ODRS : Risques d’affrontements entre producteurs rizicoles

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La construction du barrage de Sélingué avait suscité un réel espoir pour les populations du bassin du fleuve Sankarani. Les autorités de l’époque ont réalisé cet ouvrage pour le développement du pays.

Cependant, cet idéal semble renvoyé aux calendes grecques depuis bientôt vingt ans et pour cause. La gestion de la structure chargée du volet riziculture (ODRS) se fait de plus en plus en sur des bases politiques, donc partisanes, la plupart du temps sources de frustrations et tensions.

Des preuves ? En voilà !

L’ex-DG (paix à son âme !) avait usé des moyens de l’ODRS pour créer et animer son parti dans les villages autour du périmètre rizicole. Les militants de son parti jouissaient d’énormes privilèges et un militant représentait les producteurs au sein du conseil d’administration.

L’actuel DG, grand militant de son parti, a annoncé les couleurs dès son arrivée à la tête de la structure. Il a fait savoir ouvertement à qui veut l’entendre qu’il est venu faire de la politique puisqu’il doit son poste à la politique. Ainsi dit, ainsi fait puisque c’était la règle d’alors.

Il organise la conférence de son parti à Sélingué. Il se lance, pour le compte de son parti, à la conquête et au débauchage des conseillers municipaux du PCR de la Commune de Baya, dont le maire, avec à la clef des promesses. Des sources dignes de foi lui prêtent l’intention de débarquer l’actuel représentant des producteurs au conseil d’administration (militant UDM) pour le faire remplacer par un militant de son parti.

Le comble : il a lancé une opération de retrait de parcelles grandeur nature. Des producteurs (hommes, femmes) sont spoliés, sous le fallacieux prétexte de non signature d’une convention, de parcelles qu’ils exploitent depuis plusieurs décennies. L’opération aurait été salutaire, si elle visait à assainir une situation déjà délétère que les agents de l’ODRS ne cessent de contribuer à pourrir davantage par leurs comportements peu orthodoxes.

Les producteurs sans voix ne savent plus a quels saints se vouer face Ă  une situation Ă  double facettes : d’une part des exploitants aux “bras longs” n’ayant jamais signĂ© une convention (ils ne peuvent mĂŞme pas l’avoir signĂ© car ne connaissant SĂ©linguĂ© que de nom) et nullement inquiĂ©tĂ©s et d’autre part des exploitants, la plupart analphabètes, qui jurent la main sur le cĹ“ur avoir signĂ© la convention mais dont les noms figurent en tĂŞte de la liste de retrait ou dont on a simplement fait disparaĂ®tre des archives les conventions signĂ©es. Un poids, deux mesures. Allez-y chercher Ă  comprendre !

Le ridicule ne tue plus chez nous : les parcelles sont retirées aux premiers occupants sans notification aucune, alors que tous s’acquirent normalement des redevances eau et entretiennent à hauteur de souhait les parcelles. Certains ayant semé des pépinières et s’apprêtant à les repiquer se sont vus notifier le retrait de leurs parcelles et leur attribution à un deuxième larron tapis dans l’ombre.

Aujourd’hui, le pĂ©rimètre irriguĂ© de SĂ©linguĂ© peut Ă  la moindre Ă©tincelle s’embraser et se transformer en un foyer d’affrontements fratricides aux consĂ©quences incalculables. La zone, encore moins le pays, n’en n’ont pas besoin. Certaines parcelles font l’objet d’exploitation simultanĂ©es par “l’ancien” et le “nouveau” propriĂ©taire, tous munis d’armes blanches. Certains “nouveaux” propriĂ©taires ont su raison garder et faire valoir la fibre sociale en renonçant purement et simplement Ă  leurs “nouvelles” acquisitions, qui du reste, demeurent des cadeaux empoisonnĂ©s. Ils ne sont pas lĂ©gion ceux qui  ont pu rĂ©sister Ă  la tentation de la terre. La tension est latente. Le feu couve face Ă  l’immobilisme des autoritĂ©s municipales et administratives.

MĂŞme le profane en matière de signature de ”convention” n’aura pas de mal Ă  comprendre que bien rĂ©flĂ©chie, conduite de façon consensuelle et transparente, la signature d’une ”convention” ne devra mener jusqu’à ce point. Aussi, ce n’est point le moment ou le paysan a commencĂ© ou mĂŞme fini de travailler sa terre qu’on doit choisir pour la lui retirer. Le bon sens commande que l’on lui notifie ce retrait bien Ă  l’avance.

Les efforts de certains membres du cadre partenarial (FodĂ© et Daouda TraorĂ©) ont  permis de dĂ©samorcer la crise. Mais pour combien de temps ? Ainsi, seulement 17 cas (beaucoup moins que la moitiĂ©) dits “sociaux” ont pu ĂŞtre rĂ©solus au cours d’une rencontre avec les cadres de l’ODRS et les parcelles restituĂ©es aux propriĂ©taires. Il reste encore beaucoup des cas litigieux, suffisants pour faire dĂ©gĂ©nĂ©rer la situation si les autoritĂ©s locales restent de marbre face Ă  la situation. De sources sĂ»res, le DG serait intervenu de Bamako en faveur d’une “victime”, membre de son parti et conseiller municipal de son Ă©tat, en invoquant le motif de “cas sociaux”. Les expropriations de paysans au profit de cadres de l’ODRS sont monnaies courantes. L’alerte  de la tension sociale a sonnĂ© dans les pĂ©rimètres depuis et il faut ĂŞtre sourd pour ne l’avoir pas entendu et aveugle pour n’avoir pas vu les signaux.

Des questions pour le moment sans réponse restent sur toutes les lèvres :

–          Pourquoi tout cela ?

–          Pourquoi certains exploitants jouissent de privilèges par rapport Ă  d’autres ?

–          La raison invoquĂ©e pour motiver les retraits est-elle sincère ?

–          Qui sont les rĂ©els nouveaux acquĂ©reurs ? Leurs vrais visages ?

Il est temps qu’on rétablisse le paysan dans le respect qui lui sied s’il est vrai que la première vocation du pays est l’agriculture.

La situation que vivent les paysans de Sélingué découle de la mauvaise gestion du pays au cours des 20 dernières années. Sinon, comment comprendre que la situation de ce périmètre ne soit pas encore maîtrisée par l’ODRS malgré sa longue expérience et les énormes ressources financières que l’Etat y injecte.

Conçu par l’Etat malien pour être un instrument de développement économique et social au profit des populations, l’ODRS et ses périmètres ne doivent pas servir comme moyens de pressions et de division des populations qu’ils sont censés servir. La gestion partisane doit être bannie.

Si les autorités de l’ODRS tiennent à assainir la situation qu’elles ont contribué à créer, l’appui et l’accompagnement des populations paysannes ne feront pas défaut. Cependant, l’opération doit obéir à des critères consensuels, clairs, connus de tous et loin de tout esprit partisan.

Il est à espérer que ceux qui tirent dans l’ombre les ficelles de cette tension reviendront à de meilleurs sentiments pour se consacrer à rien d’autre que leurs missions régaliennes d’encadrement des paysans en vue de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire dans la zone, soumise aujourd’hui au plus grand flux migratoire de son histoire à cause de la ruée vers les sites voisins d’orpaillage traditionnel. Tout déficit alimentaire lié à la gestion de cette situation sera lourd de conséquences.

Autorités de tutelle, bonnes volontés, mieux vaut prévenir l’incendie qu’avoir à l’éteindre !

Massama Doumbia

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