Entretien avec Pascal Lokua Kanza, artiste musicien congolais : “Que les Maliens mettent le pardon en avant. Ils ne doivent pas oublier qu’ils sont des frères et, à nos dirigeants, nous ne demandons que la paix”

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Invité pour participer à la 8ème édition du festival sur le Niger,  le 17 février 2012, Pascal Lokua Kanza était sur les bords du fleuve Niger, où il a tenu en haleine plus de trente mille festivaliers pendant plus de deux heures d’horloge. Originaire de la RDC (République démocratique du Congo), cet artiste électrique et éclairé nous donne des nouvelles de lui, de son dernier album et de la situation sécuritaire dans nos pays.

Bamako Hebdo: C’est avec un grand plaisir que nous vous retrouvons. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de l’Indépendant Wee-kend ?

Je suis Pascal Lokua Kanza, natif dela Républiquedémocratique du Congo. Je suis né à Bukavu au Zaïre, de mère rwandaise et de père zaïrois.

Pouvez-vous nous parler de votre carrière musicale?

J’ai été piqué par le virus de la musique à l’âge de huit ans et dès lors, j’ai intégré les groupes de chorale. A treize ans, j’ai joué pour la première fois à la guitare sur scène devant un public nombreux et, depuis ce jour, j’ai pris l’envol de ma carrière. J’ai étudié le solfège et l’harmonie  au conservatoire de Kinshasa et c’est cette formation solide qui m’a permis d’intégrer à 19 ans l’orchestre du ballet national, puis celui de reine Abeti, star zaïroise des années 70-80, disparue en 1994. Je joue à la guitare, de la sanza, des claviers, des percussions, des flûtes, je suis également  chanteur et arrangeur.

Quels sont les artistes qui vous ont inspiré dans vos premiers pas vers la musique ?

Mes premiers pas ont été inspirés et guidés par les musiques traditionnelles et ce fut décisif quand j’ai écouté la grande Miriam Makeba (paix à son âme).

Vous avez sorti en mars 2010 votre 6ème album intitulé “Nkolo”. Que dit principalement cet album ?

“Nkolo” est un hommage à Dieu pour tout ce qu’il m’a donné.

On vous connaît pour votre volonté de faire dans votre musique, du brassage des cultures, une véritable communication entre les différentes musiques du monde. Quelle est donc la spécificité de ce 6è album ?

Merci pour cette analyse à laquelle j’adhère totalement. Nkolo est le reflet de ce que je suis aujourd’hui : un peu mûr et quelques progrès en sus.

Comment avez-vous découvert la guitare ?

La rencontre avec la guitare l’a été malgré moi. Au Congo, on mange la guitare du matin au soir, dans les bars, à la radio, etc.

Qu’est-ce qui influence votre musique ?

La vie de tous les jours. Le spirituel qui est dans chaque être humain quand on veut le développer.

Il y a toujours dans votre musique la présence des instruments atypiques. Pourquoi ce goût sempiternel pour la culture africaine ?

Je suis Africain et fier de l’être. C’est un recours à ma culture. Et pour cela, nous devrons la conserver. Je pense d’ailleurs que nous devons penser à créer une école africaine de musique où nous allons faire un brassage de nos musiques et faire leur promotion de part le monde.

Vous avez travaillé avec Richard Bona. Qu’avez-vous admiré chez ce dernier ? Singulièrement dans sa musique et sa manière de chanter ?

Richard Bona est l’une de nos fiertés. J’aime sa musique. Je fais partie de ses fans et je l’apprécie beaucoup parce que nous travaillons beaucoup avec  sa musique.

Quel regard portez-vous sur la musique malienne en comparaison à votre genre musical ? 

Je n’ai aucun jugement à porter sur les autres musiques car c’est l’ensemble des musiques qui fait le monde. J’adore la musique malienne. Pour preuve, j’ai fait un morceau en bambara (Djarabi Nbi fè). Par contre, je tiens à dire à tous les jeunes artistes qui veulent pratiquer ce métier de l’apprendre sérieusement. La musique est avant tout un art.

Qu’est-ce qui fait de la musique de Pascal Lokua Kanza une originalité ?

Je ne saurais répondre à cette question. Il faudra peut-être demander au public que je remercie, ici, de tout mon cœur.

La piraterie est un fléau mondial qui “tue” les artistes. Quelle solution proposez-vous pour l’éradiquer ?

A mon humble avis, il n’y a que nos Etats qui peuvent nous donner un coup de main.

Bon nombre de pays africains traversent des périodes difficiles. Quel est votre message à l’endroit de nos dirigeants et de la jeunesse ?

Que les Maliens mettent le pardon en avant. Ils ne doivent pas oublier qu’ils sont des frères et,  à nos dirigeants, nous ne demandons que la paix.

 

   cnjikam2007@yahoo.fr

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