INVESTISSEMENTS ETRANGERS : « Le Mali une destination à risque » ?

    0

    Pour bon nombre d’observateurs, le forum des investisseurs du Mali que le ministère de la Promotion des investissements et des PME s’apprête à organiser à la mi-novembre serait un flop financier, un forum de plus pour certains. Selon eux, en l’absence d’un climat des affaires assaini, des désinvestissements pourraient avoir lieu.

    Le climat des investissements est défini comme l’environnement politique économique, institutionnel et comportemental qui affecte la rentabilité et les risques associés aux investissements. Cette notion recouvre ainsi un vaste domaine, allant du cadre réglementaire et comportemental aux performances des entreprises en passant par le fonctionnement du marché des facteurs.  Au Mali, des études (Evaluation du climat des investissements – ECI -, Country Economic Memorandum) ont démontré que le Mali est une « destination à risque » pour les investisseurs étrangers.

    Le 1er rapport soulève notamment diverses contraintes liées au climat des investissements et qui limitent le développement du secteur privé. Il s’agit, entre autres, de l’importance de la corruption (citée par environ 49 % des firmes manufacturières comme un problème majeur), des déficiences au niveau des infrastructures (évacuation des déchets industriels, transport ferroviaire, état des routes, problèmes de fourniture et de coût d’électricité…), la persistance de fortes contraintes réglementaires (les chefs d’entreprises ont peu confiance en la cohérence du cadre réglementaire, au système judiciaire et en l’efficacité de l’administration par rapport au secteur privé) et des difficultés au niveau du fonctionnement des marchés des facteurs (problèmes d’accès à la terre, au financement pour les PME/PMI, faible développement de formation professionnelle).

    Un forum de trop

    Ainsi, les problèmes liés à l’investissement sont connus des autorités. Il faut une volonté politique et des moyens pour faire du Mali une terre propice à l’investissement. « Pourquoi alors un énième forum autour de la promotion des investissements ? A quoi sert de mobiliser des investisseurs étrangers sachant que l’environnement n’est pas propice ? », s’interroge un opérateur économique qui pense que « ce forum n’apportera rien de nouveau à tout ce qui a été dit sur l’investissement au Mali ».

    Face à la presse et à la Jeune Chambre économique, les représentants du ministre Ousmane Thiam, Abdoulaye Sidiki Touré et Namory Traoré ont eu du mal à les convaincre sur la nécessité de la tenue d’un tel forum. Pour attirer des investisseurs étrangers, encore faudrait-il que les investisseurs nationaux soient d’abord dans les conditions idoines pour propulser leurs affaires, a suggéré un opérateur du tourisme. Toutes choses que rejette le ministère de la Promotion des investissements qui estime que le marché malien est libre et ouvert à toutes les concurrences. « Il appartient à nos opérateurs économiques de s’organiser, de se professionnaliser pour faire face à leurs homologues étrangers », a lancé M. Traoré.

    Selon une étude de l’Uémoa, l’importance du flux d’investissements étrangers au Mali est fortement influencé par le climat des affaires ; il évolue donc en fonction du poids des activités frauduleuses du secteur informel et de la pression fiscale accrue qui pèse sur les entreprises à capitaux étrangers. La plupart des opérateurs s’accordent à reconnaître que les progrès tardent à se concrétiser dans ce domaine.

    En plus, le système bancaire au Mali souffre de quelques faiblesses (non-respect de certaines règles et ratios, personnel insuffisamment qualifié, faible capital de base…) et est relativement peu diversifié : toutes les banques, en général, proposent les mêmes produits.

    Des investisseurs plient bagages

    Depuis une dizaine d’années, le ratio IDE/PIB se maintient au Mali à un niveau particulièrement élevé par rapport à celui de la plupart des pays d’Afrique. Ce qui explique le nombre élevé de fermeture d’entreprises : plus de 20 entre 1998 et 2005, selon l’Uémoa.

    En juillet dernier, ExxonMobil a décidé, pour des raisons économiques, de cesser son activité sur le territoire malien. L’activité de distribution de carburant a donc été transférée à la compagnie mauritanienne Star Oil. D’autres mouvements de ce type pourraient être engagés d’ici la fin de l’année, y compris de la part d’investisseurs français.

    En matière de crédits aux entreprises, les banques se sont souvent limitées à des crédits à court et moyen terme (maximum 10 ans), à cause des contraintes de ratio prudentielles de la Commission bancaire.

    Il faut donc recourir à tous les modes possibles de financement (fonds propres, emprunts, crédit-bail/leasing, crédit fournisseur, Bourse régionale des valeurs mobilières, etc.) à toutes les étapes de la vie de l’entreprise. Ce qui explique la forte chute du flux d’investissement direct étranger au Mali. Car, « après avoir culminé à plus de 100 millions de dollars par an de 2000 à 2002, ce qui faisait du Mali l’une des principales destinations des investisseurs en Afrique de l’Ouest, ce flux chute fortement en 2003, n’atteignant plus que 26 millions de dollars », d’après les chiffres de la BCEAO.

    Rendre la croissance au Mali plus forte et plus durable passe par un développement et une diversification des activités économiques. Pour ce faire, il est nécessaire que les investisseurs et les entrepreneurs soient rassurés quant au futur économique du pays et à sa capacité à mettre en place un cadre favorable au secteur privé.

    Sidiki Y. Dembélé

    Commentaires via Facebook :

    PARTAGER