Démocratie, Consensus et transparence : le président ATT n’aime pas la vérité

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Ce n’est un secret pour personne. Les relations entre notre parti, le Rassemblement Pour le Mali et le Palais de Koulouba,  entre les chefs des deux principales institutions de la République, le président de la République, le général Amadou Toumani Touré, et le président de l’Assemblée nationale, El Hadj Ibrahim Boubacar Keïta, sont au plus mauvais. Si comme tout militant actif, engagé et déterminé du RPM, j’assume totalement et sans resserves aucune les positions de mon parti, son idéal et son ambition et que toutes les manœuvres politiciennes du pouvoir contre nous me laissent de marbre, en tant que patriote et militant du Mouvement démocratique, je suis interpellé comme tous ceux qui ont soucis pour la République par la singulière situation de la démocratie malienne et sa survie face aux combines sordides qui se dessinent à l’occasion des prochaines élections.

Ni duel ni Fadennya

Je ne fais pas partie des gens qui ramènent tous les contentieux entre notre parti et le clan du président d’une part et d’autre part ATT et IBK à une vulgaire course folle et effrénée pour le pouvoir. Cette vision des divergences et tensions artificiellement entretenues, pour les besoins alimentaires de la cause, serait très simpliste  et constituerait une insulte pour les deux hommes d’Etat. En tout cas, militant du RPM, je me refuse de voir en mon président et de le mettre à la place d’un vulgaire chercheur de place sans idéal, sans conscience politique et sans ambition nationaliste et panafricaniste pour le peuple malien.

Vertus fondatrices

Intégrité, droiture, honneur, dignité et patriotisme sont à la base de la création du Rassemblement pour le Mali (RPM) et ces vertus en constituteront le sousbassement. Notre excellent parcours et notre contribution à faire du Parti africain pour la solidarité et la justice, Adéma-Pasj, le breviaire d’une démocratie d’excellence et porteuse d’ambition et d’espoir pour le Mali l’attestent. On peut ne pas aimer IBK, mais tous les démocrates maliens et tous ceux qui suivent l’évolution de la démocratie malienne depuis 15 ans reconnaissent sa contribution, et pourquoi pas son empreinte indélebile : conseiler spécial à la présidence, ambassadeur, chef de la diplomatie malienne, 6 ans président du parti majoritaire au pouvoir, 6 ans Premier ministre, et depuis 4 ans président de l’Assemblée nationale et du plus grand parti politique du Mali en termes de nombre d’élus nationaux ! Ceux qui n’ont jamais eu un tel background en souffrent logiquement pour user de tous les stratagèmes visant à ternir l’image de l’Homme d’Etat, vice-président de l’International socialiste, mais chacun a son destin. Et le Camarade Ibrahim Boubacar Keïta est un croyant. Lui, contrairement à ces certains agités de pouvoir et dopés de gloire, sait que Dieu est le seul maître des destins fussent-ils les plus prodigieux. Sa devise n’est-elle pas : Dieu, le Mali et Ma conscience ?

C’est contre les intrigues de bas étages, les complots et coups-bas ourdis depuis Koulouba que le Camarde Ibrahim Boubacar Keïta, suivi de plusieurs responsables et militants dont je fais partie, a quitté l’Adéma (une famille qui nous est encore chère) pour créer Alternative 2002 puis le Rassemblement pour le Mali pour faire la politique autrement. Cette promesse et « cet engagement sans faille à faire autrement la politique impose au RPM à placer le Mali au-dessus de tout dans son seul combat – celui du bien-être des Maliens. » (Extrait déclaration RPM du 06 juin 2005)

La baraka de Sébénikoro

Devrions-nous refuser quelque chose dans notre famille politique d’origine et nous y plier dans le vestibule d’une famille étrangère où nous ne sommes qu’invités ? En effet, malgré les tentatives opportunistes de travestir la vérité pour réécrire demain l’histoire de la démocratie malienne pour le besoin insatiable de gloire d’un putschiste présenté déjà comme le plus grand soldat de la démocratie en Afrique, la vérité est connue des Maliens : c’est Amadou Toumani Touré qui a fait le déplacement à Sébéninkoro pour demander le soutien du président du RPM et d’Espoir 2002 en vue du 2ème tour des présidentielles dernières. Aujourd’hui, l’histoire officielle du Mali, celle véhiculée par les courtisans et les opportunistes alimentaires pour bâtir la légende d’un Motel ramené au rang de Dieu (qui a le pouvoir d’amener la pluie et de reverdir le Sahara), occulte ce détour à Sébéninkoro et ne retient que la victoire éclatante arrachée par un indépendant contre les partis politiques. ATT aurait été peut-être président du Mali, telle est sa destinée, Dieu l’a voulu et personne n’y peut rien. Mais, si ATT et ses opportunistes connaissaient tant leur destinée, pourquoi ont-ils eu besoin d’aller demander les voix du RPM jusqu’à Sébéninkoro ? Ces voix étaient si importantes et devraient-elles peser dans la balance ? La réponse, si elle est simple aujourd’hui, hier elle n’était pas si méprisante pour le RPM et son président.

