Portrait : Abdoulaye Diabaté dit Séga, vice-président de la Maison de la Presse : Un professionnel de la presse dépeint les maux qui la minent

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Abdoulaye Diabaté, plus connu sous l’appellation de Séga, était jusqu’au 13 février, le vice-président  de la Maison de la presse. Date à laquelle il a été nommé chargé de mission au département des Affaires Etrangères. Aux yeux des hommes de média, ce journaliste est connu pour sa disponibilité, son respect, sa courtoisie, son humanisme. Séga fait partie depuis 1991 des précurseurs du pluralisme radiophonique en sa qualité de membre de l’URTEL. Aujourd’hui, il change de statut et est  directeur de publication de  » Sud Hebdo « .

Abdoulaye  Diabaté dit Séga

Abdoulaye Diabaté dit Séga

Ce père de deux enfants, véritable rat des bibliothèques et mordu  de la musique,  accepte sa nouvelle fonction  avec humilité et sans aucune prétention.

Titulaire d’un CAP en Comptabilité obtenu en juin 1988, Séga détient aujourd’hui, une licence en journalisme Communication et un Diplôme d’Etude Supérieure en Radio Rurale et Communautaire acquis au CESTI de Dakar en Septembre 2009. Il est le promoteur de la Radio Dionakan de Koulikoro et directeur du journal «Sud Hebdo».

Venu dans la presse par effraction et par amour du métier, Abdoulaye Diabaté y a fait ses premiers pas dans un contexte très particulier. En effet, la révolution de Mars 1991 consacrant la fin du monopartisme, qui a entraîné la libéralisation des ondes, s’est traduite principalement par la multiplication des stations fm à travers tout le pays. Acteur du mouvement démocratique, il a voulu une tribune pour s’exprimer. Ce qui l’a conduit à la radio  Dionakan en 1995. Cette radio citoyenne  privée est née à Koulikoro avec l’aide de l’association  «  Club des Amis de la Nature et de l’Environnement «  dont il est le président. Cette association est restée fidèle à ses valeurs originelles qui est de faire une radio citoyenne au service de la population en conjuguant les informations, la culture, les actions d’intérêt public et de divertissement. C’est aujourd’hui un véritable média de proximité animé par la volonté de favoriser la prise en main par les populations locales de leur propre destin. Les défis sont immenses : la santé, la lutte contre la pauvreté dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), l’éducation, la participation à la vie publique locale et nationale, la vie socioculturelle et le divertissement.

Cette vision dynamique entre communication et développement explique que Dionakan est devenue aujourd’hui un instrument d’amplification des décisions communautaires adoptées sous  » l’arbre à palabre  » de Koulikoro et ses environnants.

Pluralisme  radiophonique

 Toute chose qui fait que l’homme se réjouit du progrès de la presse malienne malgré quelques insuffisances. Il y a quelques années, pour identifier son pays, le ressortissant malien, lorsqu’il se trouvait dans les rencontres culturelles et communicationnelles, disait qu’il est originaire du pays où se trouve Tombouctou. Depuis 1991, on peut valablement ajouter qu’on vient du Mali, le pays qui compte beaucoup de radios privées. C’est dire que désormais le Mali rime avec pluralisme radiophonique. Le Mali dispose sans doute de l’espace radiophonique le plus important et le plus varié d’Afrique, ce dont rend compte le Festival des radios africaines  » Ondes de liberté  » a expliqué notre interlocuteur.  Il serait heureux que le Mali ait une presse indépendante et professionnelle au service du peuple et pour le renforcement de la démocratie. Aujourd’hui, les média privés n’ont pas d’indépendance économique leur garantissant une indépendance dans la ligne éditoriale, a-t-il déploré.

Précarité des  entreprises de presse

Cependant, il s’est dit déçu de la précarité des entreprises et des professionnels du métier qui fragilise les média sur le plan éthique et déontologique. Les média, à quelques exceptions près, fonctionnent sur un mode  » artisanal « . Les données financières de gestion restent souvent du ressort du comptable et elles ne sont pas maîtrisées pour  » gérer et prévoir « . Aussi, les marchés des lecteurs, des auditeurs et des annonceurs ne sont pas abordés dans une  » perspective de développement «   relève-t-il.  Il ajoute que la publicité ne fait que très rarement l’objet  » d’une démarche commerciale structurée  » ; le marché est abordé d’une manière intuitive et relationnelle.  » Il va de soi que, sans consolidation économique, les média auront du mal à survivre et même à conquérir leur crédibilité. Les journaux et les radios doivent devenir des entreprises rentables, faute de quoi la consolidation démocratique sera, elle aussi, fortement affaiblie «  a-t-il affirmé.

Pour finir, Séga dit compter  sur le soutien et l’accompagnement de ses confrères de la presse nationale et internationale, afin de l’aider à relever les défis d’une grande visibilité et lisibilité  de la diplomatie malienne.

Surtout en cette période où tout le monde a les yeux rivés sur le Mali. Selon lui, les Pouvoirs publics, les partenaires et autres acteurs, tant au niveau national et international ont le devoir historique d’aider la presse malienne à mieux orienter ses réflexes et ses compétences vers l’encrage d’un nouvel ordre démocratique, fondé sur des nouvelles pratiques politiques et sociales conformes à l’Etat de droit.

Comme distinction honorifique, en 2003, ce malinké qui raffole de sauce d’arachide a été «ambassadeur de la paix».

Fatoumata Mah Thiam KONE

SOURCE:  du   23 fév 2013.