Kevin Keegan : d’attaquant à entraineur

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Kevin Keegan : d’attaquant à entraineur
Kevin Keegan

Né le 14 février 1951 à Armthorpe (Yorkshire), Keegan est un joueur et entraîneur anglais de football. Il est considéré comme l’un des plus grands joueurs anglais du XXe siècle et l’un des meilleurs attaquants de sa génération. Il remporte deux fois, en 1978 et 1979, le Ballon d’or européen et remporte sous les couleurs de Liverpool FC et Hambourg SV de nombreux titres nationaux et internationaux. Il a ensuite été entraîneur de plusieurs clubs anglais, ainsi que sélectionneur de l’équipe d’Angleterre en 1999-2000.

Né à Armthorpe, dans le Doncaster de parents anglais d’origine irlandaise, Keegan découvre le football dans le club local d’Enfield House YC. Adolescent, il fait un essai au Coventry City FC mais n’est pas conservé. En 1968, à 16 ans, il est remarqué alors qu’il joue à un niveau amateur et signe avec Scunthorpe United, un club professionnel de Football League Fourth Division (en), le 4e échelon du championnat anglais . Keegan fait ses débuts professionnels à 17 ans, contre Peterborough United. Pour sa première saison il est titulaire à 29 reprises en championnat, et s’impose comme un joueur majeur de l’équipe dès la saison suivante, au poste de milieu offensif droit, et joue les 46 matchs de championnat. L’équipe se fait remarquer en atteignant le 5e tour de la FA Cup. En 1971 il est remarqué par un recruteur de Liverpool, Geoff Twentyman (en). En 1971, après 124 matchs et 18 buts pour Scunthorpe United, il est transféré à Liverpool contre environ 35 000 £1.

Liverpool FC

Sous la direction de Bill Shankly, le célèbre entraîneur de Liverpool, Keegan effectue ses débuts à Anfield le 14 août 1971 contre Nottingham Forest, et se signale en inscrivant son premier but après seulement 12 minutes. Recruté pour jouer au milieu de terrain, il est replacé par Shankly auprès du gallois John Toshack avec qui il va former un redoutable duo d’attaque. Il remporte ses premiers titres avec Liverpool lors de sa deuxième saison au club, en 1972-1973, au bout de laquelle les Reds réalisent le doublé championnat d’AngleterreCoupe de l’UEFA. C’est le premier titre de champion du club depuis sept ans, et son premier trophée continental. En finale face au Borussia Mönchengladbach, il inscrit deux des trois buts de son équipe5. La saison suivante, Keegan se montre de nouveau prolifique devant le but mais Liverpool perd le titre de champion d’Angleterre au bénéfice de Leeds United, qui réalise une série record de 29 matchs sans défaite. Cependant, les Scousers, et particulièrement Keegan, s’illustrent en FA Cup : l’attaquant inscrit notamment un but en lob sur le légendaire Peter Shilton, en demi-finale contre Leicester City, puis en finale il marque un doublé contre Newcastle United (3-0).

Alors que Shankly a laissé sa place sur le banc à sn adjoint Bob Paisley, Liverpool est de retour à Wembley quelques semaines plus tard pour disputer le Charity Shield, le traditionnel match opposant le champion d’Angleterre au vainqueur de la Cup. Au cours du match, une bagarre oppose l’attaquant des Reds au capitaine de Leeds Billy Bremner. Les deux joueurs sont exclus et suspendus pour respectivement trois et huit rencontres. Une saison sans titre s’ensuit pour Liverpool. La saison 1975-1976 sera d’un tout autre niveau à Anfield. Le club redevient champion d’Angleterre et remporte une nouvelle fois la Coupe de l’UEFA face au Club Brugge. Les Reds remontent à l’aller un déficit de deux buts (3-2) puis teignent le match nul au retour. Keegan inscrit les deux fois le dernier but de son équipe. En 1976-1977, alors que le joueur est devenu une idole parmi les supporters des Reds, un coup de théâtre survient : Keegan annonce son intention de quitter le club à la fin de la saison pour aller jouer en Europe continentale. Cette annonce jette un froid entre l’attaquant et les supporters du club, mais n’empêche pas le joueur de tout donner pour sa dernière saison sur les bords de la Mersey. Il contribue largement au nouveau titre de champion de son équipe et, pour son dernier match en Angleterre avec Liverpool, dispute la finale de la FA Cup face à Manchester United, le grand club rival, quelques jours avant la finale de la Coupe des clubs champions européens. La défaite face à Manchester (1-2) met fin aux espoirs d’un triplé inédit. Mis en cause, Keegan se rattrape en réalisant une prestation éblouissante en finale européenne contre les Allemands du Borussia Mönchengladbach, où il remporte le duel attendu avec Berti Vogts7. Liverpool devient champion d’Europe pour la première fois de son histoire, neuf ans après le succès de Manchester.