Vision messianique ou ingratitude ?

J’ai entendu et lu comme beaucoup de Maliens que ATT n’a obligé personne à le soutenir et le parti qui ne partage pas la VISION MESSIANIQUE DU LEADER INCONTESTE n’a qu’à quitter le gouvernement et à aller dans l’Opposition. Dois-je crier à l’ingratitude ? Ce serait une naïveté politique de ma part. Mais permettez-moi simplement de rappeler aussi que tout Général qu’il est, ATT n’a conquis aucun parti, en tout cas pas le Rassemblement Pour le Mali, par les armes. Notre soutien, le Camarde président, El Hadj Ibrahim Boubacar Keïta, n’a cesse de le rappeler est un soutien d’hommes et de femmes libres au service du Mali et de l’approfondissement de sa démocratie, et non celui de prébendiers, d’opportunistes alimentaires, de courtisans sans idéal, de situationnistes politiques uniquement préoccupés par les honteux privilèges obtenus à coup de trahisons, de compromissions et de reniements spectaculaires.

Créé pour conquérir le pouvoir

Contrairement à d’autres, notre parti n’a jamais promis à ATT sa dissolution et la mise aux calendes grecques de ses ambitions. Et le camarde Pionnier n’a cesse de le marteler : le RPM a été créé pour conquérir le pouvoir, il se battra et vaincra en 2007, inch’Allah ! Cette position publiquement assumée par le Rassemblement pour le Mali, l’ennemi politique N°1 du régime. Parce que le RPM, contrairement à beaucoup de partis, n’a pas accepté de renoncer à ses ambitions à la demande du Président ATT. Parce qu’on ne refuse rien au président ATT, sinon… ! Alors, le prétexte est pris d’une déclaration très amicale du RPM à l’occasion du 8 juin 2005 pour toutes les surenchères, et le président ATT, censé être au-dessus du jeu politique, en devient le maître de cérémonie : il faut que les uns et les autres se déterminent et clarifient leur calendrier, que ceux qui ne sont pas avec moi quittent mon gouvernement, moi je ne cherche pas à me faire réélire, je me débrouille pour finir mon mandat, etc.

Pas de blanc-seing

La vérité, le président ATT, ancien et futur candidat ATT, la connaît. Par son soutien, le Rassemblement pour le Mali ne lui a jamais promis lâcheté et reniement, silence coupable et complicité. La parole s’envole, mais l’écrit reste, dit-on. S’adressant au Premier ministre Ahmed Mohamed Ag Hamani, le 17 décembre 2002, au nom de l’intergroupe parlementaire, lors de la cérémonie de déclaration de politique générale du gouvernement, le vice-président du RPM, feu Kadari Bamba (que la terre lui soit légère), disait ceci :

« (…)Il est important (…) que la confiance soit au cœur de notre relation. Que les engagements pris soient respectés. Que les promesses faites soient tenues et que les accords signés soient appliqués.

(…) Notre système institutionnel a pour socle les partis politiques. Aucune politique ne peut se conduire, dans le système de démocratie représentative qui est le nôtre, sans reconnaître aux partis politiques leur place légitime.

Et le fait majoritaire, même relatif, doit être reconnu, avec toutes les conséquences qui s’y attachent aux plans institutionnel et politique. Tel n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

Aussi, si donc nous accordons notre confiance à votre gouvernement, Monsieur le Premier ministre, il importe que vous sachiez que, en aucune manière, il ne s’agit d’un chèque en blanc. Car notre soutient à votre gouvernement nous engage.

Il nous engage à soutenir l’action gouvernementale et, de ce fait même, nous engage aussi à un devoir de vigilance et de vérité à votre égard.

Notre soutien n’est, et ne sera jamais, ni celui de bénis oui oui, ni celui d’alimentaires alléchés par un quelconque strapontin ministériel ou autre !

