste que chacun est concentré sur sa carrière personnelle.

Quelles sont vos perspectives pour 2017 ?

Pour 2017,  je prépare le lancement et la dédicace de mon 4ème  album qui arrive bientôt. J’ai également une tournée prévue aux Etats-Unis ainsi que plusieurs autres choses dont vous serez au parfum bientôt.

Propos recueillis par Aïda Millogo

 

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2 COMMENTAIRES

  1. Et vous, c’est quoi votre ? L’assurez vous ?

    Quand on est pas à la hauteur des attentes du peuple, on doit céder la place

  2. Ça alors ! Peut-être que nous avons tous une part de responsabilité mais accuser les autorité n’est pas prendre le raccourci ou faire de l’accusation facile. Nous faisons face à des attaques et à des morts au quotidien.

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