Après 323 matchs et cent buts, Keegan quitte Liverpool comme annoncé. Contacté par de nombreux clubs européens, il choisit Hambourg SV, club d’Allemagne de l’Ouest, qui débourse pour son transfert 500 000 £, une somme record à l’époque. Liverpool recrute pour le remplacer la vedette du Celtic FC Kenny Dalglish.  Le transfert de Keegan à Hambourg en fait le joueur le mieux payé du pays. Attendu comme le sauveur par un club récent vainqueur de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe mais toujours en quête de son premier titre de champion, il peine à confirmer lors des premiers mois. Le club est éliminé rapidement en Coupe d’Europe et termine à une décevante 10e place en championnat, malgré les douze buts de Keegan. Ces premiers mois difficiles lui coûtent probablement le Ballon d’or 1977, attribué finalement au meneur de jeu du Borussia Mönchengladbach Allan Simonsen.  L’exercice suivant, sous la direction de Branko Zebec, débute beaucoup mieux. L’entraîneur yougoslave apporte rigueur et condition physique à la talentueuse équipe. Alors que Keegan n’a pas remporté de titre (à la différence notable de la saison passée) ni disputé la Coupe du monde de 1978, il remporte en décembre le Ballon d’or européen devant l’Autrichien Hans Krankl. On récompense un joueur devenu omniprésent sur le terrain, capable de tous les gestes sur le terrain, de la récupération de la balle à la conclusion des buts4. Quelques mois plus tard, son équipe remporte le titre de champion espéré. Comme à Liverpool, Keegan devient une idole dans le nord de l’Allemagne, les supporters le surnommant affectueusement “Mighty Mouse” pour sa force et son activité frénétique sur le terrain. Sa maîtrise de la langue allemande fait impression. Devenu la plus grande vedette du football européen, il remporte une 2e fois le Ballon d’or en décembre 1979, cette fois-ci très largement 8. Si bien débutée, la saison 1979-1980 s’achève douloureusement. En février, Southampton FC, un club modeste du championnat anglais, surprend le monde de football en annonçant le recrutement de Keegan, capitaine de la sélection anglaise, pour la saison suivante9. Quelques mois plus tard, Hambourg perd d’abord le titre de champion de justesse, au bout du duel serré avec le Bayern Munich de Karl-Heinz Rummenigge. En parallèle, l’équipe de Keegan réalise un superbe parcours en Coupe des clubs champions européens 1979-1980, écartant notamment le FC Dinamo Tbilissi et Real Madrid, les champions soviétiques et espagnols, candidats désignés au titre. Qualifiée pour la finale face au tenant du titre, Nottingham Forest, elle doit s’incliner devant les exploits du gardien de but Peter Shilton (0-1).

