Des toilettes dignes pour une meilleure estime de soi

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Née à Bamako, il y a 32 ans, Hawa Dème est arrivée en France en 2001 après avoir obtenu un Bac économique au Lycée technique. Une Maîtrise en sciences économiques et un Master en finance internationale réussis à Metz, une ville dans l’Est de la France, Hawa est partie à Paris où elle a obtenu un MBA (Master of business administration). Depuis, elle travaille dans le domaine de la finance, des contrôles et audits internes. Elle a représenté le Mali au Forum mondial de la jeunesse sur le thème : «Paix et Sécurité», en Jordanie en août 2015.

Passionnée par l’engagement associatif depuis l’enfance, Hawa a été, jusqu’en mai 2016, présidente de l’Adem, Association des étudiants diplômés maliens en France, au sein de laquelle elle s’est beaucoup investie dans les domaines de l’insertion et de l’emploi. À la fin de son mandat, Hawa s’est interrogée sur l’orientation qu’elle pouvait donner à son engagement pour son pays de naissance en particulier et pour l’Afrique en général. Soucieuse de mettre à profit ses compétences pour impacter le développement des pays du continent et améliorer le quotidien des gens, l’évidence a émergé de l’immense frustration qu’elle avait ressentie face au déficit en salubrité qui la dérangeait quand elle était enfant, et qui la soucie chaque fois qu’elle se rend en Afrique.

Hawa est partie prenante d’Umuganda Africa, une plateforme internationale de dĂ©veloppement, engagĂ©e sur les questions de ramassage, de gestion et de tri des ordures dans plusieurs villes africaines, qui s’inspire de l’Umuganda rwandaise Ă  laquelle toute la population participe. Convaincue que l’insalubritĂ© publique gĂ©nère maladies, et sous-estime de soi, Hawa a dĂ©cidĂ© d’orienter son combat vers cette question fondamentale. Presque tous les enfants du Mali ont vĂ©cu et vivent encore le dĂ©goĂ»t d’utiliser les toilettes de leur Ă©tablissement scolaire. Sujet tabou par excellence, les Ă©lèves prĂ©fèrent se retenir, ou aller se soulager ailleurs.

Sujet tabou par excellence, les filles manquent l’école quelques jours par mois, car les toilettes scolaires ne sont pas un lieu adapté à leur souci d’hygiène menstruelle.  Sujet tabou par excellence, beaucoup d’écoles, en régions comme à Bamako, ne disposent même pas de toilettes. Sujet tabou par excellence, beaucoup de toilettes publiques sont impraticables, beaucoup de concessions, en milieu urbain comme en milieu rural, ne peuvent pas assurer une évacuation hygiénique acceptable des excréments humains. Les caniveaux extérieurs sont des nids à microbes et bactéries, et font la joie des moustiques porteurs du paludisme.

Outre la question d’hygiène, ce déficit est affligeant, car aller aux toilettes est aussi naturel que se nourrir ou boire et trop de gens en sont réduits à faire leurs besoins en brousse ou dans l’eau qui, ensuite, sera utilisée pour arroser les légumes qu’ils consommeront. L’insalubrité met à mal la dignité humaine, et la construction citoyenne de toutes et tous. L’insalubrité représente un danger majeur, un danger pour la santé, un danger pour l’environnement. Selon les chiffres des Nations unies, 2,4 milliards d’individus dans le monde  n’ont pas accès à des toilettes.

Hawa rappelle les chiffres de l’Oms (Organisation mondiale de la santé) concernant la situation dans son pays de naissance. En 2015, 1,5 million, soit 10 personnes sur 100 n’ont pas d’endroit pour faire leurs besoins au Mali. Hawa estime qu’un pays ne peut pas se développer si cette question n’est pas résolue. Consciente qu’affronter la question des toilettes va à l’encontre des différentes cultures africaines, Hawa Dème a décidé de relever le défi. Elle vient de créer Dieya Movement. Le volet associatif de Dieya a pour objectif de sensibiliser et former les enfants comme les adultes à un meilleur comportement hygiénique au sein des écoles, et dans les milieux familiaux et publics, en zones urbaines comme rurales. La sensibilisation et la formation sont déterminantes, mais insuffisantes.  Il faut que des toilettes soient installées là où elles manquent. C’est là que le volet entrepreneurial, Dieya Group, entrera en action.

Connaissant l’immense travail du Docteur Bindeshwar Pathak qui se bat depuis 40 ans pour des toilettes pour tous en Inde,  Hawa et son business partenaire, le serial-entrepreneur spécialiste des «start-ups», Matthieu Fructueux, s’apprêtent à partir dans ce  pays, pour observer ce que le Dr. Pathak est parvenu à accomplir. Ils rencontreront les constructeurs de toilettes écologiques et durables qui, non seulement assurent un confort hygiénique et un environnement salubre, mais permettent de transformer les excréments humains en biogaz et compost, éléments utilisables pour l’agriculture et le développement économique humain et national. Dieya mettra tout en œuvre pour permettre ce transfert de technologie de l’Inde vers le Continent. C’est la phase n°1 du projet Dieya Group.

Dans les phases 2, voire 3, Dieya vise à la création en Afrique d’unités de fabrication de ces toilettes, car le développement des pays ne peut être sérieusement envisagé sans la création d’emplois sur place. Les objectifs des deux volets de Dieya sont ambitieux à court et à très long terme. Pour le moment, Dieya fonctionne sur fonds propres, mais déjà ses projets suscitent l’enthousiasme. Hawa est optimiste car elle estime que le sérieux des objectifs et les compétences de Dieya sont suffisamment solides pour attirer l’attention des investisseurs financiers. Dieya sera probablement amené à travailler avec des collectivités étatiques, mais Hawa Dème et ses collaborateurs s’inscrivent d’abord dans une action citoyenne responsable. Si des décideurs ont envie d’appuyer certains aspects du projet, Dieya ne refusera évidemment pas des partenariats publics-privés, mais il ne s’agit pas d’imposer un poids supplémentaire aux dirigeants.

Présent sur internet depuis le 8 octobre 2016, Dieya Movement lancera «un défi toilettes» sur les réseaux sociaux le mercredi 19 octobre, via la page facebook «Hawa Dème». Tout un chacun sera sollicité pour envoyer une image de toilettes ou de lieu insalubre qui le dérange, et pour proposer des idées pour améliorer la situation. Un tirage au sort des participants au «Défi Toilettes» permettra de gagner un Smartphone. Le nom du gagnant sera dévoilé au cours de la conférence organisée à Paris, par Dieya, sur les thèmes des toilettes et de la salubrité en Afrique, le 19 novembre, Journée mondiale des Toilettes.

D’ici là, Hawa se sera rendue au Mali afin de créer un maillage autour de ce sujet qu’elle estime fondamental pour le développement de son pays. La pugnacité et l’efficacité de Hawa Dème sont reconnues en France et ailleurs. Le nouveau combat de cette jeune femme, qui ne compte ni son temps ni son énergie, est tout à son honneur. Encourageons-la, et souhaitons bonne chance à Dieya Movement.

 Françoise WASSERVOGEL

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3 COMMENTAIRES

  1. Elle est brave et mĂ©rite notre encouragement. Elle touche du doigt le problème numĂ©ro 1 de notre pays. J’adhère et aimerai avoir ses coordonnĂ©es si possible pour un bĂ©nĂ©volat dans le projet Ă  venir au Mali.

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