Notre soutien est un acte patriotique de femmes et d’hommes qui ont décidé de mettre le Mali au-dessus  de leurs ambitions personnelles. De femmes et d’hommes qui, sachant la jeune démocratie malienne encore trop fragile, refusent en conséquence de suivre ceux – là qui cherchent à l’entraîner dans certaines aventures. Notre soutien est donc celui de femmes et d’hommes (dont) le sens de l’Etat les incline aux concessions les plus difficiles, rarement assumées dans des circonstances analogues.

(…) Penser ce que l’on dit, dire ce que l’on pense et faire ce que l’on dit, voilà ce que le peuple attend aujourd’hui de ses dirigeants politiques, qui doivent mettre l’honneur au premier rang de leurs comportements quotidiens.

Pour nous, rien ne vaut le Mali ! »

Le devoir citoyen par-dessus tout

Or, aujourd’hui au Mali, ce qui est important, ce n’est le devoir citoyen (qui n’a rien à voir avec le Mouvement des citoyens opportunistes), mais la course effrénée aux délices du pouvoir, portefeuilles, places, prébendes, deniers publics. Merci encore Info-Matin pour la révélation de ce livre qui ne retrace que la vérité que tout le monde veut fuir comme la peste sous ATT. Parce que, les plus vils des courtisans du régime savent et le disent volontiers : ATT n’aime pas qu’on lui dise la vérité, mais ce qu’il veut entendre. Comme le camarade Ibrahim Boubacar Keïta, feu Kadari Bamba (paix à son âme), Dr Tréta, l’Eternel Pionnier Bikotè, Mme Keïta Rokiatou N’Diaye, bref les responsables et les militants du RPM ne sont pas des adeptes de la langue de bois pour lui chanter comme certains des airs berçants à Koulouba, le RPM sera toujours dans son point de mire.

Inquisition et persécution

A cela, il faut ajouter la déclaration de notre parti, souverainement publiée à l’occasion du 3ème anniversaire de l’arrivée du président ATT au pouvoir, déclaration qui lui a valu l’inquisition et la persécution politicienne. Derrière le prétexte de la déclaration, la vérité n’est-elle pas le refus catégorique du Camarde président Ibrahim Boubacar Keïta, contrairement à d’autres chefs de partis, de renoncer sans aucune consultation des militants et responsables, au nom du RPM, à toute candidature aux élections présidentielles de 2007 ? Sinon, ce que dit la déclaration, jugée incendiaire à l’époque, par les opportunistes et les situationnistes politiques de tous les bords n’était qu’un simple appel au commandant en chef du bateau Mali de surveiller le gouvernail, une interpellation loyale à un allié face aux défis et contraintes qui devenaient pressantes :

« (…) En 2002, les militants du RPM ont accueilli avec une certaine satisfaction la victoire du candidat Amadou Toumani TOURE, soutenu par l’Alliance Espoir 2002 au deuxième tour de l’élection présidentielle. Cependant, le Bureau Politique National du RPM estime que le 8 juin 2005, loin d’être l’occasion pour exprimer un soutien quelconque au Président de la République, parce que ce soutien s’est toujours manifesté au moment il le fallait dans les cénacles consacrés que sont l’Assemblée Nationale et le gouvernement, doit permettre de procéder à une évaluation à mi­-parcours des engagements pris et  d’en tirer toutes les conséquences au regard de nos responsabilités individuelles et collectives vis-à-vis du peuple laborieux du Mali.

II s’agit aujourd’hui, pour le Président Amadou Toumani TOURE, de prouver qu’il a eu raison de solliciter le suffrage des maliens et que le RPM ne s’est pas trompé de choix. II s’agit aussi et surtout pour le Président de tous les Maliens de donner à notre peuple des signes d’espoir pour un lendemain meilleur.

Dans les faits, les populations maliennes, urbaines comme rurales, rencontrent de sérieuses difficultés. L’engagement pris par le Président de la République d’apporter le changement salutaire n’est pas encore une réalité.

Au plan politique, la situation se caractérise par le recul de la démocratie, le mépris des règles du jeu démocratique la fragilisation et la marginalisation des partis politiques, l’opportunisme et la confusion.

Au plan économique, le pays a connu un taux de croissance négatif en 2004 de l’ordre de : – 2,7%. Un nombre significatif de maliens, notamment dans le septentrion du pays, souffrent d’une crise alimentaire grave, comparable à celle de 1973. L‘augmentation continue des prix des denrées de première nécessité, des hydrocarbures et autres produits interpellent le gouvernement.

Au plan social, l’insécurité qui est une préoccupation quotidienne de chaque famille malienne, la dégradation des moeurs, la persistance des problèmes de l’école malienne, la corruption et le chômage sont autant de sujets d’inquiétude.

