Pr Alhousseni Bretaudeau, Secrétaire Exécutif du CILSS : «La situation alimentaire dans nos Etats est préoccupante ; mais elle n’est pas catastrophique»

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    Le secrétaire exécutif du Comité  Inter-Etat de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) a animé une conférence de presse. Objectif : informer l’opinion nationale et internationale sur la situation alimentaire dans les Etats membres du CILSS et de la CEDEAO. Il avait à ses côtés des spécialistes des questions alimentaire, végétale et de la population. C’était le 25 janvier dernier, au siège de l’Institut du Sahel.

    Le conférencier a, d’abord, rappelé les missions du RPCA. Mais aussi, celles du CILSS. Le CILSS participe à l’élaboration des stratégies nationales de sécurité alimentaire, des plans d’action nationaux de lutte contre la désertification,  des stratégies nationales sur  les énergies domestiques …

     Quant au RPCA, il a été créé pour faire la collecte des données sur la situation agricole et alimentaire dans le Sahel.

    Au cours de cette  conférence de presse le patron du CILSS, Alhousseni Bretaudeau s’est appuyé sur le communiqué final de la 27ème réunion du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires (RPCA) qui s’est tenue, du 8 au 10 décembre 2011 à Praia (Cap- Vert),  sur la situation agricole et les perspectives alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Cette réunion du RPCA a évalué la situation alimentaire et pastorale de l’ensemble des dix Etats membres du CILSS et de la CEDEAO. Ces données du RPCA,  selon le conférencier,  sont fiables car ils ont été approuvés par l’ensemble des Etats membres.

     Des chiffres  inquiétants

    Le conférencier a indiqué que la campagne agricole, qui vient s’achever, a été  marquée par un déficit pluviométrique et hydrologique. Une situation qui a causé une baisse de la production céréalière  au titre de la campagne 2011-2012 en Afrique de l’Ouest.

     En effet, dans cette région, la production céréalière globale  se chiffre à 55,4 millions de tonnes. Cette production, selon le responsable du CILSS, est en hausse de 4% par rapport à la moyenne des cinq dernières années .Et en baisse, par rapport à celle de l’année dernière. La zone sahel avec 16,6 millions de tonnes,  a enregistré une  baisse de 2% par rapport à la moyenne des cinq dernières années et de 25% par rapport à l’année dernière.

    Le Tchad et la Mauritanie enregistrent de fortes baisses respectives de 23% et 38% par rapport à la moyenne quinquennale, de 50% et de 52% par rapport à la campagne 2010/2011. Les poches de mauvaise production agropastorale et halieutique concernent toute la bande sahélienne. Notamment, le Tchad, la zone agropastorale  de la Mauritanie, le  nord de la région de Kayes et Koulikoro et le delta du fleuve Niger au Mali, la nord,  le centre et l’est du Burkina Faso, les régions de Niamey, Tillabéry, sud-Est de Zinder au Niger et certaines localisées du Sénégal et de la Gambie.

    Le niveau élevé des prix des denrées alimentaires et la baise des revenus des populations dans les zones pastorales et agropastorales, entraînent une précarité alimentaire par endroits. Cette situation, selon les spécialistes, pourrait évoluer vers une crise alimentaire. Du moins,  si des mesures  ne sont pas prises avant la prochaine période de soudure.

    Ce sont ces raisons et d’autres encore qui font dire au  Pr Alhousseni Bretaudeau que la «situation est préoccupante mais elle n’est pas catastrophique». Selon lui, les indices d’une  famine ne sont pas visibles au Mali. L’indice principal, ajoute- t-il, d’une situation catastrophique, c’est lorsque les animaux commencent à mourir  de faim et de soif.

     Or, dit-il, tel n’est pas encore le cas.  Mais il reconnait que dans certaines localités de la Mauritanie et du Tchad, ces indices sont visibles. D’où, une transhumance précoce du cheptel de ces pays vers le Mali et  le Burkina- Faso.

    Le déficit de production peut être comblé

    Rappelons que les pays du Sahel accusent un déficit céréalier de 2,5 millions de tonnes de céréales. Pour M. Bretaudeau, ce déficit peut -être comblé. Du moins, si les Etats concernés par la crise se donnent la main. Mais aussi et surtout ,si les pays acceptent de jouer  la carte de la coopération en ce qui concerne les échanges transfrontaliers. Le secrétaire exécutif du CILSS est optimiste, car les pays du golfe (Ghana, Togo, Nigeria et bénin) rassure-t-il, ont fait une bonne production. Cette situation dégage un surplus de  maïs. Mais aussi, de manioc (80 millions de tonnes) et d’ignames (53 millions de tonnes) qui pourraient qui t être exportés vers les régions déficitaires. Les prévisions d’importations peuvent, à ses dires, équilibrer le bilan céréalier au Sahel si, une grande attention est portée sur le marché.

     

    . Aussi, il espère que la culture de contre-saison, qui connait, ces dernières années, un essor dans tous les Etats membres du CILSS, s’intensifiera. Il a profité de l’occasion pour lancer un appel. «Nous devons éviter de dramatiser la situation à travers certaines déclarations qui ne font qu’amplifier la spéculation  sur les prix des denrées alimentaires », a-t-il déclaré. Il se réjouit des mesures d’antiradiation que sont en train de prendre les autorités maliennes pour faire face à la situation.

     

    Rappelons que le Mali est en quête d’environ 70 milliards CFA pour circoncire la crise alimentaire.

     

    Des recommandations pertinentes

    Face à la menace de sécheresse et  de la crise alimentaire, le RPCA  a formulé des recommandations  aux Etats, aux organisations sous- régionales (CEDEAO UEMOA), aux dispositifs d’Alerte rapide (CILSS/ FAO/ FEWS NET/PAM) et aux Partenaires Techniques et Financiers.

    Ces recommandations portent sur le bon fonctionnement des marchés et les échanges transfrontaliers, la conduite des enquêtes de vulnérabilité pour le ciblage des populations vulnérables,  le développement de la culture de contre saison, le financement des actions structurelles. S’y ajoute l’appui aux éleveurs pour faciliter l’accès à l’aliment- bétail et la transhumance, l’assistance aux populations et la transformation des produits alimentaires pour faire face à la malnutrition des enfants.

     

    Ces actions, selon le conférencier ,ne peuvent être mises en œuvre, sans l’implication de la CEDEAO et de l’UEMOA qui doivent s’engager dans le financement des dispositifs nationaux et régionaux d’information sur la sécurité alimentaire .  

    Quant aux Partenaires Techniques et Financiers, ils doivent mettre la main à la poche pour financer les plans d’urgences des Etats et soutenir les missions conjointes d’évaluation de la situation alimentaire et les dispositifs régionaux  d’information et d’alerte rapide.

    Aboubacar Berthé

     

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