Faut-il mourir pour le Mali ?

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 BAMAKO (2012 Afriquinfos) – Pitoyable ! Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier le comportement guignolesque et le piteux spectacle que donne d’elle-même depuis quelques semaines la classe politique malienne

Après avoir consacré, à un titre ou à un autre, l’acte de décès d’une des rares démocraties d’Afrique de l’Ouest, ces politiciens, toutes affiliations partisanes confondues, semblent n’avoir cure du martyre des populations et de la brutale descente vers les abymes d’une des nations les plus prégnantes du continent.

Confortablement installés dans le « Mali utile », Bamako et ses environs pour être précis, nos politiciens semblent, en dépit de leurs cris d’orfraie, indifférents à l’occupation des deux tiers du territoire par des tenants d’une idéologie médiévale et d’une peste salafiste importées d’Algérie, mais aussi, par ricochet, de Libye, notamment à cause de l’incroyable légèreté des « stratèges » occidentaux engoncés dans leurs certitudes. Du haut de leur présumée infaillibilité, et en dépit des mises en garde de pays africains, Européens et Américains ont planifié la chute et, sans doute, la liquidation sans autre forme de procès de Kaddafi, sans prendre la réelle mesure des répercussions telluriques de l’opération dans les pays du Sahel.

Comme soudain frappés de presbytie, les différents chefs de « partis » maliens, boudés par les électeurs (le taux de participation aux différents scrutins a rarement franchi le seuil des 50% depuis l’instauration du pluralisme politique au Mali), semblent avoir choisi, contre l’évidence, de placer la charrue devant les bœufs. Même par vents mauvais, ils préfèrent courir de manière frénétique après un pouvoir fantomatique, un fauteuil présidentiel évanescent et un palais de Koulouba pourtant réduit à l’état de ruines, le 22 mars dernier, par un quarteron d’officiers subalternes enragés et leur cohorte prétorienne. A croire que vivre en plein Sahel ne prémunit pas contre les mirages…

Pourquoi s’en cacher, en faisant sienne la philosophie des trois singes ornant nombre de salons subsahariens (ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, prescrivent les fameux primates), la classe politique a franchi le Rubicon. Et mis les doigts dans un engrenage qui risque de sonner le glas de la République.

Par action ou par omission, cette classe politique a entériné le renversement d’un chef d’Etat élu qui, en dépit des erreurs qu’il a pu commettre, était à la veille de tirer sa révérence. Pas plus qu’on ne tire sur une ambulance, on ne doit se prêter au jeu trouble pouvant conduire à la chute d’un homme qui, conformément à la Constitution, s’apprêtait à sortir de scène dans une région où les présidences à vie sont encore légion.

Pour avoir confondu vitesse et précipitation, le microcosme politique bamakois porte donc sa part de responsabilité dans l’irruption tonitruante du capitaine Amadou Sanogo dans le débat citoyen. Il est d’ailleurs symptomatique que les leaders politiques, qui ont (soit dit en passant), dans un bel élan unanime, entériné fin 2011 un code de la famille rétrograde, se soient alignés derrière le Haut Conseil Islamique (HCI). Nombre de dirigeants « républicains » étaient aux premières loges lors d’un récent meeting de cette organisation dans un stade de Bamako. Visage présentable d’un fondamentalisme musulman endogène, « porteur » et héraut du nouveau code de la famille, le HCI peut, il est vrai, réunir 60 000 partisans là où les rassemblements des formations politiques sont dramatiquement clairsemés.

Conséquence de cette situation : on est obligé de passer par des contorsions politiciennes et par des arrangements spécieux pour donner au Mali les apparences d’un Etat. Hors de tout cadre constitutionnel, le premier magistrat du pays n’a de président que le titre. Arc-bouté sur ses privilèges, le Premier ministre, qui a fait étalage de son incompétence, est reconduit dans ses fonctions après avoir obstinément refusé de rendre le tablier. Depuis, les CV d’apprentis-ministres affluent sur son bureau, comme si un gouvernement était extensible à l’infini.

Reclus dans son QG de Kati, à proximité de Bamako, le capitaine Sanogo savoure, sans doute avec délectation, sa victoire. Il continue de tirer les ficelles du jeu, alternant la politique de la carotte (devant ses interlocuteurs étrangers) et du bâton (comme en témoignent le récent massacre de parachutistes fidèles à l’ancien président Amadou Toumani Touré, la longue liste de « disparus », la recrudescence des ratonnades, notamment contre les journalistes, la systématisation de la torture, dénoncée par Amnesty International et Human Rights Watch). Les officiers pro-putschistes refusent toute présence militaire étrangère sur le territoire national, si ce n’est pour aider à la libération des provinces septentrionales de ses occupants…

Dans ces conditions, peut-on raisonnablement demander à des soldats togolais, nigériens ou nigérians de mourir pour le Mali ? Comment persuader les Tchadiens, dont le pays n’est pas membre de la CEDEAO, d’aller au front, le sourire aux lèvres, alors que la classe politique locale joue, jusqu’à la caricature, la carte de l’irresponsabilité ? Et que dire des Occidentaux, Français en tête, qui, en dépit de leur responsabilité dans le capharnaüm actuel, se pressent à petits pas ?

