BAMAKO : Par jalousie, elle déclare son mari « mort »

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L’héritage est, dit-on, l’ensemble des actifs et passifs transmis par voie de succession, ou encore ce que l’on tient, des générations précédentes, mais lorsque les biens d’une personne qui n’est pas encore décédée sont pris en héritage, cela ne peut s’appeler que confiscation ou abus de confiance.

Nous sommes dans un quartier de la rive droite du district. Là-bas vit un cadre de l’administration que nous désignons sous les initiales T. C. Ne manquant presque de rien, T. C. s’est toujours occupé de sa femme et de ses trois enfants comme il se doit. Mais voilà qu’après plus d’une décennie de mariage T. C, piqué par on ne sait quelle mouche, décide de se remarier contre la volonté de sa femme qui, comme on pouvait s’y attendre s’opposa à la future union.

Ne comprenant pas les raisons de la décision de son mari avec qui elle a partagé les moments difficiles. Mme C. a juré que ce mariage n’aurait jamais lieu. Des marabouts aux féticheurs les plus redoutables de Ségou et du Bélédougou, elle aurait tout tenté pour mettre une barrière entre T. C. et sa nouvelle conquête. Malgré ses agissements et ses stratégies, le délai du mariage s’approchait inexorablement.

C’est dans cette atmosphère quelque peu tendue qu’une idée lui vint. Prenant son courage à deux mains, elle entreprit des démarches auprès des autorités pour établir un certificat de décès de son mari et remplir toutes les formalités administratives pour hériter de tous les biens de son « défunt » époux. Tout a été si bien fait, qu’elle n’a été confrontée à aucun obstacle jusqu’au jour du jugement au tribunal.

Ce n’est qu’une semaine avant le procès que T. C., qui s’apprêtait à faire les derniers réglages de son mariage, a été alerté par une de ses connaissances de la tenue prochaine d’un procès dans lequel il est déclaré mort et que sa femme réclame tous ses biens pour ses trois enfants.

Ne comprenant rien à l’histoire, il a néanmoins suivi les conseils de son ami qui lui a demandé de garder son calme et d’attendre le jour du procès. En effet, le jour du procès, devant une foule nombreuse, le président du tribunal, rendant le verdict autorisant la femme de « feu » T. C. à s’occuper désormais des biens qui reviennent de droit à ses enfants, a été interrompu par T. C., qui s’est levé et crié à haute et intelligible voix qu’il n’est ni malade encore moins mort.

Comme on pouvait s’y attendre la séance a été suspendue pour voir clair. Après avoir s’être rendu compte que Mme C. a inventé cette histoire, le président du tribunal l’a poursuivi pour faux et usage de faux et a tenu dans les liens de l’accusation tous ceux qui de près ou de loin ont participé à cette entreprise crapuleuse.

Moralité : tel est pris qui croyait prendre.

Idrissa Sako

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