Si la guerre de libération pour l’intégrité territoriale du Mali n’est pas terminée, il est pourtant nécessaire et urgent de préparer l’après guerre afin que le pays, à qui la France vient de donner sa nouvelle indépendance, le 2 février, ne retombe dans un enlisement, un imbroglio social, aussi grave que l’invasion des extrémistes religieux : les conflits ethniques. Le nord du Mali, théâtre des opérations est autant riche de sa diversité ethnique, que le sud, ou le centre.

Une délégation de rebelles touareg du MNLA lors d’une réunion au Burkina Faso, le 16 novembre 2012 © AFP
Les exactions déjà commises ou des allégations d’exactions, des velléités ou la tentation de se venger, suite à des comportements odieux auxquels se sont livrés des groupes armés qui sont le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Ansar Dine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Aqmi en sont les signes précurseurs. Dans ce contexte le prisme de la couleur est la chose la plus explosive et à manipuler avec délicatesse. Tous les tous les arabes ou touareg à la peau de blanche ne sont pas des Jihadistes. Et à contrario, il y avait de nombreux noirs parmi les assaillants de Konna, contre la position malienne, si l’on se réfère à une déclaration du Colonel Didier Dakouo de l’armée malienne. Ce n’est donc plus la couleur de la peau qu’il faut retenir pour en faire un indicateur, elle n’est peut-être qu’un instrument de stigmatisation.
Le MNLA indépendantiste a perpétré des crimes de guerre, et personne n’ira en prison pour l’avoir affirmé de manière péremptoire. Mais il faut se hâter de préciser que le MNLA n’est pas représentatif de la communauté touareg. Il y a certes quelques élus touareg qui ont retourné les armes contre la patrie, mais il y a aussi de nombreux élus touareg qui sont restés sans ambigüité. La présentation de la feuille de route le 29 janvier 2013 a donné l’occasion à Me Kassoum Tapo de souligner la gratitude de l’honorable Assarid Ag Imbarcawan qui n’aura jamais contrarié le fait unitaire de l’Etat malien pour une quelconque rébellion. Et ils sont nombreux à être dans la logique unitaire, avec leurs communautés respectives, qui n’ont jamais suivi la rébellion armée au contraire, ils l’ont combattu. Ce sont les représentants de ces communautés qui devront prendre part au dialogue national. Mahamadou Issoufou, le président de la République du Niger a fait une bonne lecture sur Rfi : « ce qui est important, c’est de noter que les Touaregs ne sont pas toujours représentés par ceux qui prétendent les représenter. Le MNLA n’est pas représentatif du peuple touareg […]. La communauté des Touaregs est immense. [...] Le MNLA est minoritaire parmi les Touaregs». Le voisin du nord est du Mali note, « il me semble que le MNLA est une des causes de la crise au nord du Mali [...] Je pense que ce serait contradictoire de ne pas désarmer le MNLA par rapport à l’objectif de restauration de l’intégrité du Mali. S’ils désarment, on peut éventuellement leur donner une place à la table des négociations. »
« Ceux qui portent des armes doivent les déposer »
Interrogé sur la question lors d’un point de presse à Bamako, le 2 février, le Président français François Hollande a déclaré, «il ne m’appartient pas de dire avec quelle force les Maliens doivent discuter. Ce que je sais, ceux qui portent des armes doivent les déposer et ceux qui utilisent les armes contre les Maliens, à fortiori contre nous, seront combattus et vaincus ». Il ajoute : « Je sais que la démocratie ne se fait qu’avec des partis politiques organisés et avec des forces qui renoncent nécessairement à l’utilisation des armes ».
Lors des débats de la feuille de route, Me Mountaga Tall a noté que MNLA est égal à Ansar Dine et Mujao et le seul fait que le pays du médiateur a envoyé des troupes pour les combattre signifie l’échec du dialogue avec eux. Et pour Me Amidou Diabaté, le MNLA n’est pas l’armée malienne, celle-ci doit continuer le combat jusqu’à Kidal pour parachever la reconquête du territoire national.
Mais notre armée serait difficilement arrivée là sans l’appui de la France. Hollande qui a vécu la plus importante journée de sa vie politique, en aura encore une meilleure en ramenant entiers, les otages français détenus dans les massifs des Iforas. En arrêtant Mohamed Moussa Ag Mouhamed, un responsable influent de Ansar Dine et un autre du Mujao, le MNLA poursuit son opération de charme à l’endroit de la France. La réalité n’est-elle pas que le MNLA cherche à exfiltrer tous ceux de Kidal qu’ils soient d’Ansar Dine ou de Mujao ? Ceux de Gao et Tombouctou n’auraient pas cette intercession. Sinon que dire des éléments du MIA qui ont été Ansar Dine jusqu’au mur ?