Retour en Angleterre

L’indemnité de transfert de Keegan à Southampton est comprise entre 400 000 et 500 000 £. Le club récemment promu en Football League entoure sa vedette de joueurs de qualité comme Mick Channon et Charlie George, ou encore Alan Ball en 1981.  Pratiquant un jeu offensif, l’équipe obtient le meilleur classement de l’histoire du club en championnat avec une 6e place lors de la saison 1980-1981, qualificative pour la Coupe de l’UEFA. En 1981-1982, Keegan se rapproche de son meilleur niveau – il marque beaucoup et permet à son équipe d’occuper la tête du championnat de janvier à mars. La fin de saison est pourtant plus difficile et son équipe termine à une décevante 7e place. Meilleur buteur du championnat avec 26 buts, il est élu footballeur britannique de l’année par la Professional Footballers’ Association, et fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour les services rendus au football britannique.  En froid avec son entraîneur Lawrie McMenemy, auquel il reproche de ne pas avoir su suffisamment renforcer l’équipe, Keegan se met à la recherche d’un nouveau défi et s’engage l’été venu avec Newcastle United, descendu en deuxième division anglaise quatre ans plus tôt. Le transfert se monte à 100 000 £9. Entouré de joueurs comme Peter Beardsley, Chris Waddle et Terry McDermott, il dispute en deux saisons 78 matchs de championnat et inscrit 48 buts. Très populaire auprès des supporteurs, il contribue largement au retour dans l’élite des Magpies, acquis après l’annonce de sa retraite sportive en février 1984. Il marque pour son dernier match de championnat, le 12 mai 1984 face à Brighton & Hove Albion, et porte une dernière fois le maillot de Newcastle lors d’un match de gala face à Liverpool.

Carrière en équipe nationale

L’éclosion de Keegan à Liverpool lui ouvre les portes de la sélection des moins de 23 ans, avec laquelle il dispute cinq matchs entre février et juin 1972. Keegan fait ses débuts avec la sélection A le 15 novembre 1972 contre le pays de Galles à Ninian Park, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 1974. Il n’est cependant pas sélectionné pour la double confrontation décisive perdue face à Pologne. Le 11 mai 1974, il inscrit lors de sa 3e cape son premier but international, toujours contre le pays de Galles à Ninian Park. Malgré l’éclosion de son attaquant, l’Angleterre ne parvient pas à se qualifier non plus à la phase finale du Championnat d’Europe de 1976, devancée par la Tchécoslovaquie. Don Revie en fait son capitaine pour la première fois le 24 mars 1976, à tout juste 25 ans. Suite à la mise à l’écart de Gerry Francis, il devient à partir de septembre le capitaine régulier de la sélection. Lors des qualifications pour la Coupe du monde 1978, l’Angleterre est de nouveau éliminée, à la différence de buts, par l’Italie de Dino Zoff, malgré une prestigieuse victoire à Wembley en novembre 1977 au cours de laquelle Keegan a ouvert le score (2-0).

Keegan doit attendre la qualification de l’Angleterre pour l’Euro 1980, élargi à huit nations, pour participer à sa première phase finale d’une grande compétition internationale. Encore affecté par la fin de saison frustrante à Hambourg, Keegan ne paraît pas au mieux de ses capacités. Après un match nul face à la Belgique (1-1), l’Angleterre est battue par l’Italie (0-1), pays organisateur. Principal danger pour la solide défense italienne, Keegan, omniprésent sur le terrain, commet une erreur coupable sur le but italien. La victoire face à l’Espagne (2-1) est vaine, l’Angleterre est éliminée dès le premier tour. Revenu en Angleterre, à Southampton, il reste le capitaine de la sélection lors de la campagne de qualification pour la Coupe du monde 1982 dont il dispute les quatre derniers matchs. Blessé au dos lors de la phase finale16, il ne participe pas aux trois premiers matchs du premier tour, tous les trois remportés, ni au premier match du second tour (un match nul avec l’Allemagne). Partiellement rétabli Keegan prend place sur le banc lors du match décisif contre l’Espagne, pays organisateur. Il entre finalement en jeu à 26 minutes de la fin et ne parvient pas à forcer la décision, malgré une belle occasion de la tête. Ce nouveau match nul et vierge élimine Anglais et Espagnols. Alors qu’il n’a pas annoncé sa retraite internationale, le nouveau sélectionneur Bobby Robson ne le convoque pas pour son premier match avec la sélection, sans le prévenir. Keegan s’en plaint publiquement, et ne sera plus jamais convoqué en sélection, d’autant qu’il rejoint le club de Newcastle, en deuxième division. Il achève sa carrière internationale sur un total de 63 sélections, dont 31 comme capitaine, et 21 buts.

