Pour protester contre le massacre de leurs maris et fils et frères au Nord : Les femmes et les enfants du camp Soudjata de Kati ont voulu marcher hier sur Koulouba

    0
    0





    Armés d’une colère débordante, les femmes et leurs enfants du camp militaire Soudjata Kéïta de Kati ont marché hier jusqu’aux environs du palais de Koulouba, précisément au niveau de l’intersection du tronçon de Point G, où ils ont été bloqués par une impressionnante colonne d’éléments la garde nationale. N’ayant pas pu franchir la ligne, les manifestants y ont eu une séance d’entretien avec le ministre de la Défense, Natié Pléa, qui était venu à leur rencontre.

    La tension était très vive hier à Kati. Pour cause, les épouses et les enfants des militaires du camp Soundjata Kéïta avaient décidé de marcher sur Koulouba en guise de protestation contre le massacre de leurs maris, frères et fils dans les derniers évènements que le nord de notre pays vient de connaitre. Déjà, avant-hier, c’était seulement les femmes qui étaient sorties pour manifester en faisant des barricades. Le mouvement n’ayant pas eu assez d’ampleur, elles ont décidé de remettre ça au lendemain, le temps de procéder à une large information. Hier aux environs de 8 heures, elles se sont rassemblées au niveau du camp, avant de lancer l’appel à leurs enfants, qui se trouvaient pour la plupart à l’école. Aussitôt, tous les établissements scolaires de Kati se sont vidés pour les besoins de la cause. Les scolaires sont allés retrouvés leurs mamans au niveau d’un service militaire couramment appelé zone de Kati (à l’intérieur du camp). Ils ont pris d’assaut ledit service où se trouvait le chef d’Etat-major général des armées, le général Gabriel Poudiougou. Ce dernier est aussitôt sorti à leur rencontre. Noyé dans une foule colérique, le général Poudiougou a tenté en vain de calmer les ardeurs des manifestants. Ceux-ci indiquaient au chef d’Etat-major général des armés qu’ils étaient venus lui exprimer leur ras-le-bol suite au lâche massacre de leurs fils, maris et frères dans les récents évènements qui se sont déroulés à Ménaka et surtout Aguel Hoc. Ils ont dit ne pas comprendre que les autorités de la République envoient les enfants au front sans les doter des moyens adéquats. ‘’C’est livrer nos enfants à la boucherie. Nous en avons assez. Nous sommes lésées’’, a déclaré une mère, au bord des larmes.

    Les manifestants sur la route de Koulouba

    Débordé par la foule  en colère, le général Poudiougou ne cessait d’appeler au calme tout en leur promettant un changement de la donne. Il finira par s’extirper de la foule pour s’engouffrer dans son véhicule et prendre la direction de Bamako, non sans essuyer des quolibets. Les manifestants, après cette escale, décident de poursuivre leur chemin jusqu’à Koulouba. Il était 11 heures quand la cavalcade franchissait la porte du camp. Certaines femmes, ne se sentant pas à mesure de tenir le coup, ont abandonné la partie au niveau du camp, laissant les plus déterminées diriger la foule sur la route de Koulouba. Les manifestants en cours de route scandaient des propos hostiles au président de la République et au chef d’Etat-major général des armées. Ils procédaient aussi à des barricades sur la route et brûlaient des pneus. Parfois, la foule s’immobilisait sur instruction des meneuses,  Adam Cissé, Bintou et Ami, lesquelles l’haranguaient en lui administrant des doses de détermination. Armés de colère, les manifestants poursuivaient leur chemin sous la conduite de quelques éléments du Commissariat de police de Kati, à bord d’une Pick-up.  Les marcheurs ont parcourus le trajet sous un soleil que la colère avait rendu moins ardent. Et leur rang ne faisait  que se gonfler par les populations riveraines, qui compatissaient ainsi à leur profonde douleur. Epuisées, certaines mamans se faisaient transporter à motos. D’autres ont même réquisitionné le véhicule de reportage de nos confrères de l’Essor pour les besoins de la cause. La marche a poursuivi son cours jusqu’à l’intersection du tronçon de l’hôpital du Point G (soit 14 km de trajet), où les protestataires y ont été surpris par un dispositif impressionnant des éléments de la garde nationale (il était 12h22 mn). Ceux-ci étaient venus leur barrer la route, munis de leurs boucliers. Ils s’étaient alignés sur le passage pour y bloquer la marche. Arrivés sur les lieux, les manifestants, qui n’étaient armés de rien si ce n’est la colère, ont tenté de forcer le passage. Chose que ces forces de sécurité, sur instruction de leur hiérarchie, n’entendaient pas de leurs oreilles. S’en est suivi des échauffourées et des rushs, puisque les manifestants cherchaient coûte que coûte à franchir le rubicon pour aller jusqu’à Koulouba.  A 13 heures encore la partie était toujours musclée entre les deux camps. Mais saluons de passage le sang froid des forces de l’ordre, qui n’ont jamais cherché à brutaliser quelqu’un.