B. Daou
Les dirigeants du MNLA ont commis la fatale erreur stratégique de :
1) considérer et essayer de faire avaler à tout le monde que les Touaregs ont un territoire à eux « l’azawad » qui leur a été légué par leurs ancêtres et que c’est un devoir légitime et légal pour lui de reconquérir ce territoire au péril de l’ordre soco politique et de la stabilité même du Mali
2) de prendre les armes et de s’attaquer à la nation malienne en tuant civils sans défense, et soldats désarmés et vaincus et en saccageant gratuitement symboles de l’état, biens publics et privés
3) profiter d’une faille dans le système d’état malien (provoquée par le coup d’état du 22/03/12), pour occuper par la violence une partie du territoire de l’état souverain du Mali et en y proclamant unilatéralement l’indépendance
4) de s’allier, pour atteindre ses objectifs, avec des narco-islamo-terroristes dans, une communauté d’intérêts, avec dessein pour le MNLA d’avoir une entité géographiquement mais arbitrairement et abusivement délimité pour les quelques 700 000 touaregs du Mali, à ériger vaille que vaille sur le sang et les larmes de quelques 14 à 15 millions d’autres maliens ; et pour les narco-islamo-terroriste d’ériger un état islamiste salafiste sous leur contrôle, aussi bien au nord qu’au sud.
Ce plan diabolique allait marcher n’eut été deux incidents majeurs :
- le clash entre MNLA et islamo terroristes lorsque en juin 12, les premiers, pour complaire à la Communauté Internationale dont ils avaient besoin du soutien, ont tenté de se démarquer et surtout de salir et discréditer les seconds. La réaction des islamistes fut immédiate et fulgurante : le MNLA s’est retrouvé chassé, expulsés et remplacés ces derniers dans toutes les contrées nord qu’ils avait envahi et occupé ensemble à partir de janvier 12.
- l’intervention depuis le 11/01/13 de la France et de la Communauté internationale pour repousser et mettre fin au péril et à la menace de plus en plus grandissante des islamo-terroristes qui menaçaient désormais d’occuper tout le Mali, en ayant tenté début janvier 13, d’étendre leur conquête sur des contrées au sud de leur position initiale.
L’erreur des dirigeants du MNLA, s’est donc d’avoir choisi la voie sans issue de l’extrême violence contre la nation malienne, du déni de la nation et du dénigrement à outrance de l’état central du Mali, pour réaliser un objectif qui, de l’avis quasiment unanime de tous à travers le monde, est dépourvu de toute légalité et de toute légitimité, si tant est que légalité veut dire ce qui est conforme à la loi et légitimité égale ce qui répond, défend et se conforme à l’intérêt et l’aspiration bien comprise de la grande majorité.
Alors pour espérer se voir accepter au Mali et surtout réduire l’impact de la fracture sociale et du stigmate que ses violences gratuites ont engendrée sur la nation malienne, les dirigeants du MNLA, n’ont d’autre alternative que de REFAIRE MARCHE ARRIERE, REFAIRE LE CHEMIN INVERSE. Si ce retour en arrière doit passer par la reddition des actuels dirigeants du mouvements qui sont en fait les premiers responsables de cette tragédie, le MNLA et tous les touaregs de façon général devront s’investir à consentir ce sacrifice, afin que le peuple touareg du Mali, qui n’est ni plus ni moins qu’une composante ethnique citoyenne dans la grande diversité que compose la République, retrouve toute sa place et joue pleinement son rôle dans la reconstruction de notre grande nation malienne, qui vient d’être sauvée de justesse d’une véritable déstabilisation dans tout son fondement socio politique, économique et culturel.
Tant que le MNLA n’aurait pas emprunté le Chemin Inverse pour espérer reconquérir progressivement en faveur de la grande majorité des touaregs la confiance et l’estime nécessaire des autres groupes ethniques vivant au Nord, et de la nation malienne dans son ensemble, il est à craindre que ne soient compromise pour longtemps les chances et les possibilités d’une réelle intégration de la grande majorité des touaregs et partant celle d’une cohabitation paisible et harmonieuse entre ces derniers et les autres groupes ethniques de la nations malienne.
Ce qui serait fort regrettable.
La responsabilité des dirigeants actuels du MNLA est donc très fortement engagée pour cette cause, face à l’histoire et aux yeux du monde entier