 

Parcours d’entraîneur

   À sa retraite sportive, Keegan s’installe en Espagne. En février 1992, après huit années loin du football, Keegan accepte de devenir entraîneur de Newcastle United, avec son ami Terry McDermott comme adjoint, suite à la démission d’Osvaldo Ardiles. Le club du Nord de l’Angleterre, relégué en Second Division en 1989, se trouve alors en mauvaise posture mais Keegan parvient d’abord à assurer le maintien de l’équipe, qui termine 20e sur 24. Pendant l’intersaison, le championnat est renommé First Division, suite à la création de la Premier League. L’équipe de Keegan débute la saison 1992-1993 par une série de onze victoires consécutives, qui la projette en tête, et ne quitte dès lors plus la première place, a fortiori après le recrutement des futurs internationaux Rob Lee et Andy Cole, qui renforce encore l’équipe. Champion de D1, Newcastle découvre la Premier League. La saison 1993-1994 est un grand succès : malgré des débuts délicats, avec seulement deux victoires lors des huit premiers matchs, les Magpies terminent 3e du championnat, grâce notamment à l’efficacité de Cole (meilleur buteur de Premier League avec 34 buts) et de Peter Beardsley, qui a fait son retour au club pendant l’été. Keegan poursuit sa campagne de renfort avec les signatures du Suisse Marc Hottiger, du Belge Philippe Albert et de l’ailier de Norwich Ruel Fox. Le début de saison 1994-1995 laisse à penser que Newcastle est en mesure de remporter son premier championnat depuis 1927. Mais le transfert sensation de Cole à Manchester United en janvier semble briser la dynamique, l’équipe finissant finalement 6e. Avec les arrivées de David Ginola et Les Ferdinand notamment, Keegan retrouve une équipe compétitive en 1995-1996, qui reste en tête jusqu’à la fin mars. Newcastle et Manchester United se livre ensuite un duel serré, personnifié dans les médias par les échanges entre Keegan et Alex Ferguson, remporté finalement par les Mancuniens. Keegan recrute en fin de saison Alan Shearer, l’attaquant vedette de l’équipe d’Angleterre, pour 15 millions de livres sterling, record mondial pour un transfert à l’époque. Alors que la saison 1996-1997 démarre sous les meilleurs auspices, avec notamment une victoire 5-0 sur Manchester à domicile, l’équipe s’effondre pendant l’hiver. Keegan démissionne en janvier et laisse sa place à Kenny Dalglish. Keegan reprend du service en septembre 1997 comme directeur sportif de Fulham FC, club de Division Two (alors 3e échelon du football anglais), racheté quelques mois plus tôt par le richissime propriétaire d’Harrods Mohamed Al-Fayed avec l’objectif de monter dans l’élite. Avec Ray Wilkins pour entraîneur, Fulham termine au 6e rang. Wilkins est licencié et Keegan installé sur le banc pour les play-offs de fin de saison, en vain. Avec un groupe sensiblement renforcé grâce aux capacités de son propriétaire, l’équipe de Keegan remporte assez largement le championnat l’année suivante et assure la promotion du club en Division One.

En février 1999, après le licenciement de Glenn Hoddle, Keegan est contacté par la fédération anglaise pour prendre en charge l’équipe nationale, en parallèle de son activité en club. Il accepte et quitte finalement le club pendant l’été pour se concentrer sur la sélection. Il qualifie l’Angleterre pour le Championnat d’Europe de 2000, grâce notamment à une victoire sur l’Écosse en match de barrage.

Rokya Berthé

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