    La démission du chef d’Etat-major réclamée

    C’est à 13h15 mn que le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Natié Pléa est arrivé sur les lieux. Son arrivée a, dans un premier temps, excité les manifestants lesquels se sont mis à scander des propos du genre : ‘’A bat le ministre’’ ; ‘’A bat le chef d’Eat-major général des armés’’. Après quelques minutes d’arrêt pour jauger l’atmosphère et rejoint entre-temps par le général Poudiougou, le ministre Natié Pléa a instruis aux forces de l’ordre de céder le passage à une dizaine de délégués des manifestants. Ce qui fut fait. Au nombre de 10 mamans, les porte-paroles du mouvement sont venues à la rencontre du ministre les mines très graves, dénotant de la dureté de leur peine. Le ministre Pléa a eu d’abord de la peine à calmer leurs ardeurs tant chacune en avait gros au cœur. Il ne cessait de les appeler au calme, à la tolérance et la raison. Après quelques minutes très mouvementées avec à la clé des pierres esquivées venant du côté de la foule en colère, le ministre Pléa pouvait entamer les échanges avec les porte-paroles des manifestants.

    ‘’Arrêtons avec les discours et faisons face à l’ennemi’’

    Celles-ci ont expliqué toute la peine qu’elles ressentent aujourd’hui face à la situation au nord du pays. Elles ont dit être révoltées par le fait que l’Etat envoie leurs fils au front sans les doter des moyens adéquats. Résultats, ont-elles avancé, les troupes se retrouvent en court de munitions et tombent sous les balles de l’ennemi. Les femmes ont dit n’être pas contre l’envoi de leurs enfants au front, mais contre le fait qu’on les livre en pâture. Elles ont demandé avec fureur au ministre qu’on arrête avec les discours et laisser le champ libre aux forces armées sur le terrain. ‘’Nos enfants ne pas des hussards qu’on puisse le penser, mais c’est parce qu’ils ne sont pas dotés des moyens idoines pour faire face à l’adversaire. Résultats, on assiste à des massacres. On a vu ce qui s’est passé à Aguel Hoc, même si on tente de nous cacher la vérité. Comment comprendre qu’on n’en finisse pas jusque-là avec le cycle d’intégrés-rebelles. Ces touaregs ne nous aiment pas, il est temps qu’on s’en rende compte’’, a expliqué Adam Cissé une des meneuses de la marche. Après avoir attentivement écouté ses interlocutrices, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants a respectueusement demandé aux manifestants de rebrousser chemin et d’aller mieux se concerter au camp pour s’entendre sur un message précis, qui lui sera apporté demain jeudi 2 février 2012 au département par ces mêmes déléguées. Le ministre Pléa a assuré ses interlocutrices qu’après l’audience de demain, il se fera le devoir de transmettre leur doléance au chef de l’Etat. Les manifestants ont, sans le vouloir, fini par se souscrire à cette proposition ministérielle. La partie s’est terminée aux environs de 14 heures quand le ministre Pléa a fait venir des Pick-up de la garde nationale pour ramener les marcheurs à Kati.

    Abdoulaye Diakité


    Niafunké attaqué hier

    Au moment où nous mettions sous presse hier, nous avons appris que la ville de Niafunké, dans la région de Tombouctou, a été attaquée. La ville était sous un déluge de feu des assaillants qui tentaient de prendre possession du camp militaire. Les forces loyalistes ont donc violemment riposté pour les mettre en déroute. Les combats ont été rudes entre les deux parties et se sont poursuivis tard dans la soirée. Pour le moment, difficile d’avancer des chiffres, mais des sources indiquent que des dégâts matériels et des pertes en vies humaines sont enregistrés de part et d’autre. Ces attaques sont encore l’œuvre du fantomatique Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en connexion, depuis un certain temps, avec la nébuleuse d’Al Qaïda au Maghreb islamique et bénéficiant de l’appui des autorités de la Mauritanie.

    A.D

    NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.