A l’évidence, le Mali, pays des grands empires, n’est pas au bout de ses peines. Sans doute est-ce pour cela que les forces obscures contrôlant son septentrion semblent, en dépit du déluge de feu qu’on leur promet, ne pas avoir perdu de leur sérénité…

Par Francis Kpatindé

SOURCE:  du   19 août 2012.    

134 Réactions à Faut-il mourir pour le Mali ?

  1. DJOSS

    Enfin, voilà l’esprit des ancêtres au secours du Grand Mali. Si je mourais aujourd’hui, je m’en irai la conscience tranquille et je dirais làbas : « jamais je n’ai vu la nation dans un tel état de désolation mais jamais je n’ai vu les maliens dans un tel élan de solidarité et de communion ».
    Je rend grâce à Dieu et je m’incline devant tous ces acteurs politiques, de la société civile mais aussi à tous ces militaires patriotes qui, au délà des divergences de vue(souvent bassement interprétées) ont prouvé aux yeux de leurs concitoyens et du monde tout entier que pour le Mali ils sont prêts à tous les saccrifices. Qui aurait cru après tant d’excès de part et d’autres que ces acteurs que l’opinion nationale et internationale avaient jugés comme des ennemis inconciliables se donnent enfin la main pour sauver le Mali ? Que ne diront-ils pas encore, les ennemis de la concorde ? Mais nous sommes habitués enfin à leurs discours. Le peuple a suffisamment souffert pour ne pas pouvoir faire la différence entre ceux qui veulent le servir et ceux qui veulent se servir de lui.
    Le spectre de la révolution qui massacre ses fils a été enfin éloigné de nous.
    Sinon, comment comprendre qu’après les évèments de mars 1991, au moment même où le peuple s’inquiétait d’une possible » chasse aux sorcières » que démocrates sincères aien-t remis en selle des personnalités qui n’ont rompu avec le régimpe du parti unique qu’à la faveur du coup d’état ? La raison était toute simple : « il ne fallait pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». D’ailleurs nombre de ces personnalité ont brilament servi la démocratie en tant qu’élus et cadres de l’administration. Devrons-nous accepter aujourd’hui ou Demain que des démocrates sincères et intègres soit balayés du revers de la main alors que la nation leur doit assez. Sans tomber dans l’éloge; je voudrais retenir ici deux personnalités fortes : Aliu Nouhoum Diallo et Moustapha Dicko que j’ai fréquenté à Douentza qui m’ont emerveillé par leur humilité, leur amour du prochain mais surtout leur sens de la justice et leur devouement.N’est-ce pas à cause de leurs qualités incontestées et incontestables que l’argent sale de leurs adversaire et la complicité de certains responsables de leurs partis ont eu le dessus sur leurs mandats(combien bénéfiquespour le cercle de Douentza) au niveau de leurs circonscriptions ? allez savoir.
    je termine en rendant grâce encore une fois :
    -Au CNDRE
    Au COPAM
    Au FDR
    Et à tous ceux que j’oublie mais que Le grand Dieu Voit. Puisse Le tout Puissant courronner de succès tous ce qu’ils entreprendront dans le sens de l’intérêt de la nation malienne. Selon COOL

  2. mustapha

    aucun commentaire sur votre liberté d’expression , sauf lorsque vous citez l’Algérie comme étant la source de vos problèmes.
    Je crois que le nord mali est peuplé de plus d’un million et demi de maliens ????
    alors d’après vous , une centaine d’algériens est capable de créer autant de problème ???
    Vous oubliez les problèmes récurrents avec les touaregs maliens (depuis 30 ans) , la mauvaise gestion de vos dirigeants , la corruption , …..
    Votre problème au mali , c’est que vous êtes des racistes envers les maliens du nord .
    vous parlez vous mêmes , dans votre article , « du mali utile », alors le reste est « inutile » ????
    Je crois que votre pays va connaitre le même sort que le Soudan .
    l’histoire est en marche , avec ou sans vous , c’est le sort des nations depuis l’antique ROME.
    Une devise de cette époque était « Mort au vaincu  » , simple et efficace pour régler définitivement un problème, alors je dis aux maliens , réveillez vous , personne ne fera le boulot à votre place.

    • virgule

      Si vous aviez reconnu la victoir du FIS en son temps, nous n’en serions certainement pas là. l’AQMI c’est bien les salafistes algériens et tous membres du FIS. Vous ne voulez pas qu’on les attaque pour qu’ils ne reviennent plus en Algérie, mais ils vont y revenir.

  3. virgule

    La situation actuelle du Mali montre à suffisance que les tueries du 26/03 ont été juste pour assouvir l’envie de pouvoir de ces mal-nés qui nous ont mis dans cette situation (Alpha, att, dioncounda, mariko…). Je ne mourrai certainement pas pour eux, et s’il faut que ce soit cette même classe qui nous dirige encore, alors VIVE LE MUJAO.

  4. moussa

    On n’a pas besoin que des etrangers viennent mourir pour laver nontre dignité à notre place. Vert – jaune et ROUGE (sang des Maliens); c’est aux militaires maliens de relever ce defis. Donc soit les etrangers viennent nous accompagner oubien qu’ils debloquent nos armes dans leurs ports.

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