Le Bureau Politique National du Rassemblement Pour le Mali (BPN/RPM) estime, pour toutes ces raisons, que le Président de la République doit saisir l’opportunité que lui offre un contexte national et international favorable pour impulser un développement politique et socio-économique du pays, conformément aux principes démocratiques. »

Les accords de la honte

Pour justifier les accords de la honte signés en catimini avec des déserteurs de l’armée nationale et des bandits armés, ATT a dit aux Maliens que c’est pour la paix, l’unité nationale et l’entente au sein de la grande famille malienne. Pour faire avaler les couleuvres du désert, à l’appui de son pro domo, il a dit à tous les Maliens de mettre la raison au-dessus du cœur pour la concorde nationale. Quelle contradiction ! Pendant que lui-même, président de toutes les Maliennes et de tous les Maliens (donc des militants et responsables du RPM aussi) ne parvient pas à s’élever au-dessus de sa passion pour un second mandat et sacrifie sur l’autel de ses ambitions personnelles et pouvoiristes la concorde institutionnelle en gérant ses rapports avec le président de l’Assemblée nationale et son parti suivant ses rancoeurs et sa haine viscérale. Piétinant tous les principes républicains, le général-président tente d’ignorer, s’il ne méprise pas, une institution de la République à travers son chef pour la simple raison que celle-ci est dirigée par un homme qui refuse de se renier et de renoncer, au nom de son parti, à briguer la présidence.

Je ne suis pas constitutionnaliste ou politologue, mais devrait-on conduire de cette manière une démocratie dite de consensus et qualifiée d’apaisée ? Si le consensus en réalité n’a jamais existé au Mali, où est l’apaisement lorsque le pouvoir et son titulaire font preuve d’une absence totale de sérénité et de respect des principes ? Du 16 septembre 2002 à ce 22 septembre, tout a été entrepris pour écarter le Camarade président Ibrahim Boubacar Keïta, qui n’est même plus convié aux cérémonies officielles suivant les règles du protocole. Car, comme beaucoup de Maliens, j’ai appris que la présence d’IBK donne des migraines au général-président. Donc, il faut tout faire pour lui éviter la présence du camarade IBK à ses côtés et à la télévision.

Bon débarras

A l’occasion de la prochaine rentrée des députés, comme l’année dernière, le pouvoir et ses acolytes sont encore dans une logique de coup de force. Le général-président attend les péripéties de ce nouvel épisode honteux pour notre démocratie pour faire sortir le Rassemblement pour le Mali de son gouvernement. Enfin débarrassé de ces empêcheurs de tourner en rond ? Quel soulagement cela sera pour les militants et responsables du RPM et leur singleton de ministre, mon homo qui sait d’où il vient et dans quelles valeurs et vertus il a été façonné !

Le RPM ira à toutes les élections

Ainsi qu’on peut le voir, la vérité et la loyauté du RPM sont devenues crimes de lèse majesté sous le général-président ATT.

Au RPM, nous ne sommes pas unanimistes, nous acceptons les critiques et les calomnies les plus villes, les méchantes et les plus gratuites comme celles surréalistes qui disaient un moment que notre parti était à la base de la rébellion ou des casses du 27 mars. Le Camarade IBK n’a jamais cherché même au sein du parti à faire l’unanimité autour de lui ; alors il ne peut faire l’unanimité au Mali. Mais ce est sûr et qu’on ne peut lui dénier, c’est qu’il aime ce pays et a fait preuve de loyauté envers le général-président ATT et, dans bien des cas, contre les intérêts de son propre parti. Le crime du RPM et de son président n’a-t-il pas consisté à refuser de tricher, de mentir et de jouer double jeu avec le pouvoir quant à leurs ambitions ? Je pense que ne pas accepter cela, c’est refuser simplement la vérité et l’évidence : un parti politique se crée pour conquérir le pouvoir et non pour assister un pouvoir apolitique.

Le RPM ira aux élections, à toutes les élections, pas contre le général-ATT ou qui que ce soit, mais pour gagner, si telle est la volonté du bon Dieu. Mais puisqu’il y a un nouveau dieu au Mali, des apprentis tripatouilleurs peuvent encore tenter de rééditer leur exploit, au grand dam du peuple malien et de la volonté d’Allah soubhana watallah, l’histoire ne sommeillera pas au Mali.

Sachons raison garder, avant qu’il ne soit trop tard !

A bon entendeur salut.

Nancouma D. Camara

Consultant indépendant

Section IV RPM, Bamako

Les titres et intertitres sont de la rédaction

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